vendredi, 4 septembre Magazine

VLADIVOSTOK, 3 septembre (Le Parisien Matin) – Le président russe Vladimir Poutine a affirmé jeudi qu’il n’existait à ce jour aucun plan de mobilisation en Russie pour son offensive en Ukraine. Il s’est exprimé lors du Forum économique oriental (EEF) à Vladivostok.

Il a qualifié les rumeurs d’une nouvelle vague de mobilisation de désinformation liée aux législatives.

Un démenti adressé à Kiev

Vladimir Poutine a répondu aux accusations formulées en juillet par Volodymyr Zelensky. Le président ukrainien avait affirmé avoir reçu des « informations claires » de ses services de renseignement.

Selon Kiev, Moscou préparait « pour l’automne une nouvelle vague de mobilisation ». Le président russe a balayé cette hypothèse.

« À ce jour, il n’existe aucun scénario qui nécessiterait une mobilisation ».

A affirmé Vladimir Poutine.

Il a présenté ces allégations comme une opération d’influence extérieure.

Le contexte électoral mis en avant

Le chef du Kremlin a lié la diffusion de ces rumeurs au scrutin à venir. Il a estimé qu’il s’agissait d’une manœuvre destinée à fragiliser le pouvoir.

« C’est une attaque informationnelle de la part de l’ennemi à la veille des élections à la Douma, avec une tentative d’influer sur leur résultat ».

A affirmé Vladimir Poutine.

Les élections à la Douma sont prévues du 18 au 20 septembre. Les autorités ont évité tout sujet sensible avant ce rendez-vous.

Un recrutement fondé sur le volontariat

Les forces russes ne souffriraient pas de problèmes de recrutement, selon le président. Moscou privilégia depuis 2022 les contrats volontaires.

Plus de quatre ans après l’offensive lancée en février 2022, l’armée proposa des salaires attractifs et des avantages sociaux pour attirer des recrues.

En 2025, elle a signé 422 000 contrats de service militaire, selon Dmitri Medvedev, secrétaire adjoint du Conseil de sécurité. Ce chiffre représenta une baisse de 6% par rapport à 2024.

Moscou avait lancé une « mobilisation partielle » de quelque 300 000 réservistes en septembre 2022. La mesure avait entraîné un exode massif de Russes à l’étranger.

Une offensive qui marque le pas

Sur le terrain, les avancées russes ont considérablement ralenti cette année. L’Institut pour l’étude de la guerre (ISW), basé aux États-Unis, a estimé en juillet que la Russie semblait « préparer le terrain pour une éventuelle mobilisation ».

Les combats se poursuivirent au prix de pertes importantes. Moscou occupe aujourd’hui un peu plus de 19% du territoire ukrainien.

Ce total comprend 7% déjà contrôlés avant 2022, dont la Crimée annexée en 2014 et les zones du Donbass tenues par des séparatistes prorusses.

Les raisons d’un démenti stratégique

Au-delà du simple démenti, la prise de parole de Vladimir Poutine à Vladivostok révèle une doctrine bien rodée. Depuis le traumatisme de septembre 2022, le Kremlin sait que le mot même de mobilisation est politiquement explosif.

Le premier enseignement est électoral. En associant les rumeurs à une « attaque informationnelle », le pouvoir transforme une question militaire en enjeu de souveraineté. C’est une rhétorique classique à l’approche d’un scrutin : externaliser la menace pour ressouder l’électorat et désamorcer toute critique interne sur l’usure du front.

Le second enseignement est économique et social. Le modèle actuel, basé sur le volontariat rémunéré, coûte cher mais reste socialement soutenable.

Avec 422 000 contrats signés en 2025, en recul de 6%, le système montre des signes d’essoufflement. Les primes ont dû être augmentées dans de nombreuses régions pour maintenir le flux. Le Kremlin parie que l’argent reste moins dangereux que la contrainte.

Enfin, le troisième enseignement est militaire. L’ISW a raison de souligner le ralentissement. Occuper 19% du territoire ukrainien après plus de quatre ans d’offensive, avec des gains marginaux cette année, pose la question de la soutenabilité sans apport massif de chair à canon.

En refusant la mobilisation, Poutine fait le choix d’une guerre longue à basse intensité, quitte à accepter une stagnation sur le terrain, plutôt que de risquer une nouvelle fracture avec la société russe.

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