LORIENT, France, 19 juillet (Le Parisien Matin) – Un laboratoire de recherche flottant, dont la silhouette rappelle celle d’un igloo géant en aluminium, a quitté le port de Lorient dimanche pour entamer une mission de longue haleine dans l’océan Arctique. Ce navire conçu en France est destiné à dériver avec la banquise pendant plusieurs mois au cœur de l’un des environnements les plus hostiles de la planète.
La structure particulière de la station Tara Polar a été pensée pour résister aux pressions extrêmes de la glace et permettre une dérive contrôlée. Ce projet scientifique international mobilise une trentaine de centres de recherche répartis dans 12 pays, incluant l’Allemagne, le Canada, l’Espagne, les États-Unis, la Suisse et le Japon.
Les capacités techniques du navire
Cette station flottante se présente sous la forme d’un igloo posé sur une large bouée. Sa conception robuste lui permet d’endurer des températures pouvant chuter jusqu’à -52°C tout en encaissant les chocs de la glace marine. Le départ a été salué par des centaines de personnes sur les quais, en présence de Catherine Chabaud, ministre française de la Mer.
Le déploiement débutera réellement à la mi-août, lorsque le navire longera les côtes russes avec l’assistance d’un brise-glace. Dès septembre, il se laissera emprisonner par la banquise pour entamer une dérive naturelle à une vitesse moyenne de 10 kilomètres par jour. L’objectif est d’atteindre le détroit de Fram, situé entre le Groenland et le Svalbard, d’ici la fin de l’année 2027.
Une étude scientifique de grande envergure
Dix expéditions de ce type sont programmées sur une période s’étendant de 2026 à 2045, à raison d’une mission tous les deux ans. L’équipage sera composé de 12 personnes, dont six scientifiques durant la période hivernale, effectif qui sera porté à 18 durant l’été. Les chercheurs utiliseront une ouverture dans la coque pour collecter plus de 10 000 échantillons d’eau, d’atmosphère et de glace.
Romain Troublé, directeur général de la Fondation Tara Océan, a souligné l’urgence de cette présence prolongée pour mieux saisir les bouleversements en cours :
« Vous ne pouvez pas comprendre l’environnement si vous n’y passez que deux mois par an. »
La vie quotidienne en milieu polaire
Les membres de l’expédition ont été sélectionnés après des tests d’aptitude médicale et psychologique poussés pour garantir la cohésion du groupe. L’hiver polaire imposera aux résidents cinq mois d’obscurité totale, auxquels s’ajoutent les risques liés au froid extrême, à la claustrophobie et à la présence de prédateurs. Les ours polaires constituent une menace réelle pour l’équipage travaillant sur la glace. Chaque participant a suivi une formation au maniement des armes, et un chien entraîné accompagnera les sorties pour détecter l’approche éventuelle d’animaux.
Cette mission vise à documenter la biodiversité unique de ces zones polaires, actuellement en pleine transformation sous l’effet du changement climatique. Les données récoltées permettront de mieux comprendre comment les espèces s’adaptent à un milieu dont la structure physique se modifie rapidement.


