CRETEIL, 31 août (Le Parisien Matin) – La cyberattaque massive contre l’Éducation nationale survenue à la fin du mois de juillet a lourdement perturbé la rentrée des classes dans la deuxième académie de France. Plus de 900 000 élèves devaient reprendre ce mardi, alors que le rectorat décrivait une situation de « C’est le chaos » sur le terrain.

Le ministère a suspendu de nombreuses applications professionnelles pour bloquer l’accès des pirates et réinitialiser la sécurité. Cette mesure préventive a provoqué un black-out informatique subi par les personnels.

Un système à l’arrêt total

Au rectorat de Créteil, les conséquences se sont traduites par des « applications métiers inaccessibles, télétravail impossible, organisation à revoir en catastrophe ». De nombreux enseignants contractuels ou remplaçants ignoraient encore leur établissement d’affectation à quelques jours de la reprise.

Les chefs d’établissement et directeurs d’école n’ont pas pu modifier les listes d’élèves, gérer les inscriptions tardives ou valider la répartition des classes. Les messageries professionnelles sont restées indisponibles ou instables.

Le télétravail est devenu impossible pour les agents du rectorat. Les outils métiers indispensables étant coupés, la communication avec les gestionnaires administratives a été interrompue.

La rentrée a aussi été fragilisée dans le Val-de-Marne, où de violents orages ont endommagé des établissements la semaine précédente. La question du nettoyage et des réparations s’est ajoutée à celle de l’accès aux outils numériques pour faire l’appel.

Une fuite de données d’ampleur historique

L’attaque a été revendiquée par le groupe ZeroBytes. Le groupe a affirmé avoir exfiltré 43 Go de données au total.

L’académie de Créteil a figuré parmi les cibles prioritaires, avec environ 24 Go de fichiers siphonnés. Les fichiers contenaient des données personnelles sensibles concernant des dizaines de milliers d’élèves, de parents et d’enseignants.

Face à un discours officiel évoquant un retour à la normale progressif, les équipes ont organisé une gestion à l’ancienne. Des collèges et écoles ont imprimé des plannings sur papier et créé des adresses e-mail alternatives.

Des groupes WhatsApp et Facebook ont été utilisés pour maintenir le lien avec les familles. Le ministère de l’Éducation nationale a géré la crise en collaboration avec l’ANSSI, une crise qui a frappé l’ensemble de l’organisation nationale de la rentrée.

Une Éducation nationale à l’épreuve du numérique

Au-delà du bug informatique, cette rentrée à Créteil révèle une fragilité structurelle. L’Éducation nationale a centralisé en quelques années l’essentiel de sa gestion sur une poignée d’applications : affectations, listes d’élèves, messageries, notes. Efficace en temps normal, ce système devient un château de cartes dès qu’un maillon cède.

Le choix de couper préventivement I-Prof, ONDE ou ARENA était logique sur le plan de la sécurité, mais il a mis à nu l’absence de plan B. Sans serveur, plus d’appel, plus de classe, plus de contrat. Les enseignants se sont retrouvés à faire ce que l’administration avait voulu supprimer : du papier, des coups de téléphone, des groupes Facebook.

Il y a aussi un sujet de temporalité. Frapper fin juillet, c’est frapper au pire moment. C’est le creux administratif, avec des équipes réduites, juste avant le pic de la rentrée. ZeroBytes ne l’a pas choisi par hasard. Les 24 Go volés à Créteil ne sont pas seulement des données, ce sont des identités d’enfants, des adresses, des situations familiales. La crise technique d’aujourd’hui prépare la crise de confiance de demain, quand les parents recevront les premiers mails de phishing ciblés.

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