BELLUNO, 31 août (Le Parisien Matin) – Un sans-abri d’origine irakienne prénommé Haider a distribué plusieurs milliers d’euros en billets de 50 euros à des passants, avant que la police municipale ne récupère 4 390 euros. Les faits se sont produits près de la gare de Belluno, en Italie, où l’homme vivait sous une tente.

Une distribution sur la chaussée

L’homme est arrivé près de la gare muni d’une valise remplie de billets. Il a commencé à jeter et à distribuer les coupures sur la chaussée.

Les témoins ont d’abord cru à une plaisanterie ou à de faux billets. L’argent s’est avéré authentique. La scène a rapidement attiré les riverains.

« Certains les ont pris et les ont gardés, d’autres ont prévenu les policiers ».

Raconte Marco Dal Pont.

Certains passants ont gardé les billets, d’autres ont alerté les forces de l’ordre.

L’intervention de la police municipale

La police municipale est intervenue pour stopper la distribution et sécuriser la zone. Les agents ont récupéré l’argent présent sur place.

Au total, 4 390 euros ont été saisis et remis à la municipalité. La somme était composée en grande partie de billets de 50 euros.

Plusieurs passants ont restitué spontanément les billets ramassés. L’argent a été conservé dans l’attente qu’un éventuel propriétaire se manifeste.

Une origine toujours inexpliquée

Interrogé, Haider n’a pas expliqué d’où provenait l’argent. Il n’a pas voulu donner de précisions sur la provenance de la valise.

Plusieurs semaines après les faits, personne ne s’est présenté pour réclamer la somme. L’origine des 4 390 euros est restée inconnue.

« Plusieurs hypothèses ont été avancées, mais pour le moment, nous n’avons pas compris d’où il avait obtenu cet argent ».

Indique Marco Dal Pont.

Un profil connu des services locaux

Haider était connu des services sociaux de Belluno. Il était arrivé il y a quelques mois après avoir vécu dans des communes voisines.

Selon la mairie, l’homme ne parlait pas couramment italien et refusait l’aide proposée. Son état de santé a été jugé relativement bon.

« Ils ont essayé de l’aider à plusieurs reprises, en lui proposant de la nourriture et un hébergement, mais il a toujours refusé de manger et de dormir dans les endroits qui lui étaient proposés ».

Explique Marco Dal Pont.

L’élu a précisé que le sans-abri était très apprécié dans son quartier. Les services sociaux ont indiqué qu’ils continuaient de suivre sa situation.

Le mystère derrière la générosité

Ce qui frappe dans l’affaire de Belluno, ce n’est pas le montant. 4 390 euros, ce n’est pas une fortune qui fait vaciller une ville. C’est le geste lui-même, et son incongruité totale.

Un homme qui vit sous une tente, qui refuse un toit et un repas chaud, qui n’a visiblement rien, se retrouve avec une valise pleine de billets et décide de la vider sur la chaussée. Dans une société où la précarité pousse le plus souvent à thésauriser le moindre euro, ce réflexe de redistribution immédiate interroge.

L’autre point troublant, c’est le silence qui a suivi. Personne n’est venu réclamer l’argent. Dans un pays où une perte de 50 euros fait déjà l’objet d’une déclaration, l’absence totale de réclamation pour près de 4 500 euros est anormale.

Elle écarte l’hypothèse simple de l’égarement. Elle oriente plutôt vers trois pistes que la police italienne connaît bien : argent issu d’un trafic qu’on préfère abandonner, héritage informel, ou somme confiée puis détournée.

Enfin, il y a le portrait de Haider, décrit comme très apprécié. On a souvent une image misérabiliste du sans-abri invisible. Ici, les habitants le connaissaient, le saluaient, et les services sociaux le suivaient sans parvenir à le convaincre.

Sa distribution n’a pas été perçue comme menaçante, mais comme une scène surréaliste. C’est peut-être cela que raconte vraiment cette histoire : comment un quartier a géré, pendant quelques minutes, l’irruption de l’inexplicable, entre méfiance, honnêteté de ceux qui ont rendu les billets, et opportunisme de ceux qui sont partis avec.

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