NEUHARDENBERG, 25 août (Le Parisien Matin) – Le chancelier Friedrich Merz a averti mardi 25 août que l’Allemagne ferait « payer leurs actes » aux auteurs d’attaques hybrides sur son sol.

Il s’exprimait en marge d’un séminaire de rentrée à l’est de Berlin, après les révélations sur l’usage de plusieurs drones lors d’une tentative présumée d’attentat à l’aéroport de Leipzig début août.

Le chef du gouvernement a affirmé que l’Allemagne « est davantage entrée dans le viseur d’attaques hybrides ». Il n’a désigné aucun responsable présumé lors de son intervention.

Berlin désigne par ce terme les tentatives de sabotage, de désinformation et d’espionnage constatées sur son sol. Ces actes ont augmenté depuis le début de la guerre en Ukraine et sont imputés à la Russie.

Friedrich Merz a indiqué que les autorités travaillaient « intensivement » avec les services de sécurité sur l’enquête de Leipzig. Il a précisé que les conclusions seraient présentées prochainement.

Une opération plus vaste que prévu

Selon la Süddeutsche Zeitung et les médias publics NDR et WDR, l’opération aurait été plus vaste qu’annoncé initialement.

Début août, un drone chargé d’explosifs avait été découvert dans la zone sécurisée du fret de l’aéroport, à proximité de plusieurs avions-cargos ukrainiens. Un deuxième engin aurait heurté un avion-cargo de DHL quelques minutes plus tard.

D’après ces sources, qui citent des proches des autorités, un troisième drone fut retrouvé dix jours plus tard. L’appareil gisait dans un champ de Kabelsketal, à l’ouest de l’aéroport.

Sur place, les enquêteurs retrouvèrent une substance pouvant correspondre à environ 50 grammes d’hexogène, un explosif militaire très puissant.

L’aéroport de Leipzig est considéré comme un point de transit important pour les livraisons d’aide militaire à l’Ukraine dans sa guerre contre la Russie.

Sollicitées par l’AFP, les autorités allemandes concernées n’ont pas donné suite dans l’immédiat.

Friedrich Merz a réaffirmé que Berlin maintiendrait son soutien à Kiev « sur le long terme ». Il a assuré que l’objectif était de favoriser l’ouverture de négociations de paix et non de prolonger le conflit.

L’identité des responsables de l’incident resta inconnue. Des sources de sécurité interrogées par les médias allemands estimèrent que les services de renseignement russes pourraient avoir été impliqués dans sa préparation.

Moscou a rejeté toute implication.

Le chancelier a promis de renforcer la riposte allemande face aux attaques hybrides. Il a cité un projet de loi renforçant les pouvoirs des services de renseignement, adopté ce mois-ci par son gouvernement.

Un changement de ton qui révèle la vulnérabilité allemande

La sortie de Friedrich Merz n’est pas une simple formule de fermeté. En promettant de faire payer le prix des attaques, le chancelier acte un basculement que ses prédécesseurs avaient longtemps retardé : reconnaître que le territoire allemand est devenu un théâtre d’opérations.

Depuis 2022, Berlin a vécu avec l’idée confortable que la guerre hybride concernait surtout les câbles sous-marins en Baltique ou les cyberattaques contre des ministères.

L’affaire de Leipzig change d’échelle. On ne parle plus de désinformation sur les réseaux, mais de 50 grammes d’hexogène à quelques mètres d’avions-cargos ukrainiens. C’est du sabotage physique, sur un hub civil, avec un mode opératoire – les drones à faible coût – devenu signature du conflit ukrainien.

Pourquoi Leipzig ? Parce que l’Allemagne est devenue, presque malgré elle, l’arrière-base logistique de Kiev. L’aéroport, géré par DHL, est l’un des rares en Europe capable de traiter du fret militaire lourd 24 heures sur 24.

Le viser, ce n’est pas seulement frapper l’Ukraine, c’est tester la résilience d’un pays qui n’a pas de culture du contre-espionnage offensif depuis la Guerre froide.

La réponse législative citée par Merz est révélatrice de l’embarras. Renforcer les pouvoirs des services de renseignement était un tabou pour une coalition marquée par le souvenir de la Stasi et de la surveillance de masse.

Le fait que ce projet passe maintenant, sans grand débat public, montre que la perception de la menace a dépassé la méfiance historique.

Reste le piège de l’attribution. Sans désigner la Russie, Merz laisse filtrer l’hypothèse par la presse, Moscou dément, et l’opinion se retrouve dans le brouillard propre à la guerre hybride.

C’est précisément l’objectif : agir sous le seuil de la guerre ouverte, assez pour perturber, pas assez pour déclencher l’article 5 de l’OTAN. En promettant des conséquences, Merz tente de recréer une dissuasion qui n’existe pas encore dans ce domaine gris.

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