BOULOGNE-BILLANCOURT, 31 août (Le Parisien Matin)Bruno Retailleau a dévoilé ce lundi 31 août les grandes lignes de son projet présidentiel pour l’éducation. Le candidat Les Républicains à l’élection présidentielle de 2027 a présenté ses propositions lors d’un échange avec des parents d’élèves, à la veille de la rentrée scolaire.

Ce programme, élaboré avec le sénateur Max Brisson, s’articula autour de quatre priorités : les enseignants, la transmission des savoirs, la liberté des établissements et l’autorité.

Des enseignants mieux payés et une gestion repensée

Le premier pilier concerna les enseignants, présentés comme le socle de toute réforme. Le candidat proposa une revalorisation significative des salaires, avec l’objectif de rapprocher la rémunération française de la moyenne européenne.

L’équipe de campagne estima que la question salariale, bien que centrale, ne suffirait pas à enrayer la crise des vocations.

« La refondation de l’école est un préalable à la refondation du pays ».

Affirma Max Brisson pour justifier l’urgence du chantier.

Le sénateur insista sur la nécessité de transformer la gestion des ressources humaines.

« On va parler rémunération et augmentation des salaires. C’est indispensable, mais insuffisant si on ne modifie pas la gestion des ressources humaines ».

Expliqua Max Brisson.

Il dénonça un système d’affectation et d’avancement fondé sur l’ancienneté et les barèmes. Un modèle qu’il jugea particulièrement pénalisant pour les jeunes professeurs.

« Les professeurs soit ne rentrent pas, soit s’en vont ».

Souligna Max Brisson.

Selon lui, le salaire ne représenta qu’un levier parmi d’autres. La rémunération ne constituait « qu’un facteur » d’attractivité, sans une réforme de la gestion des carrières et des mutations, elle ne permettrait pas de fidéliser les enseignants sur le long terme.

Moins de pédagogisme, davantage de transmission

Le deuxième axe porta sur le contenu et la méthode d’enseignement. Bruno Retailleau défendit un retour à une conception plus traditionnelle du métier, centrée sur la transmission des connaissances.

Le projet opposa le rôle de passeur de savoir à celui d’animateur. « Le professeur sait et l’élève apprend », résuma Max Brisson, qui revendiqua « une approche traditionnelle » de la profession.

L’équipe du candidat entendit rompre avec ce qu’elle qualifia de « pédagogisme » pour redonner au professeur une place centrale dans la classe.

Cette orientation se traduisit par une remise en cause du collège unique, présenté comme l’une des causes de l’échec scolaire et du décrochage. Bruno Retailleau proposa de rétablir un examen d’entrée en sixième et de généraliser les groupes de niveau.

« On assume le fait que tous les élèves ne progressent pas au même rythme ».

Expliqua Max Brisson.

Il ajouta :

« Tous les jeunes n’ont pas les mêmes talents et les mêmes manières d’accomplir la connaissance ».

Le programme prévoyait également de mettre fin au passage automatique d’une classe à l’autre. Les conseils de classe verraient leur rôle renforcé dans les décisions de passage et d’orientation.

Max Brisson, sénateur Les Républicains, en costume sombre avec une cravate bleue

Autonomie des établissements et 1 000 structures libres

Le troisième volet visa à desserrer la centralisation du système éducatif. L’équipe de Bruno Retailleau critiqua une organisation jugée trop verticale, pilotée depuis Paris.

« Nous sommes le seul pays où le système est géré depuis un ministère omnipotent ».

Dénonça Max Brisson. Le candidat proposa de donner aux établissements une autonomie beaucoup plus large pour élaborer leurs projets pédagogiques.

L’objectif affiché fut de permettre aux équipes de terrain d’adapter leur enseignement aux réalités locales. Il s’agissait, selon le sénateur, de « donner un vrai projet pédagogique qui correspond à la réalité de ces élèves ».

Pour les communautés éducatives volontaires, le programme prévoyait la création de 1 000 établissements publics « libres ». Ces structures reposeraient sur le volontariat des enseignants, des parents et des élèves.

Elles disposeraient d’une liberté totale pour adapter les programmes, les cycles scolaires, les rythmes de travail et le calendrier des vacances. Une expérimentation destinée à tester une organisation différente de l’école publique.

Restauration de l’autorité et sanctuarisation de la classe

Le dernier axe concerna la restauration de l’autorité à l’école. Bruno Retailleau souhaita renforcer les prérogatives des chefs d’établissement et des conseils de discipline, jugées insuffisantes face aux comportements perturbateurs.

« On a réduit les attributs d’autorité du chef d’établissement ».

Estima Max Brisson. La priorité, selon l’équipe de campagne, fut de protéger « les enfants qui travaillent et l’école face à des jeunes qui refusent les règles de l’école ».

Le projet prévoyait la création d’établissements de réinsertion scolaire pour les élèves de moins de 16 ans faisant l’objet d’exclusions répétées. L’objectif fut d’éviter qu’un élève perturbateur soit simplement déplacé d’un établissement à l’autre sans réponse éducative adaptée.

Le candidat proposa également un « contrat d’engagement des parents ». Ce document rappellerait que l’école fonctionne selon des règles qui « s’imposent et ne peuvent pas se discuter », tout en précisant les droits et les devoirs des familles.

L’équipe annonça enfin un soutien institutionnel absolu aux professeurs face aux contestations d’enseignement et un renforcement des sanctions disciplinaires immédiates pour restaurer l’ordre dans les classes.

Le choix du calendrier n’a rien d’anodin. En se positionnant à la veille de la rentrée, Bruno Retailleau s’empare d’un moment où l’école redevient la première préoccupation des familles, et où chaque formation politique cherche à imposer son récit.

Sur le fond, son projet opère un déplacement très net à droite du débat éducatif. Là où les ministres successifs ont tenté de concilier autonomie et cadre national, Retailleau assume la rupture : fin du collège unique, examen d’entrée en sixième, 1 000 établissements libres. C’est une réponse frontale au discours égalitariste, avec une rhétorique du mérite et du rythme qui parle à son électorat.

Politiquement, l’opération sert deux objectifs. D’abord, crédibiliser une candidature présidentielle qui doit exister hors du clivage autour de l’exécutif. Ensuite, rallier l’électorat enseignant conservateur, déçu par les revalorisations jugées incomplètes, en lui proposant à la fois du salaire et du sens : le retour du « passeur de savoir ».

Reste l’angle mort financier et juridique. Rapprocher les salaires de la moyenne européenne représente plusieurs milliards d’euros.

Créer 1 000 établissements dérogatoires au droit commun suppose une loi d’expérimentation majeure, avec risque de recours devant le Conseil constitutionnel sur le principe d’égalité.

Sur l’autorité, le contrat d’engagement des parents et les structures de réinsertion se heurtent déjà à des dispositifs existants peu appliqués. C’est là que le programme devra passer de l’intention à la faisabilité.

Partager.