PARIS, 27 août (Le Parisien Matin) – 80 % des paquets de pâtes testés contiennent du cadmium. La conclusion provient de l’enquête de 60 Millions de consommateurs publiée le 27 août, qui porta sur 36 références de penne rigate et spaghetti, les formes les plus consommées en France.

Le magazine a analysé des pâtes classiques, complètes, sans gluten et à cuisson rapide. Il constata une présence quasi systématique du métal lourd.

Selon 60 Millions de consommateurs, « Sur les 36 références de penne rigate et spaghetti testées par 60 Millions de consommateurs, plus des trois quarts contiennent du cadmium, sans dépasser les seuils autorisés ».

Seules trois références échappèrent à toute trace. Le magazine précisa que « Seules les penne de Marque Repère et U sont épargnées, comme les spaghetti Barilla sans gluten ».

Des seuils respectés mais une exposition massive

Les concentrations restèrent sous les limites européennes, mais la généralisation inquiéta. Le cadmium est un métal lourd toxique absorbé par l’alimentation et classé source de cancers.

Le phénomène dépasse les pâtes.

« La contamination au cadmium – qu’on retrouve également dans le chocolat noir, les céréales du petit-déjeuner, le pain, viennoiseries, les biscuits sucrés et salés, le riz… – est massive ».

Souligna 60 Millions de consommateurs.

L’étude rappela que « 47 % des adultes et près d’un enfant sur cinq dépassent le seuil de concentration critique », soit trois à quatre fois plus que chez les voisins européens.

En mars, l’Anses avait tiré la sonnette d’alarme sur la surexposition des Français. Chez les non-fumeurs, l’alimentation représenta jusqu’à 98 % de l’exposition.

Le polluant provient des sols agricoles, notamment via certains engrais phosphatés, puis migre vers le pain, le riz, les céréales et le chocolat noir. Il s’accumule dans les reins et les os.

Les recommandations pour limiter les risques

Les autorités recommandèrent de varier l’alimentation pour limiter l’accumulation. Alterner pâtes, pommes de terre, riz et quinoa permet de ne pas surcharger l’organisme avec les mêmes contaminants.

L’intérêt de cette enquête ne tient pas au dépassement d’une norme. Justement, aucune n’est dépassée. Il tient à ce qu’elle raconte de l’exposition diffuse, invisible, que les contrôles réglementaires ne captent plus.

Que des marques distributeurs comme Marque Repère et U sortent indemnes quand des marques nationales historiques affichent des traces interroge.

Cela suggère que le problème ne vient pas de l’usine de transformation, mais bien de l’amont : l’origine du blé, la parcelle, le lot d’engrais. Deux paquets de penne identiques en apparence peuvent porter deux histoires agricoles complètement différentes.

Le cadmium est le symptôme d’un modèle agricole dépendant aux phosphates importés. Ces engrais, souvent chargés en cadmium, enrichissent les sols année après année.

Le blé, plante accumulatrice, fait le reste. On retrouve alors le même polluant dans la baguette du matin, les céréales des enfants et le carré de chocolat du soir. L’effet cocktail est mécanique.

Politiquement, le dossier est coincé entre deux impératifs : protéger la santé sans affoler, et ne pas pénaliser une filière blé dur déjà sous tension.

L’Anses alerte depuis mars, 60 Millions objective en août. La réponse des pouvoirs publics reste la même : varier son alimentation. C’est un conseil de bon sens, mais qui renvoie la responsabilité au consommateur alors que la source est agronomique.

A terme, la vraie question n’est pas de savoir quelle marque de spaghetti acheter, mais comment décontaminer la chaîne à la source : plafonner le cadmium dans les engrais, tracer l’origine des blés, et encourager les filières à bas intrants. Sans cela, le pourcentage de paquets contaminés restera anecdotique, tandis que l’imprégnation de la population, elle, continuera de grimper.

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