PARIS, 22 juillet (Le Parisien Matin) – La petite commune de Colombes, en banlieue nord-ouest de Paris, est le théâtre d’un nouveau rebondissement dans l’affaire Jeffrey Epstein. Daniel Siad, recruteur de mannequins français de 69 ans dont le nom est lié au financier américain décédé, a été retrouvé mort lundi soir à son domicile, selon un communiqué du parquet de Nanterre diffusé mercredi.
Une enquête a été ouverte pour déterminer les causes exactes du décès et une autopsie doit être pratiquée dans les prochains jours.
Découverte macabre à Colombes
C’est lundi en début de soirée que le corps sans vie de Daniel Siad a été découvert à son domicile de Colombes. Le parquet de Nanterre a confirmé l’information, précisant qu’une procédure de recherche des causes de la mort a été enclenchée.
Si l’hypothèse naturelle est privilégiée, seule l’autopsie permettra de lever toute ambiguïté. Son avocate, Me Meyna Arab-Tigrine, a indiqué que son client serait décédé d’une crise cardiaque et a rappelé que l’homme n’avait cessé de clamer son innocence face aux accusations. Cette version devra être corroborée par les conclusions médico-légales attendues cette semaine.
« Daniel Siad n’a jamais cessé de clamer son innocence »
A déclaré son avocate, Meyna Arab-Tigrine.
Un nom omniprésent dans le dossier Epstein
Si le grand public a découvert Daniel Siad récemment, son nom est bien connu des enquêteurs américains. Il apparaît près de deux mille fois dans les documents rendus publics par le Département de la Justice des États-Unis dans le cadre de l’affaire Epstein.
Ces fichiers détaillent un système de recrutement à grande échelle de jeunes femmes à travers le monde. Selon les éléments dévoilés, Siad aurait joué un rôle d’intermédiaire, repérant des profils en Europe pour les présenter au milliardaire.
Dans un courriel maladroitement rédigé en anglais et versé au dossier, il se comparait à un pêcheur expliquant qu’il attrapait parfois vite, parfois pas de poisson du tout. Une métaphore qui a glacé les associations de défense des victimes. Interrogé en mai par BFMTV sur sa relation avec Epstein, il avait assuré que celle-ci était strictement professionnelle et liée uniquement au mannequinat.
Des accusations graves toujours niées
En France, Daniel Siad faisait face à de lourdes accusations depuis le début de l’année. Au moins cinq femmes l’ont mis en cause pour des faits présumés de viol et de traite d’êtres humains, selon la presse française. La première plainte a été déposée en février, déclenchant une vague de témoignages.
Une ancienne mannequin ayant déposé en juin a confié que sa mort faisait disparaître un maillon essentiel de la chaîne. Les avocats des plaignantes ont fait part de leur stupeur et de leur colère, dénonçant une enquête jugée trop lente.
Pour eux, les victimes se retrouvent privées d’un procès pénal qu’elles attendaient comme une étape cruciale de reconstruction. Jusqu’au bout, Daniel Siad a contesté l’intégralité des faits, affirmant n’avoir jamais violé personne et ne pas avoir eu connaissance du système mis en place par Epstein.
Son avocate précisait qu’il n’avait jamais été formellement mis en examen, rappelant que la procédure française exige des indices graves avant toute mise en examen.
Une deuxième mort qui relance les interrogations
Le décès de Daniel Siad est le deuxième à frapper l’entourage français de Jeffrey Epstein. Il fait écho à celui de Jean-Luc Brunel, autre figure majeure du mannequinat français, arrêté en 2020 et soupçonné d’avoir fourni des jeunes femmes au financier américain.
Brunel, qui avait cofondé l’agence MC2 Model Management avec l’aide d’Epstein, a été retrouvé pendu dans sa cellule de la prison de la Santé à Paris en février 2022, après quatorze mois de détention provisoire.
Il était alors mis en examen pour viols sur mineures et harcèlement sexuel, des accusations qu’il niait. Cette nouvelle disparition suscite l’incompréhension des parties civiles, qui craignent que des informations capitales ne disparaissent à jamais.
L’espoir de voir toute la lumière faite sur le volet français du réseau Epstein s’éloigne, comme l’a résumé l’une des victimes présumées en déclarant que c’était un piège complet organisé dès le départ.


