VILNIUS, 22 juillet (Le Parisien Matin) – Les tensions sont remontées d’un cran à la frontière orientale de l’Europe. Depuis Vilnius, où l’information a été relayée ce mercredi, l’armée lettone a annoncé avoir eu recours au gaz lacrymogène et à un tir de semonce pour empêcher un groupe de migrants venus de Biélorussie de pénétrer sur le territoire letton. Un épisode qui illustre l’escalade en cours le long du flanc est de l’OTAN.
Selon un message publié sur le réseau X, les faits se sont produits au cours des dernières vingt-quatre heures. Cinq migrants au moins auraient tenté de franchir illégalement la frontière en adoptant un comportement jugé agressif, allant jusqu’à jeter des rondins de bois en direction des militaires lettons. Face à leur refus d’obtempérer, les soldats ont d’abord fait usage de gaz lacrymogène pour stopper leur progression.
Devant la persistance de l’attitude hostile et le non respect des injonctions, un coup de semonce a été tiré en l’air. Cette action a finalement conduit le groupe à faire demi tour et à regagner le territoire biélorusse, a précisé l’état major. Aucun blessé n’a été signalé des deux côtés, mais l’incident confirme la nervosité qui règne dans cette zone frontalière particulièrement surveillée.
Une pression migratoire qui double à la frontière
La semaine dernière déjà, le Premier ministre letton Andris Kulbergs avait alerté sur une forte hausse des tentatives d’entrée. Sans fournir de chiffres précis, il a indiqué que le nombre de migrants essayant de passer depuis la Biélorussie avait doublé ces dernières semaines. Le chef du gouvernement qualifie cette dynamique de menace hybride et a annoncé un doublement des effectifs de gardes frontières déployés sur place.
Interrogé par Reuters, il a résumé la situation en ces termes :
« Nous faisons face à une situation grave, nous avons mobilisé bien plus de ressources que prévu, mais nous la gérons très bien ».
Une phrase qui traduit à la fois l’inquiétude et la volonté de Riga de garder le contrôle.
Pour faire face à l’afflux, la Lettonie peut compter sur le renfort de gardes frontières lituaniens et estoniens, en plus de ses propres unités militaires. Andris Kulbergs reconnaît que cette pression migratoire suscite une inquiétude grandissante au sein de la population lettone et perturbe la vie quotidienne des habitants proches de la frontière.
Une crise orchestrée selon les pays baltes
Depuis 2021, la Lettonie, comme la Pologne et la Lituanie, accuse la Biélorussie et son allié russe d’orchestrer des flux de migrants venus du Moyen Orient et d’Afrique pour déstabiliser le flanc oriental de l’OTAN et de l’Union européenne. Minsk et Moscou rejettent systématiquement ces allégations, dénonçant une instrumentalisation politique de la question migratoire.
Des antécédents qui pèsent sur la région
Cette nouvelle confrontation n’est pas isolée. En décembre 2021, les forces de sécurité polonaises avaient déjà utilisé des canons à eau contre des migrants qui lançaient des pierres depuis la Biélorussie. En décembre 2025, Varsovie révélait la découverte d’un tunnel dissimulé en forêt ayant permis à plus de 180 personnes de franchir la frontière. Membre de l’UE et de l’OTAN, la Lettonie subit cette crise continue depuis quatre ans, dans un contexte où la Biélorussie a servi de base arrière à l’armée russe pour l’invasion de l’Ukraine en 2022 et a annoncé au printemps des exercices impliquant des armes nucléaires russes.


