lundi, 14 septembre Magazine

ŁÓDŹ, 11 août (Le Parisien Matin) – Deux entreprises de défense polonaises ont signé mardi des accords de compensation avec le constructeur américain Boeing afin de créer le plus grand centre de service d’hélicoptères Apache AH-64E en Europe.

L’accord visait à permettre à la Pologne d’opérer, réparer et maintenir sa future flotte de 96 appareils commandée en 2024.

Le futur centre sera implanté à Łódź, dans le centre de la Pologne. Il sera opéré par les sociétés d’État Military Aviation Works No. 1 (WZL-1) et le Bureau central militaire de conception et de technologie (WCBKT).

WZL-1 assurera les services de maintenance, y compris les inspections, les réparations et la remise en état de composants sélectionnés. WCBKT testera avec Boeing la compatibilité de ses équipements de soutien au sol avec l’appareil américain.

Le site a vocation à dépasser le cadre national.

« Il servira initialement les besoins d’achat polonais, mais dans les prochaines étapes, il servira également les besoins d’approvisionnement d’autres pays »

A déclaré Magdalena Sobkowiak.

Un contrat de 10 milliards pour 96 hélicoptères

En 2024, Varsovie a signé un contrat d’environ 10 milliards de dollars pour l’acquisition de 96 hélicoptères Apache Guardian, incluant l’armement et la logistique. Les premières livraisons furent attendues en 2028, les dernières en 2030. Huit appareils américains loués servent déjà à la formation des équipages polonais.

« Nous construisons les bases industrielles, les compétences techniques et le personnel qualifié qui soutiendront l’exploitation de la flotte polonaise d’Apache pour les décennies à venir ».

A affirmé Marc-Olivier Sabourin.

« Armement moderne, technologies polonaises. C’est ainsi que se construit la sécurité ! ».

A déclaré Donald Tusk.

La cérémonie a également servi de réponse aux critiques de l’opposition nationaliste Droit et Justice (PiS). Le parti avait estimé que le programme européen SAFE, qui plafonne à 35 % la part des fournisseurs hors UE, limiterait la coopération avec Washington.

Secrétaire d’État au ministère de la Défense et cheffe de file du dossier du prêt de 43,7 milliards d’euros au titre de SAFE, Magdalena Sobkowiak a rejeté cette lecture.

« La cérémonie d’aujourd’hui démontre parfaitement que tous ceux qui affirmaient qu’une fois le mécanisme SAFE introduit, il n’y aurait certainement plus de coopération avec les États-Unis […] avaient tort »

A-t-elle déclaré.

Un pari industriel et géopolitique pour Varsovie

Au-delà de l’annonce technique, l’implantation du centre de Łódź raconte une autre histoire. Celle d’une Pologne qui ne veut plus seulement acheter sa sécurité, mais la fabriquer.

En choisissant de produire localement la compétence MRO la plus pointue de l’OTAN sur l’Apache, Varsovie fait un double calcul.

D’abord industriel : l’accord prévoit un transfert de savoir-faire américain vers WZL-1, avec à la clé un doublement annoncé des effectifs techniques et la création d’une filière de motoristes à Dęblin. C’est une rupture avec le modèle des achats sur étagère qui a longtemps dominé en Europe centrale.

Ensuite géopolitique : en se positionnant comme hub continental pour les flottes Apache des autres pays européens, la Pologne s’assure une rente stratégique.

Chaque heure de vol allemande, néerlandaise ou britannique pourrait demain passer par Łódź. C’est une façon d’ancrer durablement Washington dans la sécurité européenne à l’heure où le mécanisme européen SAFE, censé privilégier l’industrie de l’UE, faisait craindre une distanciation transatlantique.

La réponse de Magdalena Sobkowiak n’est donc pas anodine. En soulignant que les contrats avec les États-Unis dépassent la valeur du prêt SAFE, le gouvernement de Donald Tusk tente de désamorcer le piège politique tendu par le PiS et le président Karol Nawrocki : défendre l’autonomie européenne sans se couper de la garantie américaine, jugée vitale face à la Russie.

Partager.