BRUXELLES, 3 juin (Le Parisien Matin) – L’Union européenne propose que sa mission navale Aspides joue un rôle central dans le déminage du détroit d’Ormuz. Dans le cadre d’une coalition franco-britannique, cette initiative viserait à sécuriser le passage maritime, à condition que la situation sur place permette une opération neutre, indépendante des forces belligérantes impliquées.
Une proposition sous conditions
Selon une note interne du Service européen pour l’action extérieure consultée par Reuters, cette intervention doit se matérialiser une fois que les hostilités auront diminué. Le document précise que l’action doit rester strictement séparée des forces belligérantes impliquées dans le conflit actuel.
La transformation du mandat de la mission Aspides, initialement créée en 2024 pour protéger le trafic en mer Rouge, nécessite une unanimité difficile à obtenir parmi les 27 États membres. Cette mesure permettrait toutefois une mutualisation des coûts opérationnels, offrant à chaque membre une possibilité de contribuer financièrement à la sécurisation du détroit d’Ormuz sans nécessairement déployer de navires de combat.
Les enjeux économiques du détroit d’Ormuz
Le détroit d’Ormuz constitue un point de passage stratégique pour environ 20 % de l’approvisionnement mondial en pétrole et en gaz naturel liquéfié. La fermeture de fait de cette voie maritime, consécutive aux frappes américaines et israéliennes sur l’Iran, entraîne des conséquences lourdes pour les marchés énergétiques européens.
L’inquiétude grandit face à l’instabilité persistante, illustrée par des incidents récents touchant l’aéroport de Koweït et des échanges de tirs près de la zone maritime. Bien que la présence de mines iraniennes ne soit pas confirmée officiellement, la menace potentielle pèse sur la reprise du trafic commercial.

Positions divergentes des alliés
Le rôle envisagé pour Aspides dans le détroit d’Ormuz soulève des questions de gouvernance. Les États-Unis, bien que favorables à un partage de la charge, privilégient traditionnellement une structure de commandement unifiée sous leur égide. Washington craint qu’une mission européenne aux règles d’engagement potentiellement plus prudentes ne manque de réactivité face à une escalade cinétique iranienne.
De leur côté, les autorités iraniennes considèrent toute présence navale occidentale dans le détroit d’Ormuz comme une atteinte directe à leur souveraineté.
« La situation exige que l’Union apporte une contribution significative à une coalition dirigée par la France et la Grande-Bretagne pour se matérialiser une fois que les conditions le permettront et séparée des belligérants », stipule la note diplomatique européenne.
Risques techniques et opérationnels
Le déminage du détroit d’Ormuz représente un défi technologique complexe en raison des spécificités du fond marin et du type d’armement potentiel utilisé par les forces iraniennes. Les mines de type EM-52, capables de distinguer la signature acoustique d’un navire, compliquent la détection classique.
Le Pentagone estime que, même en cas de percée diplomatique, le nettoyage complet du secteur pourrait prendre jusqu’à six mois. Cette temporalité est incompatible avec l’urgence du blocage actuel qui a vu le trafic quotidien chuter radicalement, passant d’une centaine de navires à moins de dix par jour.
En interne, le projet crée des tensions diplomatiques. Certains États membres, dont l’Italie et l’Espagne, redoutent un engrenage militaire qui transformerait une mission de sécurisation en un engagement direct dans le conflit. Cette crainte d’un élargissement du mandat de l’opération Aspides bloque pour l’instant toute avancée concrète.
L’impasse diplomatique persistante
Les espoirs d’une réouverture rapide du détroit d’Ormuz se heurtent à l’échec des récentes tentatives de médiation. Le cessez-le-feu négocié par le Pakistan a volé en éclats suite aux récentes frappes aériennes sur des infrastructures clés. Les discussions indirectes entre Washington et Téhéran sont suspendues, aucune partie ne souhaitant céder sur les conditions préalables à une normalisation.
La création par l’Iran d’une autorité de contrôle dans le détroit d’Ormuz, capable d’imposer des taxes de transit, ajoute une couche supplémentaire d’incertitude pour les armateurs internationaux. Dans ce climat de haute tension, le déploiement européen demeure une hypothèse théorique tant que les conditions sécuritaires minimales ne sont pas réunies.


