PARIS, 25 août (Le Parisien Matin) – Les arbres détectèrent qu’ils étaient mangés sans posséder de conscience. Des recherches relayées par la BBC et l’IERE montrèrent qu’ils distinguèrent la nature de l’attaque, modifièrent leur chimie et alertèrent leurs voisins par voie aérienne et souterraine.

Les plantes ne possédèrent ni cerveau ni système nerveux central. Elles disposèrent de mécanismes fondés sur des signaux électriques et chimiques.

Lorsqu’un herbivore attaqua, la plante détecta les lésions de ses tissus mais aussi des composés de la salive de son agresseur. Ces informations déclenchèrent des réponses physiologiques destinées à limiter les dégâts, expliqua l’IERE.

Des racines à la cime, certains arbres distinguèrent le grignotage des chenilles, les piqûres d’insectes et la salive des cervidés, rapporta BBC Wildlife.

Le bruit d’une chenille suffit à déclencher l’alerte

Des chercheurs menèrent une expérience sur Arabidopsis, plante apparentée à la moutarde. Leurs résultats furent publiés dans Trends in Plant Science.

Ils enregistrèrent les vibrations produites par des chenilles mangeant des feuilles, puis diffusèrent seulement ces vibrations à d’autres plants. Le signal suffit à provoquer une réponse défensive.

Les plantes exposées produisirent davantage de substances répulsives que les témoins, précisa Gizmodo.

« Des recherches antérieures ont étudié la manière dont les plantes réagissent à l’énergie acoustique, y compris à la musique. Cependant, nos travaux constituent le premier exemple illustrant la réaction des plantes à une vibration pertinente sur le plan écologique ».

Expliqua Heidi Appel.

Après une forte attaque, les chênes augmentèrent leur production de tanins et de composés phénoliques, rendant leurs feuilles moins appétissantes.

Les pins, les ormes ou les acacias libérèrent dans l’air des composés qui attirèrent des prédateurs des herbivores, notamment des guêpes parasites, selon BBC Wildlife.

L’arbre rendit ses feuilles amères, indigestes, voire toxiques, et fit venir l’ennemi de son agresseur.

Les végétaux attaqués libérèrent des composés organiques volatils dans l’air afin d’avertir les plantes voisines. Celles-ci renforcèrent leurs défenses avant d’être attaquées.

Par le sol, les signaux transitèrent grâce au Wood Wide Web, réseau de filaments de champignons mycorhiziens reliant les racines. Des signaux électriques et chimiques préparèrent les défenses des congénères.

Cette capacité présenta des limites. En période de sécheresse, les pins d’Alep virent leur capacité à réagir à une attaque de charançons diminuée jusqu’à 75 %, ajouta BBC Wildlife.

Comme le rappela Slate, les scientifiques évitèrent des verbes comme entendre ou décider, qui prêtèrent aux végétaux des capacités animales. Aucune preuve n’établit qu’une plante ressentit la douleur comme un animal.

Ce que cette science change dans notre regard sur la forêt

Longtemps, on a raconté la forêt comme un décor. Stable, silencieuse, passive. Cette étude renverse le décor en acteur.

Ce qui frappe, ce n’est pas seulement que l’arbre se défend. C’est qu’il fait de la reconnaissance. Il ne déclenche pas la même réponse pour le vent, pour la chenille ou pour le cerf. Il goûte son agresseur. Cette idée d’une signature chimique de la salive qui dicte la contre-attaque est plus proche du système immunitaire que de la botanique scolaire.

Le deuxième basculement, c’est la dimension collective. L’alerte par composés volatils et par le Wood Wide Web fait passer l’arbre du statut d’individu isolé à celui de nœud dans un réseau.

En pratique, une attaque localisée devient une information partagée. On n’est plus dans la métaphore poétique de la « mère nature », on est dans une logistique de défense distribuée, avec ses coûts énergétiques et ses arbitrages.

Et c’est là que le réchauffement climatique prend une autre épaisseur. Le chiffre des 75% de perte de capacité de réaction chez le pin d’Alep en sécheresse ne dit pas seulement que l’arbre est faible.

Il dit que tout le système d’alerte s’effondre en même temps que l’arbre. Moins d’eau, moins de tanins, moins de COV, moins de signaux pour les voisins, plus de vulnérabilité pour la parcelle entière. La sécheresse ne tue pas seulement, elle rend muette.

Reste la prudence lexicale rappelée par Slate. Parler d’arbres qui « entendent » ou « décident » est une facilité qui flatte l’anthropomorphisme mais brouille le mécanisme. Il n’y a pas de douleur, pas de conscience, il y a une biochimie d’une sophistication extrême. C’est précisément ce qui la rend intéressante : elle prouve qu’il n’est pas nécessaire d’avoir un cerveau pour avoir une stratégie.

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