mercredi, 16 septembre Magazine

Johannesburg (Le Parisien Matin) 16 septembre 2026 – La découverte des corps de sept femmes aux alentours de l’aéroport international O.R. Tambo de Johannesburg, dont cinq au cours de la seule dernière semaine, a déclenché une vague d’effroi, de deuil et d’indignation publique à travers l’Afrique du Sud. Face à la multiplication des cadavres retrouvés dénudés et portant des traces de violences, le président Cyril Ramaphosa a ordonné une priorisation absolue des enquêtes policières. Alors que les services d’enquête examinent l’hypothèse d’un tueur en série, les organisations de défense des droits des femmes dénoncent l’inaction gouvernementale et l’injonction faite aux victimes de veiller sur leur propre sécurité.

La découverte de sept dépouilles féminines dans la municipalité d’Ekurhuleni, située à l’est de Johannesburg, a vivement réactivé le débat sur le taux épidémique de féminicides en Afrique du Sud. La succession de ces événements macabres a suscité une onde de choc au sein de la population locale et remis en lumière l’insécurité chronique à laquelle sont confrontées les femmes dans l’espace public.

Les inquiétudes de la communauté ont atteint un point critique à la suite de la disparition, le 9 septembre, d’Elizabeth « Tsontso » Moselakgomo, âgée de 38 ans. Partie faire son footing quotidien, la joggeuse n’est jamais revenue à son domicile. L’alerte a été donnée par sa fille de huit ans auprès de ses proches, qui ont immédiatement avisé les autorités policières. Après une campagne de recherche massive relayée sur les réseaux sociaux et menée sur le terrain par des proches et des habitants, le corps dénudé et portant des marques de coups de Mme Moselakgomo a été retrouvé samedi. Son identification officielle par sa famille a eu lieu lundi.

Chronologie des découvertes et répartition géographique des victimes

Les rapports communiqués par la police sud-africaine (SAPS) retracent une série de découvertes macabres entamée durant la période estivale. La première victime avait été localisée le 15 juillet à Kempton Park, une zone urbaine adjacente à l’autoroute menant à l’aéroport international O.R. Tambo. Le corps, retrouvé à moitié nu et entravé, appartenait à une femme de 37 ans. Un suspect, identifié comme étant son compagnon, a été appréhendé peu après par les forces de l’ordre et demeure actuellement en détention.

Un deuxième corps féminin a été mis au jour le 24 août dans la même localité de Kempton Park, présentant des caractéristiques similaires, notamment un état de dénudation partielle et des contusions visibles. La trajectoire des investigations s’est brutalement accélérée au cours de la deuxième semaine de septembre avec la localisation successive de cinq autres dépouilles.

Lundi et mardi, deux corps supplémentaires ont été découverts dans le secteur d’Olifantsfontein, à environ 25 kilomètres au nord de Kempton Park. Le même jour, un autre corps décomposé et dévêtu a été retrouvé à environ 40 kilomètres au sud-est, dans la municipalité de Kwa-Thema. Parallèlement, le corps d’une femme repêché le 7 septembre dans une rivière près du township de Tembisa a été intégré au périmètre global de cette vaste enquête criminelle.

Orientation des enquêtes policières et divergence sur la thèse du tueur en série

Face à la multiplication des affaires, les services d’investigation spécialisés de la police ont initialement indiqué samedi qu’ils n’excluaient pas l’hypothèse d’un tueur en série agissant dans le secteur d’Ekurhuleni. Cette prise de parole initiale a rapidement alimenté une vive inquiétude parmi la population.

Cependant, lors d’une déclaration faite aux médias lundi, la porte-parole nationale de la police, le lieutenant-général Athlenda Mathe, a tempéré ces affirmations.

« Pour l’instant, aucun élément factuel ne nous permet d’affirmer avec certitude que nous avons affaire à un tueur en série »,

a-t-elle précisé. Les autorités ont néanmoins reconnu que la similitude des modes opératoires – comprenant l’abandon de corps dénudés ou partiellement vêtus dans des zones isolées – justifiait le regroupement des dossiers au sein d’une équipe d’enquête pluridisciplinaire.

