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Home»France»Trois réacteurs de la centrale nucléaire de Gravelines à l’arrêt à cause de méduses
France

Trois réacteurs de la centrale nucléaire de Gravelines à l’arrêt à cause de méduses

Antoine MaesPar Antoine Maesmardi, 11 aoûtAucun commentaire4 Min Temps de lecture
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Amas de méduses obstruant les grilles métalliques des tambours de filtration
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GRAVELINES, 11 août (Le Parisien Matin) – Trois réacteurs de la centrale nucléaire de Gravelines furent mis à l’arrêt tard lundi soir après qu’un essaim massif de méduses eut obstrué les tambours de filtration des stations de pompage, selon EDF.

La centrale, située dans le nord de la France, est l’une des plus importantes du pays. Elle est refroidie par un canal relié à la mer du Nord et compte six unités produisant 900 mégawatts chacune, soit une capacité totale de 5,4 gigawatts.

Trois réacteurs à l’arrêt, un seul à pleine puissance

Les réacteurs 2, 3 et 4 furent arrêtés automatiquement lorsque les méduses colmatèrent les systèmes de filtration non nucléaires. Des capteurs détectèrent la chute brutale de pression d’eau et déclenchèrent l’arrêt de sûreté pour protéger les infrastructures de refroidissement.

Le réacteur 1 fut limité à 50 % de sa puissance par mesure préventive. Le réacteur 5 était déjà hors service pour une opération de maintenance programmée. Seul le réacteur 6 resta pleinement opérationnel pendant l’incident.

La panne totale survenue l’an dernier, qui avait mis l’ensemble du site hors service, poussa l’exploitant à mettre en œuvre de nouvelles techniques de surveillance et de chalutage pour prévenir de futurs épisodes.

EDF installa des caméras fixes au niveau des canaux d’amenée et sur les écrans des tambours filtrants afin de détecter au plus tôt tout blocage entrant. L’entreprise noua un partenariat avec une organisation de pêche française et une organisation de sauvetage en mer chargées de surveiller la présence d’essaims au large.

Ces partenaires peuvent lancer l’alerte et déclencher des opérations de chalutage ciblé menées par des pêcheurs afin de réduire la densité de l’essaim avant son arrivée à la centrale.

Vue aérienne de la centrale de Gravelines montrant les six réacteurs et le canal relié à la mer du Nord

Une opération de nettoyage en cours

Les bateaux de pêche furent déployés dès samedi après qu’une première alarme eut été donnée, ce qui limita l’impact de l’essaim. Les méduses déjà piégées sur le site furent évacuées à l’aide de camions aspirateurs mobilisés pour l’intervention.

EDF indiqua que la situation était en voie de stabilisation. EDF déclara :

« Aucune nouvelle méduse n’arrive, donc le nettoyage se termine, ce qui devrait permettre un redémarrage rapide des unités ».

L’exploitant assura que l’événement ne présenta aucun risque pour le site ou son environnement immédiat. Les systèmes de sûreté fonctionnèrent comme prévu lors de l’obstruction des prises d’eau.

EDF déclara :

« La situation n’a aucun impact sur la sûreté de l’installation, du personnel ou de l’environnement ».

Les scientifiques avertirent que de tels phénomènes pourraient devenir plus fréquents en raison du réchauffement climatique, de l’arrivée d’espèces invasives, de la perte d’habitat des prédateurs et de la surpêche.

L’incident survint alors qu’EDF faisait face à une cinquième vague de chaleur attendue dans la semaine. Un réacteur dans le nord fut à l’arrêt pendant la majeure partie de l’été en raison du faible niveau des cours d’eau, tandis qu’un autre resta largement indisponible durant le mois de juillet avec des redémarrages limités.

Une vulnérabilité marine qui interroge le modèle nucléaire côtier

L’arrêt de Gravelines n’est pas une anecdote estivale. C’est le symptôme d’une double fragilité. D’un côté, une infrastructure pensée dans les années 80 pour pomper sans limite une eau de mer froide et abondante. De l’autre, une mer qui se réchauffe, se vide de ses prédateurs et se remplit d’organismes opportunistes.

Les méduses sont presque entièrement composées d’eau. Aspirées par millions, elles ne se contentent pas de bloquer : elles s’écrasent, font joint étanche, et transforment un filtre en mur. Aucun système mécanique ne résiste longtemps à cette gélatine sous pression.

EDF l’a compris l’an dernier après un black-out total du site. Les caméras fixes et le partenariat avec les pêcheurs sont une rustine intelligente, mais elles restent une course contre la biologie.

Le cas Gravelines n’est pas isolé. La Suède, l’Écosse, Israël et les États-Unis ont connu les mêmes arrêts forcés. Ce qui change, c’est la fréquence. Des eaux à 20 degrés en Manche, une surpêche qui supprime thons et tortues, et l’arrivée d’espèces invasives comme Mnemiopsis : le cocktail est documenté depuis dix ans par les océanographes.

Pour EDF, le problème est en tenaille. Au nord, la mer apporte trop de vivant. Au sud et à l’intérieur, les fleuves n’apportent plus assez d’eau fraîche.

Un même été combine l’excès et le manque. La question n’est plus seulement de sécuriser les tambours filtrants, mais de repenser le refroidissement côtier à l’ère des proliférations marines, avec des prises d’eau plus profondes, des filtrages redondants et une prévision biologique au même niveau que la météo des températures.

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