PARIS, 8 juillet (Le Parisien Matin) – Les plateformes de livraison de repas Uber Eats et Deliveroo ont annoncé mercredi une mesure inédite pour protéger leurs livreurs. En cas de placement d’un département français en alerte rouge par Météo-France, les services de livraison seront officiellement suspendus durant les heures les plus chaudes de la journée.
Cette décision fait suite à une demande urgente du ministère français du Travail, alors que les températures dépassent désormais les 40°C dans plusieurs régions, plaçant les livreurs à vélo dans des conditions de travail extrêmes.
La mesure impose un blocage total des applications pour les utilisateurs entre 14h00 et 18h00. Cette interruption de service ne s’appliquera que dans les zones géographiques placées sous le niveau de vigilance le plus élevé. Uber Eats a précisé que ce créneau de quatre heures a été sélectionné pour trouver un équilibre entre la sécurité des coursiers et la limitation des pertes de revenus, bien que l’entreprise ait confirmé ne verser aucune compensation financière aux travailleurs durant ces heures de repos forcé. Deliveroo, de son côté, n’a pas souhaité commenter la question des indemnités.
Pour les départements placés en vigilance orange, les deux plateformes maintiennent une activité tout en renforçant les mesures de prévention. Cela inclut l’envoi de rappels automatiques concernant l’hydratation, la limitation des distances de course pour réduire l’effort physique, ainsi que la mise à disposition de cartes indiquant les points d’eau publics et les zones de fraîcheur accessibles.
La nouvelle politique suscite une vive opposition de la part des syndicats et des associations de défense des travailleurs. La CGT a dénoncé une décision qui fragilise davantage une main-d’œuvre déjà précaire en la privant d’une source de revenus quotidienne. Les enjeux sont d’autant plus importants que le secteur compte environ 130 000 livreurs en France, dont une vaste majorité est née à l’étranger.
Selon les données fournies par La Maison des Livreurs, une grande partie de ces travailleurs est sans-papiers et dépend intégralement de la réalisation de courses pour subvenir à ses besoins immédiats. La réalité du terrain reste difficile pour beaucoup, comme l’explique un livreur de 26 ans :
« Nous souffrons mais nous n’avons pas le choix. Si vous ne faites pas de livraisons, vous n’aurez rien, vous ne serez pas payé. »
Alors que les épisodes de chaleur intense se multiplient depuis le mois de mai, les tensions entre les exigences de sécurité publique et la survie financière des coursiers illustrent la complexité du modèle économique des plateformes face au changement climatique.


