Avec la montée des températures et la multiplication des canicules, la question de la climatisation revient sur le devant de la scène en France.
Longtemps considérée comme un luxe inutile, voire un symbole d’américanisation excessive, la climatisation reste peu répandue dans l’Hexagone : selon l’ADEME, moins de 5% des logements en sont équipés, contre plus de 90% aux États-Unis ou au Japon.
Nos bâtiments, souvent mal isolés et conçus pour conserver la fraîcheur, ne suffisent plus face aux épisodes caniculaires de plus en plus intenses. Et les musées, eux, n’ont parfois pas le choix.
Des musées qui n’ont pas le luxe de s’en passer
Dans le domaine culturel, la climatisation n’est pas qu’un confort. Elle est un outil de conservation préventive indispensable pour protéger les collections. Le Musée Tomi Ungerer à Strasbourg en offre un exemple parlant.
Anna Sailer, conservatrice responsable du musée, s’explique.
« La transition écologique est un des quatre axes stratégiques développés dans un nouveau projet de service de notre réseau. »
Conserver des œuvres sur papier dans un bâtiment du XIXe siècle sans climatisation adaptée relèverait de l’impossible. Mais ici, comme dans beaucoup de musées français, le système date de la rénovation en 2007 et se révèle énergivore.
Une climatisation indispensable… mais perfectible
Le système du musée fonctionne sur un principe courant : pour déshumidifier l’air, on le refroidit fortement avant de le réchauffer. Cela nécessite une chaudière fonctionnant même en été, ce qui surprend souvent le public.
« Pour déshumidifier l’air, on commence souvent par le refroidir afin d’en extraire l’humidité par condensation, puis on le réchauffe ensuite. Sans ce réchauffage, l’air serait trop froid. »
Ce procédé, répandu en France, consomme énormément d’énergie. La France est vraiment en retard sur des solutions plus modernes qui permettraient de réduire la facture énergétique tout en préservant les œuvres. Tragique pour un pays connu pour ses oeuvres culturelles.
Alors que peuvent faire les musées?
Le Musée Tomi Ungerer a tenté plusieurs pistes :
- Adapter les températures selon la saison, au lieu de maintenir une consigne fixe toute l’année.
- Choisir des œuvres « sentinelles » plus fragiles pour surveiller les risques sans exposer l’ensemble de la collection.
- Installer des sondes multiples pour comparer le climat ambiant et le microclimat des vitrines, qui se révèlent souvent plus stables que prévu.
Un véritable casse-tête en fait!
« Notre système est-il surdimensionné par rapport aux besoins réels du bâtiment ? Faudrait-il éviter une surpuissance inutile dans les futurs choix techniques ? »
Cette question qu’Anna se pose est à l’ordre du jour dans de nombreux musées français, équipés de systèmes conçus pour garantir une température et une hygrométrie parfaites… au prix d’une consommation énergétique faramineuse.
Il serait temps de copier nos voisins.
D’autres pays ont franchi le pas et nous devrions les suvre. Aux Pays-Bas, plusieurs musées ont adopté des plages de tolérance climatique plus larges, ce qui permet de réduire l’usage intensif de la climatisation sans compromettre la conservation préventive. Des solutions comme la thermofrigopompe, qui récupère la chaleur générée par la climatisation pour chauffer d’autres zones, restent rares en France mais se développent ailleurs.
« Une pompe électrique qui valorise la chaleur dégagée par le refroidissement serait préférable à notre chaudière qui consomme du gaz en été. »


