mercredi, 21 octobre Magazine

En 2026, la politique asiatique a été dominée par les jeunes électeurs et la génération Z. Le Népal a organisé ses premières élections depuis que des manifestations provoquées par la colère de la génération Z ont contraint le précédent Premier ministre à quitter ses fonctions. À l’issue de ce scrutin, Balendra Shah est devenu Premier ministre et le plus jeune dirigeant d’État en exercice au monde.

En Inde, en mai, une remarque du juge en chef assimilant les jeunes à des « cafards » a donné naissance au parti Cockroach Janta Party. Cette déclaration a provoqué une vive réaction. Le CJP a vu le jour comme une forme de satire politique et, pourtant, en quelques semaines, il a rassemblé plus de 22 millions d’abonnés sur Instagram, soit deux fois plus que le parti du Premier ministre Narendra Modi, le BJP. Les manifestations qui ont ensuite fait la une des journaux au début de cette année pourraient bientôt reprendre de plus belle. Plusieurs partis d’opposition affirment en effet que la suppression de 130 millions de noms des listes électorales a injustement favorisé les partis de Modi.

Ailleurs en Asie, la Mongolie, le Kirghizistan et le Tadjikistan éliront un nouveau président l’année prochaine. Ces trois pays se trouvent dans la sphère d’influence de la Russie.

Kirghizistan

Le 27 janvier, le Kirghizistan sera le premier de ces pays à voter. Le président Sadyr Japarov a confirmé en août qu’il se présenterait à nouveau, après que la Cour constitutionnelle a statué que son mandat actuel devait être considéré comme son premier mandat. La question de son éligibilité découle d’un référendum organisé le même jour que l’élection présidentielle de 2021, qui avait approuvé le passage à un système présidentiel. Une nouvelle Constitution, adoptée à l’issue d’un second référendum en avril 2021, a introduit une disposition limitant le mandat présidentiel à deux périodes de cinq ans.

Bruxelles a également ses propres raisons de suivre la situation de près. En avril, l’Union européenne a utilisé son instrument de lutte contre le contournement des sanctions à l’encontre du Kirghizistan, en interdisant les exportations de machines-outils et d’équipements de télécommunications afin d’empêcher leur acheminement vers la Russie. Le paquet de sanctions de juillet a ajouté une banque kirghize et trois entreprises kirghizes à une liste de sanctions. Cette semaine, le secrétaire d’État américain Marco Rubio a rencontré le ministre des Affaires étrangères, qui lui a assuré que les deux pays travailleraient ensemble pour empêcher le contournement des sanctions. Quel que soit le vainqueur en janvier, il héritera d’un pays que l’UE a clairement ciblé et que les États-Unis surveillent de près.

Mongolie

Le président mongol Ukhnaa Khürelsükh se trouve cette semaine en Allemagne pour une visite d’État. La Fondation Konrad-Adenauer décrit l’Allemagne comme le « seul partenaire stratégique de la Mongolie en Europe ». Cette relation s’inscrit dans les efforts déployés par Oulan-Bator pour équilibrer le poids de la Russie et de la Chine.

En Mongolie, cependant, les contours de la prochaine élection se dessinent déjà. Khürelsükh ne peut pas briguer un second mandat et, comme dans de nombreux pays à travers le monde, la campagne semble avoir déjà trouvé son principal sujet : le coût de la vie. Le 1er octobre, des automobilistes ont abandonné leurs véhicules et ont défilé près du Parlement pour protester contre les files d’attente qui duraient plusieurs heures dans les stations-service.

Les manifestations dominent la vie politique mongole depuis 18 mois. En juin 2025, le Premier ministre Oyun-Erdene a démissionné après avoir perdu un vote de confiance au Parlement, lui-même organisé à la suite de plusieurs semaines de manifestations dénonçant les dépenses somptuaires de son fils. Celles-ci comprenaient notamment l’utilisation d’un hélicoptère dont il a ensuite été rapporté qu’il appartenait à une entreprise liée à la fraude Lex Oil, estimée à 1,1 milliard de dollars et considérée comme l’une des plus importantes de Mongolie.

Le Parti du peuple mongol au pouvoir ne s’est pas véritablement remis de ce scandale. En mars de cette année, Uchral est devenu le troisième Premier ministre du pays en l’espace d’un an, après la démission de son prédécesseur. Le parti serait désormais divisé en factions rivales, les unes proches du président, les autres alignées sur Oyun-Erdene.

Cette rivalité s’est intensifiée au cours du mois dernier. Le 10 octobre, le journaliste local T. Shinebayar a été arrêté à la suite d’une plainte déposée par le propre service de presse du président. Le lendemain, un tribunal a ordonné son placement en détention provisoire pour une durée de 30 jours. Nyambaatar, ancien ministre de la Justice sous Oyun-Erdene, a été démis de ses fonctions de maire d’Oulan-Bator en mai. Cette décision a suscité des soupçons selon lesquels les rivaux du président feraient l’objet d’une répression à l’approche du scrutin de l’année prochaine.

Les banques constituent également un lien avec la Russie et les différents paquets de sanctions en cours. Dans le cadre du 21e paquet de sanctions contre la Russie, l’UE a soumis la banque mongole Chinggis Khaan à une interdiction de transactions.

Tadjikistan

Le scrutin au Tadjikistan devrait être le moins compétitif des trois. Freedom House attribue au pays un score de seulement 5 sur 100 en matière de liberté politique, soit le deuxième résultat le plus faible d’Asie centrale. De son côté, Transparency International classe le Tadjikistan au 166e rang sur 180 pays selon son indice de perception de la corruption.

Le président Emomali Rahmon dirige le pays depuis 1992 et a remporté un cinquième mandat en octobre 2020 avec près de 91 % des voix. Aucune de ses victoires électorales n’a été considérée comme libre et équitable par les observateurs occidentaux. Son mandat court jusqu’en 2027 et son fils aîné, Rustam Emomali, qui préside la chambre haute du Parlement depuis 2020, est le principal candidat à sa succession. La question électorale qui reste en suspens est de savoir si Rahmon se représentera ou s’il transmettra le pouvoir.

Pour la Russie, l’intérêt est évident : le pays accueille l’une des plus grandes bases militaires russes à l’étranger, dont la présence est prévue jusqu’en 2042. Il ne faut pas sous-estimer l’importance du Tadjikistan : le pays partage une frontière de 1 400 kilomètres avec l’Afghanistan et se trouve sur l’un des principaux corridors par lesquels l’héroïne atteint l’Europe. L’UE finance dans le pays un programme de gestion des frontières, qui en est désormais à sa onzième phase. Que Rahmon reste au pouvoir ou le transmette à son fils, le prochain président déterminera l’ampleur de cette coopération et la quantité de marchandises illicites qui parviendra à franchir les frontières.

Le Népal et l’Inde montrent ce qui se produit lorsque les jeunes électeurs perdent patience envers ceux qui les gouvernent. Les élections de 2027 en Asie centrale constituent une autre forme d’épreuve, en particulier celles qui se dérouleront dans le voisinage immédiat de la Russie.

L’Union européenne développe elle aussi ses propres intérêts dans la région, grâce à l’application des sanctions, aux mesures visant à empêcher leur contournement et à la sécurisation de la frontière afghane. Ces élections ne mettront pas fin à cette rivalité, mais elles façonneront son évolution au cours des cinq prochaines années. Bruxelles devrait suivre ces développements de très près.

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