Bruxelles (Le Parisien Matin) 15 septembre 2026 – Le Parlement européen a officiellement désigné la Russie comme la principale menace pour l’intégrité démocratique de l’Union européenne, à la suite de l’adoption d’un rapport de commission approfondi. Adopté par 420 voix pour, 220 contre et 26 abstentions, le texte détaille les recommandations de la commission spéciale sur le Bouclier européen de la démocratie. Le rapport préconise la création d’un organe centralisé de résilience, une application plus stricte des réglementations numériques, des mesures renforcées de sécurité électorale et un cadre de sanctions élargi pour contrer la manipulation de l’information et les attaques hybrides émanant d’États étrangers.
Évaluation par le Parlement européen des menaces croissantes d’ingérence étrangère et de désinformation
Le rapport adopté découle des travaux menés par la commission spéciale du Parlement européen sur le Bouclier européen de la démocratie, créée en décembre 2024. Cette commission avait pour mandat d’évaluer l’intensification et l’impact global des opérations hostiles ciblant l’Union européenne, telles que la manipulation de l’information et l’ingérence étrangères (FIMI), les menaces hybrides et les campagnes de désinformation coordonnées.
Dans leurs conclusions, les députés européens constatent que les réponses européennes actuelles souffrent de fragmentation. Le rapport souligne que les États membres ne disposent pas, individuellement, de la capacité nécessaire pour contrer efficacement et de manière autonome ces menaces étrangères multiformes, ce qui rend indispensable une stratégie coordonnée à l’échelle du bloc.
Proposition d’un Centre européen obligatoire de résilience démocratique pour coordonner les ripostes
Pour pallier ces vulnérabilités, les députés européens ont approuvé la création d’un centre de l’UE pour la résilience démocratique. Annoncée à l’origine par la Commission européenne dans le cadre de sa stratégie globale pour le Bouclier de la démocratie, cette proposition s’aligne sur les recommandations formulées précédemment par le Parlement européen. Les parlementaires conçoivent cette institution comme un « centre d’excellence » indépendant chargé de lutter contre la FIMI et la désinformation, tout en rationalisant les contre-mesures nationales.
Le rapport précise que cette nouvelle structure ne doit pas faire double emploi avec les outils existants. Elle devrait plutôt consolider les actions menées au niveau de l’UE au sein d’une entité unique dotée d’une vision, d’un mandat, d’un budget opérationnel et d’une capacité d’action clairs. Selon le texte adopté, la participation à ce centre devrait être obligatoire pour tous les États membres de l’UE, assortie d’un contrôle parlementaire continu.
Éventail des menaces hybrides identifiées contre les infrastructures critiques européennes
Le document met en lumière les attaques hybrides fréquentes visant les infrastructures critiques européennes. Outre les cyberopérations, le rapport cite le sabotage physique, les incendies criminels, l’espionnage et le brouillage de signaux. Bien que la Russie soit identifiée comme le principal auteur, le texte note que ces activités proviennent également de Biélorussie, de Chine, d’Iran et de Corée du Nord.
En réponse, les députés européens ont demandé l’élargissement des sanctions visant les facilitateurs de la désinformation, ainsi que les entités et individus qui aident à contourner les régimes de sanctions existants. Le rapport condamne explicitement la pratique russe d’inscription sur « liste noire » à des fins politiques de responsables, de journalistes et de députés européens, qualifiant cette tactique d’instrument de guerre hybride.
Application des réglementations numériques et responsabilité des grandes plateformes technologiques
Puisqu’une part substantielle des opérations hybrides se déroule en ligne, le Parlement européen a demandé une application rigoureuse de la législation existante, en pointant spécifiquement le règlement sur les services numériques (DSA) et le règlement sur l’intelligence artificielle (AI Act), plutôt que l’introduction de nouveaux cadres législatifs. Les parlementaires ont réitéré que les plateformes numériques doivent être tenues pour responsables de la prévention de l’ingérence électorale menée par des bots et de la protection du discours public, affirmant que la liberté d’expression et d’information sont des droits fondamentaux protégeant les êtres humains et non les machines.
Abordant les vulnérabilités économiques et technologiques, le rapport invite l’Union européenne à réduire sa dépendance à l’égard des technologies sous contrôle étranger dans les secteurs critiques, en faisant référence aux entreprises technologiques américaines et aux équipements matériels chinois. Les députés européens préconisent une stratégie équilibrée d’achat européen lors du financement des infrastructures critiques, ainsi que des efforts de diversification des chaînes d’approvisionnement avec des partenaires internationaux fiables pour les matières premières critiques.
Protection de l’intégrité électorale et lutte contre le financement occulte par des tiers étrangers
L’intégrité électorale constitue un volet majeur des recommandations du rapport. Les députés européens proposent de classer formellement les infrastructures électorales comme infrastructures critiques afin de protéger les systèmes de vote contre les menaces évolutives, le financement par procuration et les ingérences extérieures dissimulées.
Les garanties spécifiques énoncées dans le texte comprennent la mise en œuvre du principe « connaissez votre donneur » pour les dons politiques en cryptomonnaies, des mesures ciblées contre les hypertrucages (deepfakes) malveillants et les publicités frauduleuses, ainsi qu’une protection accrue pour les candidates aux élections.
Le rapport souligne également la nécessité d’une coopération étroite avec les pays candidats et partenaires pour renforcer la résilience régionale. Ce faisant, les députés européens ont condamné l’instrumentalisation des migrations, qualifiant cette pratique de tentative inacceptable d’exercer une pression politique sur l’Union européenne.
Renforcement de l’éducation aux médias de la société civile et des mesures de préparation aux crises
Au-delà des mécanismes institutionnels, le Parlement européen a identifié l’éducation aux médias, la sensibilisation à l’intelligence artificielle et une société civile dynamique comme des piliers fondamentaux de la défense démocratique. Le rapport demande des engagements financiers à long terme pour soutenir la liberté des médias et le journalisme d’investigation, des garanties contre l’utilisation illégale de logiciels espions, ainsi que des mesures visant à promouvoir une plus grande participation citoyenne.
Reconnaissant que la résilience démocratique exige que les structures publiques restent opérationnelles en période de crise, le rapport recommande d’organiser régulièrement des exercices de crise à grande échelle, de déployer une application d’alerte de crise à l’échelle de l’UE et de désigner le 24 février — date anniversaire de l’invasion à grande échelle de l’Ukraine par la Russie — comme « Journée européenne de la préparation ».
Lors du débat en séance plénière qui a précédé le vote, le rapporteur Tomas Tobé (PPE, Suède) a rappelé l’objectif central du rapport :
« Ce rapport ne vise pas à réglementer les opinions politiques. Il s’agit de protéger notre démocratie contre les opérations d’influence étrangères. Les bots russes ne relèvent pas de la liberté d’expression. L’ingérence étrangère ne relève pas de la liberté d’expression. Et manipuler nos élections ne relève certainement pas de la liberté d’expression. »


