CHIVHU, 29 août (Le Parisien Matin) – Au moins 27 personnes ont perdu la vie vendredi 28 août vers 18 h 30 GMT après une collision frontale entre un minibus transportant des fidèles et un camion de transport près de Chivhu, à 140 kilomètres au sud de Harare. Le camion immatriculé à l’étranger effectuait un dépassement lorsqu’il a percuté le véhicule venant en sens inverse.

Un dépassement à l’origine du choc

Le minibus circulait sur un axe majeur reliant le sud du pays à la capitale. Le camion articulé de marque Volvo tenta de doubler un autre véhicule et se retrouva sur la voie opposée.

Le choc fut d’une extrême violence et provoqua un incendie. Le minibus, un modèle Nissan Caravan NV350, fut réduit à une carcasse calcinée. Les deux véhicules transportaient un nombre « inconnu » de passagers, selon Paul Nyathi.

Le minibus transportait des fidèles de la African Apostolic Church, l’église de Paul Mwazha, reconnaissables à leurs robes blanches traditionnelles. Ils venaient de Dema, près de Chitungwiza, et se rendaient à un rassemblement religieux à Mvuma.

Des familles entières furent décimées. Le secrétaire provincial de l’église évoqua une « tragédie absolue », selon Sladge Musanhu. Un habitant local perdit notamment sa femme et ses trois enfants dans l’accident.

Un bilan de 27 morts et 7 blessés

Vingt-trois personnes moururent sur le coup dans l’incendie du minibus. Quatre autres succombèrent à leurs blessures après leur admission à l’hôpital. Le bilan s’établit à 27 morts.

Sept survivants furent hospitalisés. Deux reçurent des soins à l’hôpital de district de Chivhu. Les cinq autres, dont le chauffeur du camion, dans un état extrêmement critique, furent évacués vers l’hôpital de Chitungwiza, mieux équipé.

Les accidents restèrent fréquents au Zimbabwe, où le réseau routier souffrit d’années de sous-investissement et de nids-de-poule. Les habitudes de conduite furent jugées dangereuses par les autorités.

De nombreux Zimbabwéens dépendirent des minibus-taxis privés, appelés localement « kombi », souvent critiqués pour leur surcharge. En avril, au moins 18 personnes moururent lorsqu’un minibus prit feu sur une autoroute du sud du pays.

Le président Emmerson Mnangagwa déclara l’accident de Chivhu comme une catastrophe nationale. Cette décision permit au gouvernement de mobiliser des fonds d’urgence et d’apporter une aide financière directe aux familles pour l’organisation des obsèques.

Un mois d’août noir qui expose une crise structurelle

Cette collision près de Chivhu ne relève pas du simple fait divers. Elle s’inscrit dans une séquence qui a mis à nu, en quelques semaines, l’effondrement silencieux des systèmes de transport public au Zimbabwe.

Le pays vient de vivre coup sur coup deux catastrophes que tout oppose en apparence – un accident de route et le naufrage d’un ferry sur le lac Kariba avec 97 morts à la mi-août – mais qui partagent la même matrice : surcharge chronique, entretien absent, contrôles de sécurité formels.

Dans les deux cas, ce sont des véhicules censés transporter des populations vulnérables, fidèles d’une église ou passagers d’une liaison gouvernementale, qui sont devenus des pièges mortels.

Le décret de catastrophe nationale par Emmerson Mnangagwa est un geste politique autant qu’humanitaire. Il permet de débloquer rapidement des fonds, mais il souligne aussi que l’Etat ne dispose plus de mécanismes ordinaires d’indemnisation et de secours.

Le recours systématique aux kombis, ces minibus privés non régulés, est le symptôme d’un Etat qui a délégué sa mobilité intérieure au secteur informel depuis vingt ans.

L’appartenance des victimes à l’African Apostolic Church de Paul Mwazha ajoute une dimension sociale. Cette Église, très influente dans les zones périurbaines comme Dema et Chitungwiza, assure une partie du lien communautaire que les services publics n’assurent plus. Quand des familles entières disparaissent sur la route d’une conférence, c’est tout un tissu local qui est fauché.

Sans un audit indépendant du réseau routier, une vraie police routière et un renouvellement de la flotte de transport public, les déclarations de deuil national risquent de se succéder avec le même communiqué.

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