LE CAIRE, 6 septembre (Le Parisien Matin) – Le tribunal criminel du Caire a condamné à mort par pendaison la présentatrice Sarah Khalifa et onze autres prévenus pour trafic de stupéfiants. Le verdict a été prononcé samedi après que les accusés ont été reconnus coupables d’avoir formé un gang organisé spécialisé dans l’importation de matières premières pour fabriquer des drogues.

Un réseau démantelé et 750 kilos saisis

Le tribunal a jugé que le groupe importait des matières premières de l’étranger pour produire des drogues synthétiques. Les autorités antidrogue ont saisi plus de 750 kilos de stupéfiants et de produits chimiques, ainsi que du matériel de laboratoire évalué à plus de 1,2 milliard de livres égyptiennes. Des armes à feu et des munitions sans licence ont aussi été confisquées.

Selon le parquet, les membres se répartissaient les rôles entre approvisionnement, fabrication et stockage. Deux appartements résidentiels servaient de laboratoires clandestins. Le dossier reposait sur les témoignages de 20 témoins, des images de surveillance et des communications numériques interceptées.

L’affaire impliquait 28 personnes. Outre les 12 condamnations à mort, la cour a condamné neuf co-accusés à la réclusion à perpétuité et a acquitté sept autres prévenus poursuivis dans le même dossier.

Le verdict a été rendu après consultation du Grand Mufti d’Égypte, avis religieux non contraignant mais obligatoire dans les affaires capitales. Cette étape procédurale est imposée par la loi égyptienne avant toute confirmation de peine de mort.

Le parcours de Sarah Khalifa et sa défense

Âgée de 39 ans, Sarah Khalifa animait l’émission de faits divers « Mission Impossible » sur la chaîne privée Al-Mehwar TV. Elle dirigeait une clinique de chirurgie esthétique et une société d’événementiel, et comptait plus de deux millions d’abonnés sur Instagram.

Elle a nié l’ensemble des accusations. Elle a affirmé qu’elle n’avait « jamais fumé une cigarette de ma vie », a déclaré Sarah Khalifa. Elle a soutenu n’avoir jamais vu les stupéfiants avant d’être forcée de poser avec eux au siège de la lutte antidrogue.

Lors de l’audience, elle est apparue en larmes devant les juges.

« S’il vous plaît, écoutez-moi, monsieur. Mes parents m’ont bien élevée ; ce sont des gens qui prient, et je n’ai pas besoin d’argent de la drogue ».

A déclaré Sarah Khalifa.

Une peine distincte et des recours possibles

Le jugement peut faire l’objet d’un appel devant la Cour de cassation. Depuis les réformes judiciaires, les condamnés disposent de deux voies de recours, à commencer par une demande de nouveau procès devant une cour d’appel. La défense a confirmé qu’elle contesterait la sentence.

Arrêtée en avril 2025, Sarah Khalifa a également été condamnée le même jour à trois ans de prison dans une affaire distincte pour agression et captation illégale d’images de son chauffeur.

Au-delà du verdict, l’affaire Sarah Khalifa cristallise trois tendances lourdes du paysage égyptien actuel.

La première est symbolique. Voir l’animatrice d’une émission qui dénonçait justement les réseaux criminels se retrouver elle-même au banc des accusés a provoqué un choc dans l’opinion publique.

Le programme « Mission Impossible » avait bâti sa notoriété sur une proximité affichée avec les services de sécurité. Cette inversion des rôles nourrit à la fois la fascination médiatique et une méfiance accrue envers les figures d’influenceurs-entrepreneurs qui mêlent télévision, chirurgie esthétique et business événementiel.

La seconde est juridique. L’Égypte maintient l’une des législations les plus sévères au monde sur les stupéfiants, où le trafic en bande organisée peut conduire à la peine capitale, au même titre que le terrorisme ou le meurtre prémédité.

La saisie annoncée de plus de 750 kilos et la valorisation du matériel à 1,2 milliard de livres servent le discours officiel de fermeté. Mais la défense invoque des vices de procédure et le recours automatique devant la Cour de cassation rappelle que la peine de mort, en Égypte, est rarement définitive en première instance. Les deux degrés d’appel introduits par la récente réforme allongeront inévitablement le feuilleton judiciaire.

Enfin, la troisième dimension est sociale. Avec deux millions d’abonnés, Sarah Khalifa incarne cette génération de présentatrices devenues marques à part entière.

Sa déclaration sur son éducation religieuse familiale et son absence de besoin financier a été pensée pour s’adresser autant au juge qu’à son audience. Dans un procès où les preuves matérielles – témoignages, vidéosurveillance, interceptions – pèsent lourd, c’est finalement sa crédibilité personnelle qui sera au cœur de l’appel.

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