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WASHINGTON, 21 août (Le Parisien Matin) – Donald Trump a officialisé vendredi la suspension des taxes sur l’importation de quelque 300 000 tonnes de bœuf aux Etats-Unis dans les quatre-vingt-dix prochains jours. Le souhait affiché fut de faire baisser le prix du bœuf haché, à moins de trois mois des élections législatives de mi-mandat.

Une flambée des prix sur fond de cheptel historiquement bas

Au pays des burgers, la viande bovine figure parmi les aliments dont le coût affole les consommateurs. D’après des données officielles sur l’inflation en mai, il fallut débourser en magasins 15 % de plus qu’il y a un an pour s’acheter un steak de bœuf.

Les prix reflètent les tensions sur l’offre, avec un cheptel bovin américain au plus bas depuis les années 1950. Les éleveurs mettent en avant des raisons économiques et climatiques, comme les sécheresses à répétition qui grillent les pâturages.

« Alors que nous nous efforçons de reconstituer ce troupeau et de soutenir nos éleveurs, pendant les quatre-vingt-dix prochains jours, les Etats-Unis autoriseront l’importation de jusqu’à 300 000 tonnes de produits destinés au bœuf haché, sans droits de douane hors quota ».

A précisé Donald Trump sur sa plateforme Truth Social.

La suspension porte uniquement sur des morceaux de bœuf maigre importés. Ce type de viande est indispensable à l’industrie pour être mélangé à la production locale plus grasse afin de fabriquer le bœuf haché.

Donald Trump a aussi affirmé que la viande importée serait vendue « à un prix inférieur de 25 % aux prix actuellement pratiqués sur le marché », sans toutefois préciser les pays d’où elle proviendrait, a ajouté Donald Trump.

Un assouplissement temporaire de la guerre commerciale

Cette décision marqua un assouplissement de la politique protectionniste habituelle. Elle s’inscrit dans une série de mesures d’urgence pour ouvrir les frontières alimentaires face à l’impact inflationniste des surtaxes.

Fin juillet, le ministère américain de l’agriculture annonça la reprise prochaine des importations de bétail mexicain, plus d’un an après la suspension provoquée par une discorde sur la lutte contre un parasite. Le Mexique exporta un peu plus de 1 million de têtes chez son voisin en 2024.

Washington avait également annulé les surtaxes visant un certain nombre de produits agricoles en provenance du Brésil, comme la viande de bœuf, mais aussi le café et les tomates, et augmenté les quotas de bœuf argentin à droits nuls.

A l’approche des élections de mi-mandat, le pouvoir d’achat est l’une des principales préoccupations des Américains. L’exécutif chercha à répondre à cette inquiétude en ciblant le bœuf haché, aliment de base de la culture américaine.

En parallèle, le gouvernement maintint la pression sur les géants de la viande, comme JBS ou Cargill, visés par une enquête antitrust pour pratiques anticoncurrentielles et manipulation des prix.

Une réponse politique à une crise structurelle

Derrière l’annonce choc des 300 000 tonnes, il y a un aveu. L’administration Trump, qui a fait des droits de douane son arme économique principale, se retrouve contrainte de les lever pour contenir une inflation qu’elle a elle-même alimentée sur d’autres produits. C’est tout le paradoxe de la séquence : protectionnisme à l’extérieur, interventionnisme à l’intérieur pour en corriger les effets.

Sur le fond, la mesure ne règle rien. Le problème américain est structurel. Un cheptel au plus bas depuis 1951 ne se reconstitue pas en 90 jours. Il faut deux à trois ans pour élever un bovin jusqu’à l’abattage. Les sécheresses dans le Texas, le Kansas et le Nebraska ont poussé des milliers d’éleveurs à abattre prématurément leurs bêtes faute de fourrage.

Les coûts de l’alimentation animale, de la main-d’œuvre et du transport ont explosé. Importer du maigre brésilien ou argentin permet de fabriquer du haché moins cher, mais ne ramène pas une seule vache dans les plaines.

Politiquement, le calcul est limpide. Le steak à 15 % plus cher est plus parlant pour un électeur que n’importe quel graphique sur le déficit commercial.

En promettant une baisse de 25 % sur le haché importé, Donald Trump s’adresse directement au consommateur qui fait ses courses, pas à l’éleveur qui vote déjà pour lui. La limite de 90 jours n’est pas anodine : elle couvre exactement la période pré-électorale, puis expire.

Reste la question de la faisabilité. Une baisse de 25 % imposée sur un marché mondial tendu suppose un contrôle des prix que les importateurs ne sont pas tenus de respecter une fois la marchandise dédouanée.

Et les 300 000 tonnes représentent moins de 3 % de la consommation annuelle américaine de bœuf. L’effet sur les prix risque d’être ponctuel, localisé sur le haché industriel, sans toucher le steak, qui lui, reste 100 % américain.

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