ANKARA, 8 juillet (Le Parisien Matin) – La France, l’Italie et la Turquie poursuivent des travaux d’ordre technique concernant l’exportation et la coproduction potentielle du système de défense antiaérienne SAMP-T, a confirmé le président français Emmanuel Macron à l’issue du sommet annuel de l’OTAN.
Cette annonce signale un changement diplomatique significatif en Europe, indiquant que Paris a assoupli sa longue opposition politique à cet accord d’armement. Des ingénieurs et des responsables de la défense des trois nations participent activement à ces pourparlers.
Cinq sources proches du dossier ont révélé à Reuters que la France était désormais ouverte à une vente potentielle du matériel franco-italien à Ankara. Cette position ouvre la voie à des discussions plus approfondies avec la Turquie après des années de blocage politique.
Emmanuel Macron s’est exprimé publiquement à l’issue du rassemblement des dirigeants de l’Alliance atlantique pour préciser l’état des négociations trilatérales.
« Nous avons un travail en cours sur une base franco-italienne, avec la Turquie, qui est un travail technique et qui se poursuit », a déclaré Emmanuel Macron.
Le président français a exprimé une grande satisfaction après un entretien bilatéral d’une heure avec le président turc Recep Tayyip Erdogan. Leurs échanges ont porté sur la défense, les relations bilatérales, la situation en Ukraine et le Moyen-Orient. Ce rapprochement fait également suite à une réunion au sommet entre Emmanuel Macron et la première ministre italienne Giorgia Meloni.
Les trois pays avaient initialement lancé leur partenariat sur ce programme de défense aérienne à longue portée entre 2017 et 2018. Le projet prévoyait des études sur le codéveloppement et la coproduction du matériel militaire.
Cependant, le projet est resté au point mort en raison de la détérioration des relations entre Paris et Ankara. Les tensions géopolitiques portaient sur le conflit en Syrie, la crise en Libye et les disputes en Méditerranée orientale impliquant la Grèce et Chypre.
La Turquie dispose de la deuxième plus grande armée de l’OTAN, mais la défense aérienne reste une vulnérabilité majeure pour Ankara. Le pays ne possède pas de défense antimissile souveraine complète et s’appuie fortement sur les systèmes alliés et ses avions de chasse.
Ankara cherche ainsi à réduire sa dépendance aux déploiements externes de l’OTAN pour sa protection contre les missiles à longue portée. La Turquie souhaite intégrer ce matériel au sein de son réseau de défense aérienne multicouche baptisé Dôme d’acier. Les autorités turques soulignent qu’un accord devra nécessairement inclure un transfert de technologie.
Aussi appelé Mamba, le SAMP-T constitue le seul système totalement européen capable d’intercepter des missiles balistiques tactiques. Le dispositif est produit par le consortium Eurosam, qui regroupe les entreprises MBDA France, MBDA Italy et Thales.
Les actionnaires du fabricant MBDA sont les groupes Airbus, BAE Systems et Leonardo. Bien que les discussions techniques aient repris, le processus n’en est qu’à ses débuts et la France devra gérer les sensibilités régionales de la Grèce et de Chypre.


