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Home»Monde»Trump veut faire payer à l’Iran 50 ans de dégâts alors qu’Ormuz reste sous blocus
Monde

Trump veut faire payer à l’Iran 50 ans de dégâts alors qu’Ormuz reste sous blocus

Frida GhitisPar Frida Ghitismardi, 11 aoûtAucun commentaire6 Min Temps de lecture
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Plusieurs navires de commerce et pétroliers naviguent dans le détroit d'Ormuz vu depuis le Musandam
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WASHINGTON, 11 août (Le Parisien Matin) – Le président américain Donald Trump a répondu lundi aux conditions iraniennes pour un accord de paix en exigeant que l’Iran verse des compensations pour des morts liés à des guerres, des attaques et des manifestations, une surenchère qui a compromis les efforts pour rouvrir le détroit d’Ormuz.

Sa proposition, inédite, est intervenue en réponse aux demandes de Téhéran qui réclame une indemnisation et la fin des sanctions. Ces exigences reprirent en grande partie les termes d’un accord préliminaire signé en juin, depuis resté sans suite. Depuis le début de la guerre en février, Trump a oscillé entre menaces d’escalade et annonces d’un accord imminent.

Une surenchère sur cinquante ans

Trump a déclaré que Washington allait réclamer des dédommagements sur un demi-siècle. Trump a déclaré :

« Nous allons demander de l’argent pour les dégâts qu’ils ont causés sur une période de 50 ans ».

Précisant que les paiements couvriraient des manifestants civils et des militaires américains dans la région.

Il a ajouté :

« Donc s’il y a des dommages à payer, je pense que l’Iran devrait payer ces dommages ».

Sur Truth Social, il a écrit :

« De plus, en ce qui concerne les négociations avec l’Iran, l’Iran devrait être responsable des dommages et des morts causés au peuple du Liban, de la Syrie, du Yémen et de Gaza ! ».

Il a lié sa demande à la répression des manifestations de fin 2025 et 2026, évoquant 52 000 manifestants tués six semaines plus tôt. Ce chiffre contrasta avec le décompte de l’agence HRANA, qui a rapporté en février environ 7 000 morts dont 6 500 manifestants, alors que des groupes d’opposition en exil avancèrent des dizaines de milliers de victimes.

Trump a exigé que l’Iran indemnise les familles des 17 marins américains tués en octobre 2000 lors de l’attaque de l’USS Cole au Yémen, une attaque attribuée à Al-Qaïda et non à l’Iran.

Il avait encouragé les manifestants à renverser le gouvernement iranien lorsque la guerre a commencé avec des frappes américaines et israéliennes en février. Des organisations de défense des droits affirmèrent que la répression s’est poursuivie depuis.

Donald Trump s'exprime derrière un pupitre à la Maison-Blanche devant des drapeaux américains

Un détroit stratégique toujours fermé

Le détroit d’Ormuz, par lequel transitait un cinquième du pétrole et du GNL mondial avant le conflit, est resté bloqué depuis février. Les prix du pétrole ont clôturé en hausse de 5 % lundi, les nouvelles exigences ayant réduit les perspectives d’accord.

Washington et Téhéran ont conclu un cessez-le-feu en juin, mais les États-Unis ont réimposé un blocus maritime en juillet, que Téhéran a qualifié de violation de la trêve. L’Iran a riposté avec des missiles et des drones contre les alliés régionaux de Washington et contre des navires marchands transitant sans son autorisation.

Trump a affirmé que le détroit était ouvert et a déclaré :

« Le seul qui a le contrôle du détroit d’Ormuz en ce moment, c’est la marine américaine ».

Pourtant, des mois d’efforts militaires, dont une campagne de frappes de deux semaines en juillet, n’ont pas brisé l’emprise iranienne.

Les responsables américains ont exclu tout accord permettant à Téhéran de facturer des droits de passage. L’Iran a indiqué s’approcher d’un pacte final avec Oman définissant de nouvelles voies de navigation, tout en exigeant compensation, levée des sanctions et fin des menaces militaires.

Les discussions portèrent aussi sur des services normalement payants comme la navigation sécurisée, la protection de l’environnement, les services maritimes et la lutte contre la criminalité.

Une pression intérieure avant les midterms

Trump subit une pression pour mettre fin à une guerre impopulaire à l’approche des élections de mi-mandat de novembre. La hausse du carburant pèse dans les zones rurales qui l’ont soutenu.

Le représentant démocrate Bill Keating a déclaré sur CNN :

« Ce que vous voyez ici, c’est le début d’une capitulation ».

Il estima que la réalité du terrain s’imposait.

Plus tôt lundi, le porte-parole du ministère iranien des Affaires étrangères Esmaeil Baghaei a indiqué que les pourparlers avec Oman « progressaient de manière fluide et constructive », avec un accord trouvé sur une carte des routes maritimes, des points techniques restant en suspens.

Écran affichant une courbe de prix du pétrole en hausse de 5 pour cent avec chiffres verts

Le piège d’une monnaie d’échange qui ne circule plus

L’affrontement financier ouvert par la Maison-Blanche ne relève plus de la négociation classique, il relève de la disqualification mutuelle. En exigeant cinquante ans de réparations, Washington ne cherche pas à obtenir un chèque de Téhéran. Il cherche à rendre la demande iranienne inaudible.

C’est une tactique éprouvée : répondre à une facture par une contre-facture plus lourde pour annuler le principe même de dette.

Sur le terrain, cette rhétorique couvre un constat d’impuissance partagé. La marine américaine contrôle les grands fonds, l’Iran contrôle l’insécurité. Aucun des deux ne peut rouvrir le détroit seul, aucun ne peut le fermer hermétiquement sans payer un prix exorbitant.

Le résultat est ce blocus hybride où le pétrole passe au goutte-à-goutte, sous menace, avec une prime de risque qui arrange paradoxalement les deux capitales : elle justifie la fermeté à Washington et la rente de la peur à Téhéran.

L’accord technique Oman-Iran est révélateur. Dessiner une nouvelle route maritime sans garantir sa sécurité, c’est tracer une ligne sur l’eau. Mascate offre un couloir, Téhéran exige un péage politique, Washington refuse tout péage. On est passé d’une logique de cessez-le-feu à une logique de concession autoroutière.

Politiquement, le calendrier américain écrase la stratégie. À trois mois des midterms, chaque dollar à la pompe pèse plus qu’un porte-avions dans le Golfe.

En liant les morts de manifestants iraniens et ceux de l’USS Cole, pourtant sans lien opérationnel, la Maison-Blanche parle moins à Téhéran qu’à son électorat rural, sensible au thème de la redevabilité et à l’idée que l’Amérique ne paie plus, elle encaisse.

Côté iranien, le remaniement militaire évoqué en coulisses et la mise en avant d’une ligne dure à la tête de la marine du Corps des gardiens indiquent que Téhéran a déjà intégré l’échec des pourparlers. L’objectif n’est plus la levée des sanctions, mais la monétisation du chaos : faire payer l’instabilité, même sans la revendiquer.

Le danger est que ce statu quo devienne structurel. Un détroit à moitié fermé, des proxies qui frappent les oléoducs de contournement, une guerre qui ne s’appelle plus guerre mais pression maximale. Dans ce modèle, personne ne capitule, tout le monde facture, et c’est le marché mondial qui règle l’addition.

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