TEL-AVIV, 23 juillet (Le Parisien Matin) – L’annonce d’un accord entre les États-Unis et l’Arabie saoudite autorisant le royaume à construire des réacteurs nucléaires avec une technologie américaine et à enrichir de l’uranium sur son sol a provoqué une onde de choc. Présenté mercredi comme un partenariat strictement civil, le texte qui doit encore obtenir l’aval du Congrès américain est perçu par une grande partie de la classe politique et sécuritaire israélienne comme un tournant potentiellement déstabilisateur pour l’ensemble du Moyen-Orient.
Silence du gouvernement, colère de l’opposition
Le Premier ministre Benjamin Netanyahu ainsi que ses ministres de la Défense et des Affaires étrangères n’ont pour l’heure fait aucun commentaire public, un mutisme qui alimente les critiques dans les rangs de l’opposition et au sein de l’appareil sécuritaire. Pour ses détracteurs, cet accord conclu sans consultation préalable d’Israël compromettrait ses intérêts de sécurité à long terme en créant un précédent irréversible.
L’ancien Premier ministre Naftali Bennett, candidat déclaré au scrutin du 27 octobre pour tenter de déloger Netanyahu, a jugé que
« L’accord nucléaire qui se prépare avec l’Arabie saoudite, par-dessus la tête d’Israël, est un grave échec stratégique qui met notre sécurité en danger ».
Selon lui, autoriser l’enrichissement sur le sol saoudien pourrait conduire à une course régionale et à une perte de contrôle aux conséquences imprévisibles.
Un projet ancien relancé sans contrepartie diplomatique
L’idée d’un programme nucléaire civil saoudien soutenu par Washington n’est pas nouvelle. Elle avait été explorée sous la première administration de Donald Trump puis poursuivie sous celle de Joe Biden sans jamais aboutir, notamment en raison des alertes répétées des organisations de non prolifération qui y voyaient un chemin possible vers l’arme atomique.
Pour de nombreux responsables israéliens, un tel feu vert n’aurait dû être envisagé que dans le cadre d’un accord plus large de normalisation entre Israël et l’Arabie saoudite, sur le modèle défendu par l’administration Biden. Or le projet actuel semble avancer de manière autonome, sans avancée diplomatique tangible entre Riyad et Tel-Aviv, ce que l’état-major et les anciens chefs de la sécurité jugent préjudiciable pour l’architecture de sécurité régionale.
Le spectre d’une course aux armements régionale
Israël est considéré comme la seule puissance dotée de l’arme nucléaire au Moyen-Orient bien que n’ayant jamais confirmé ni infirmé ce statut, ce qui rend toute évolution du paysage nucléaire particulièrement sensible. L’ancien ministre de la Défense Avigdor Lieberman estime que ce programme présenté comme civil finira inévitablement par une militarisation et entraînera une course effrénée aux armements dans toute la région.
Il appelle l’État hébreu à s’opposer frontalement au texte et à mener un travail de lobbying auprès du Congrès américain pour le bloquer. Même analyse chez l’ancien chef d’état-major Benny Gantz qui considère qu’aucun responsable sécuritaire ne pourrait voir d’un bon œil l’introduction d’une capacité nucléaire civile en Arabie saoudite sans l’inscrire dans une alliance régionale modérée et structurée. Au-delà des clivages politiques, l’inquiétude porte sur un possible effet domino impliquant d’autres puissances régionales qui pourraient à leur tour revendiquer le droit à l’enrichissement.

