PARIS, 7 août (Le Parisien Matin) – Le projet de nouveau pavillon d’accueil de l’Assemblée nationale s’est heurté à une vive contestation après que le Conseil de Paris eut approuvé une modification des règles d’urbanisme autour du Palais-Bourbon.
Une pétition lancée par Sites & Monuments a frôlé les 100 000 signatures, au terme de près de deux ans d’un dossier opposant la présidence de Yaël Braun-Pivet, la Mairie de Paris et les défenseurs du patrimoine.
Un pavillon de verre pour remplacer celui de 1888
Le projet défendu par Yaël Braun-Pivet prévoyait de remplacer le pavillon historique en pierre de 1888 par une structure contemporaine en verre. Le bâtiment devait abriter une boutique, une cafétéria et des espaces pédagogiques, fonctions jugées secondaires par Sites & Monuments.
La Mairie a présenté un projet visant à « moderniser et renforcer les conditions d’accueil du public au Palais-Bourbon en augmentant l’espace qui lui est dédié ».
Une rupture avec un site classé UNESCO
Julien Lacaze, président de Sites & Monuments, a estimé que le projet rompait l’harmonie des quais de Seine, dans un Site Patrimonial Remarquable du 7e arrondissement, en zone classée au patrimoine mondial de l’UNESCO.
« Le problème, c’est que ce bâtiment briserait cette symétrie et introduirait à grande échelle des matériaux, à savoir le verre »
A expliqué Julien Lacaze.
Il a dénoncé la destruction de la symétrie entre La Madeleine et la colonnade du Palais-Bourbon. « Ce qui est le plus grave, c’est de démolir un bâtiment historique. Une fois que vous avez démoli quelque chose et construit quelque chose qui n’est pas en harmonie avec un site, c’est définitif. Ce n’est pas réversible », a déploré Julien Lacaze.
Il a cité l’alternative de l’agence japonaise SANAA, lauréate du prix Pritzker, qui proposait de conserver le pavillon avec une extension en pierre.
Un coût de 52,8 millions jugé excessif
Le budget de 52,8 millions d’euros a été jugé excessif en période de contraintes budgétaires, avec un risque de hausse pendant les travaux. Bien qu’autofinancé par l’Assemblée, il a suscité des interrogations.
« C’est de l’argent des contribuables français. À un moment où on demande aux gens de se serrer la ceinture, dépenser 53 millions d’euros pour un bâtiment avec une boutique et une cafétéria pose question », a déclaré Julien Lacaze.

Un permis retiré puis un PSMV modifié
Un premier permis aurait été déposé en contradiction avec le Plan de Sauvegarde et de Mise en Valeur du 7e arrondissement, en raison de sa hauteur et de son empiètement sur des espaces protégés.
Face au risque de recours, le permis aurait été retiré, puis une modification ciblée du PSMV aurait été engagée pour rendre le projet compatible.
La Mairie a indiqué que le projet devait « faire l’objet d’une demande de permis de construire, qui sera instruite par l’État, au cours de laquelle la Ville sera consultée à titre consultatif ».
« Faux », a rétorqué Julien Lacaze.
« Il y a eu un vote de la Ville de Paris qui a approuvé le projet de modification le 16 juillet »
A-t-il affirmé.
« Emmanuel Grégoire s’est clairement prononcé en faveur du projet. Malgré une forte opposition, la Ville de Paris a donné son aval »
Soutiens politiques et recours annoncés
Porté depuis 2025 par Yaël Braun-Pivet, le projet a été perçu comme une volonté de marquer son mandat par une architecture symbolisant la transparence.
« Ce qu’on peut reprocher à Yaël Braun-Pivet, ce n’est pas un manque de culture architecturale. C’est de ne pas écouter »
A déclaré Julien Lacaze.
« Il y a des commissions consultatives extrêmement prestigieuses, des associations reconnues d’utilité publique, des historiens de l’architecture : tous disent qu’il ne faut pas faire ce projet. C’est une question d’ego »
A-t-il poursuivi.
Yaël Braun-Pivet s’est dite « débordée par les critiques d’un projet que les gens ne connaissent pas ».
Sites & Monuments a reçu le soutien de figures des Républicains et de La France insoumise, ainsi que de Ségolène Royal. Sollicitée par Euronews, l’Assemblée nationale n’a pas répondu.
Julien Lacaze a estimé que le ministère de la Culture soutenait le projet.
« Nous ferons tout ce qui est légal. Nous avons le droit de lancer des pétitions et nous contesterons le permis en justice », a annoncé Julien Lacaze. « Si ce bâtiment est construit, ce sera le signe du manque de sensibilité, de l’entêtement et des egos surdimensionnés de certains de nos dirigeants à Paris », a-t-il conclu.


