CERGY-PONTOISE, 3 septembre (Le Parisien Matin) – La société Toei Animation Co., Ltd. et les ayants droit de Dragon Ball ont démenti le 31 août avoir accordé la moindre autorisation pour la création d’un parc d’attractions dédié au manga en France, alors que la rumeur d’une implantation sur l’ancien site de Mirapolis enflait depuis plusieurs semaines.
Un démenti formel des ayants droit
Constatant une large couverture médiatique, la société détentrice des droits de l’adaptation animée a réagi par communiqué.
Elle a déclaré :
« Toei Animation Co., Ltd. et les détenteurs des droits n’ont accordé aucune autorisation à ce sujet, et nous n’avons connaissance d’aucun fait de ce type ».
L’entreprise a également relevé que « certains médias ont rapporté « qu’un parc d’attractions Dragon Ball serait en projet en France » » , a précisé Toei.
Chronologie d’une rumeur née à Mirapolis
L’origine de la confusion remonte à fin juillet, lorsque le site Politico a révélé des discussions entre l’Élysée et l’Arabie saoudite en vue de faire renaître le site de Mirapolis, situé à Courdimanche, dans le Val-d’Oise.
Premier grand parc d’attractions français, ouvert en 1987 et fermé quatre ans plus tard après de lourdes pertes, Mirapolis est resté célèbre pour sa gigantesque statue bariolée de Gargantua.
Citée par le site d’information, une source a affirmé :
« Selon trois personnes informées des négociations, un parc Dragon Ball […] est aujourd’hui à l’étude pour prendre place sur le site déserté de Mirapolis ».
A rapporté Politico.
Dans les jours suivants, la presse s’en est tenue au conditionnel, à l’image du Parisien, qui a estimé que « le complexe au nord de Paris devrait néanmoins reprendre le projet d’un parc inspiré du célèbre manga Dragon Ball », a écrit Le Parisien.

Des annonces politiques non étayées
Le 24 août, le président Emmanuel Macron a annoncé sur son compte X la construction future de trois parcs à thème à Cergy-Pontoise, promettant un chantier d’une ampleur jamais vue depuis Disneyland Paris. Il n’a jamais mentionné explicitement Dragon Ball, mais a rappelé son intérêt pour les mangas.
Le même jour, une conseillère du président a confié à l’Agence France Presse que le projet était né d’une discussion entre Emmanuel Macron et le prince héritier saoudien en décembre 2024 à Riyad, autour de leur passion commune pour les mangas et notamment Dragon Ball Z.
La rumeur a enflé lorsqu’une élue régionale a publié une vidéo sur TikTok.
« Vous ne rêvez pas, Dragon Ball arrive en Île-de-France. Son Goku aura son parc ! ».
A lancé Valérie Pécresse.
Le propos a été relayé le lendemain dans un communiqué sur le site de la région, alors même que Le Monde alertait sur l’absence d’autorisation d’utiliser les personnages et la marque.
Le projet saoudien à l’origine de la confusion
Les visuels et vidéos conceptuelles ayant circulé dans les médias français ne concernaient pas l’Hexagone. Ils provenaient exclusivement du projet officiel de parc Dragon Ball en construction à Qiddiya City, en Arabie saoudite, au sein d’un vaste complexe de divertissement annoncé en 2018, qui bénéficie, lui, de l’aval de la Toei.
Outre ce problème majeur de droits d’auteur, le projet global de complexe récréatif sur l’ancien site de Mirapolis faisait déjà face à de vives oppositions locales concernant son impact environnemental et l’absence de réseaux de transport adaptés.
Une communication prise de vitesse par le droit japonais
L’affaire révèle moins une simple fake news qu’un télescopage entre temporalité politique et rigueur juridique japonaise. En annonçant un méga-complexe à 6 milliards d’euros financé par l’Arabie saoudite avant de sécuriser les licences, l’exécutif a reproduit une mécanique déjà vue sur d’autres projets culturels : l’effet d’annonce précède la négociation de droits.
Or, Dragon Ball n’est pas une marque unique. La propriété est éclatée entre Shueisha, Bird Studio et Toei Animation, chaque exploitation nécessitant un accord séparé. Au Japon, le droit moral protège durablement les créateurs et impose des validations longues, incompatibles avec une vidéo TikTok.
En confondant le projet saoudien, déjà licencié, avec une hypothèse francilienne, les responsables politiques ont aussi sous-estimé la vigilance des fans et la mémoire du fiasco Mirapolis. Le démenti de la Toei n’enterre pas forcément le complexe de Cergy-Pontoise, mais il impose de repartir de zéro sur le volet intellectuel, avec des négociations qui prendront des mois, voire des années.


