PARIS, 30 août (Le Parisien Matin) – La Maison de l’Argentine de la Cité internationale universitaire de Paris a traversé une crise profonde à la rentrée 2026-2027. Plusieurs ex-résidents contraints de plier bagage ont dénoncé une décision « politique » de son directeur, Santiago Muzio, nommé par le président argentin Javier Milei.

Ce proche de Marion Maréchal-Le Pen a été accusé d’avoir transformé l’établissement en lieu de rencontre de l’extrême droite européenne, tandis que la mairie de Paris a demandé au Quai d’Orsay d’ouvrir une enquête.

Des réinscriptions refusées dans un climat d’angoisse

Le 27 août, Camila a découvert que son nom ne figurait pas sur la liste des ressortissants autorisés à résider pour l’année 2026-2027. Malgré d’excellents résultats académiques, elle a été écartée après un été d’angoisse partagé par les résidents. Camila a confié :

« Je ne pensais pas que moi aussi j’allais être virée. »

Dans un courrier officiel adressé aux autorités argentines et à l’ambassade, les résidents ont dénoncé une gestion arbitraire des attributions de chambres. Plusieurs étudiants ayant contesté la gouvernance du directeur ont vu leur réinscription rejetée. Une dizaine d’entre eux ont dû être relogés en urgence dans d’autres pavillons du campus via un dispositif d’aide.

Transformation idéologique des espaces

Dès sa prise de fonction, Santiago Muzio a fait retirer la plaque commémorative rendant hommage aux 30 000 disparus et victimes de la dictature militaire argentine. Cette décision a provoqué une vive indignation collective parmi les résidents et les anciens.

Parallèlement, les espaces communs ont changé de fonction. Alors qu’ils accueillaient historiquement des événements multiculturels et artistiques ouverts, le grand salon a servi de lieu d’accueil à des réunions de mouvements et de syndicats de l’extrême droite française et internationale. Les noms d’Ordo Iuris et de La Cocarde étudiante ont été cités parmi les organisations reçues.

Rupture institutionnelle

Le directeur a refusé de signer la charte des valeurs humanistes et de non-discrimination qui régit l’ensemble de la Cité internationale universitaire. Des travaux jugés « opaques » auraient également été menés sans concertation ni autorisations requises, selon les signalements.

La situation a dépassé le cadre universitaire pour devenir un sujet de discorde diplomatique. De nombreux rassemblements se sont déroulés devant les bâtiments de la résidence pour réclamer la démission immédiate du directeur.

Face à la multiplication des signalements, la Mairie de Paris a officiellement interpellé le ministère des Affaires étrangères français afin qu’une enquête approfondie soit menée sur le fonctionnement de l’établissement et qu’une clarification diplomatique soit demandée à Buenos Aires.

Ce que révèle l’affaire au-delà du campus

L’affaire de la Maison de l’Argentine n’est pas une simple querelle de gestion de résidence universitaire. Elle expose la collision frontale entre deux logiques juridiques et politiques.

La Cité internationale universitaire de Paris repose sur un modèle unique : des maisons appartenant à des États étrangers mais soumises à une charte commune humaniste, laïque et non-discriminatoire. C’est une extraterritorialité tempérée.

En refusant de signer cette charte, Santiago Muzio n’a pas seulement posé un acte administratif, il a rompu le contrat moral qui permet à la CIUP d’exister depuis 1925.

C’est ce qui explique pourquoi la Mairie de Paris, qui n’a aucune compétence directe sur l’attribution des chambres, a pu se saisir du dossier.

Deuxième enseignement : l’exportation du modèle Milei. Le président argentin a fait de la bataille culturelle son principal produit d’exportation.

Nommer un profil idéologique, proche des réseaux identitaires européens, à la tête d’un pavillon historiquement marqué par la mémoire de la dictature, est un geste hautement symbolique.

Le retrait de la plaque des 30 000 disparus n’est pas anecdotique, il s’inscrit dans la remise en cause officielle par le gouvernement argentin actuel du consensus mémoriel sur les années 1976-1983.

Enfin, la privatisation idéologique d’un espace public étudiant interroge le Quai d’Orsay. La France ne peut expulser un directeur nommé par un État souverain, mais elle peut conditionner le statut de la fondation.

L’enquête demandée devra déterminer si les travaux opaques et l’accueil de groupes comme Ordo Iuris constituent un détournement de l’objet social de la fondation.

Si c’est le cas, Paris dispose d’un levier rare : la remise en cause de la convention d’occupation du terrain de la CIUP, un précédent qui serait diplomatiquement lourd mais juridiquement possible.

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