Mardi, le président de la République d’Afrique du Sud, Cyril Ramaphosa, s’est exprimé publiquement pour confirmer qu’il avait formellement ordonné aux dirigeants de la police de mobiliser tous les moyens nécessaires afin de résoudre ces affaires dans les plus brefs délais. Le chef de l’État a demandé aux forces de l’ordre de collaborer étroitement avec les populations locales pour recueillir la moindre information susceptible de conduire à l’arrestation des coupables.

Consignes de sécurité policières et vive réaction des mouvements féministes

Dans le cadre de ses communications de crise, la police a diffusé samedi un message de mise en garde adressé à la population féminine résidant ou transitant par Kempton Park et ses environs. Les autorités ont formellement recommandé aux femmes d’éviter d’effectuer leurs déplacements, marches ou activités de course à pied en solitaire, tout particulièrement dans les espaces isolés ou peu fréquentés, et d’organiser leurs déplacements en groupes.

Ces consignes administratives ont provoqué une vive réaction de rejet parmi les organisations de défense des droits des femmes, ainsi qu’au sein des communautés de coureuses à pied. De nombreuses citoyennes ont exprimé leur exaspération face à un discours institutionnel faisant porter la responsabilité de la sécurité sur les victimes potentielles. Sur les réseaux sociaux, des proches des victimes, à l’instar de Sakane Mokoena, amie d’Elizabeth Moselakgomo, ont témoigné du sentiment d’interminable vulnérabilité éprouvé par la population féminine.

L’organisation non gouvernementale Women For Change a publié une prise de position ferme dénonçant la nature de ces avertissements.

« Nous sommes épuisées d’entendre qu’il nous appartient d’être vigilantes, alors que les femmes mettent déjà tout en œuvre au quotidien pour simplement rester en vie »,

a déclaré le groupe militant. L’organisation a également critiqué le délai de réaction des forces de l’ordre, estimant qu’il était inacceptable qu’il faille attendre la médiatisation d’une disparition et la mobilisation active des familles sur le terrain pour que les périmètres concernés fassent l’objet de recherches intensives.

De son côté, la Commission pour l’égalité des sexes (Commission for Gender Equality) a appelé à la mise en place immédiate d’audits de sécurité dans l’ensemble des secteurs touchés. L’organisme constitutionnel recommande une évaluation technique conjointe impliquant les services de police, les municipalités et les acteurs des transports. Cet audit doit examiner l’état de l’éclairage public, l’implantation de la vidéosurveillance, la sécurisation des itinéraires piétons, la résorption des terrains vagues et le niveau de présence policière.

Statistique nationale des féminicides et contexte politique sud-africain

L’Afrique du Sud enregistre de manière constante l’un des taux de féminicides et de crimes violents les plus élevés à l’échelle mondiale, selon les données des Nations Unies et les rapports statistiques officiels du gouvernement.

Les statistiques criminelles de la police sud-africaine publiées pour la période allant du 1er avril 2023 au 31 mars 2024 font état de 27 600 homicides répertoriés à travers le pays. Parmi ces victimes, 5 578 étaient des femmes. Pour le seul trimestre s’étendant d’avril à juin, les données les plus récentes indiquent que 5 427 personnes ont été tuées, soit une moyenne d’environ 45 homicides par jour. Des travaux de recherche universitaires menés à l’échelle nationale révèlent en outre que plus de 35 % des femmes adultes du pays ont déjà été confrontées à des violences physiques ou sexuelles au cours de leur existence.

Sur le plan politique, les mouvements de protestation dénonçant les violences fondées sur le genre se sont intensifiés. En novembre 2025, à la veille de la tenue du sommet du G20 à Johannesburg, des centaines de manifestantes s’étaient rassemblées dans la capitale économique pour exiger des réformes structurelles. À la suite de cette mobilisation, le président Cyril Ramaphosa avait formellement déclaré la violence basée sur le genre et le féminicide comme constituant une crise et une catastrophe nationales.

Malgré ces annonces institutionnelles, les collectifs de la société civile continuent de dénoncer l’absence de plans d’action concrets et dotés de moyens opérationnels suffisants. Alors que les enquêtes menées par la police de Gauteng se poursuivent autour de l’aéroport O.R. Tambo, aucune interpellation supplémentaire n’a été annoncée en lien avec les six derniers corps découverts.

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