BRUXELLES, 28 juin (Le Parisien Matin) – La Commission européenne travaille sur des propositions exploratoires visant à transformer la régulation routière grâce aux technologies satellitaires. L’objectif est d’utiliser le couplage entre les signaux GPS et la connectivité 5G pour instaurer un contrôle automatisé et distant de la vitesse des véhicules d’ici 2030. Cette initiative marque une évolution majeure par rapport aux systèmes actuels d’adaptation intelligente de la vitesse, connus sous le nom d’ISA, qui se limitent à alerter le conducteur.
Désormais, il s’agit de passer d’une simple assistance à un pilotage autoritaire des capacités moteur du véhicule.
Le mécanisme repose sur une synchronisation constante entre la position précise de la voiture et des cartes numériques répertoriant les limitations locales. Si un conducteur dépasse le seuil autorisé, le système est conçu pour réduire automatiquement la puissance du moteur. Bien qu’une option de dépassement temporaire puisse être prévue pour permettre des manœuvres d’évitement en cas de danger immédiat, le contrôle global resterait entre les mains du logiciel. Des caméras embarquées compléteraient le dispositif en scannant en temps réel les panneaux de signalisation pour ajuster les données cartographiques.

Des inquiétudes sur la fiabilité
Les critiques ne manquent pas face à ce projet, qualifié d’absurde par de nombreux observateurs. Les préoccupations majeures concernent la précision des outils de détection. Selon des tests effectués par l’organisme spécialisé Thatcham Research, les systèmes d’assistance actuels échouent à identifier correctement les changements de limitation de vitesse dans près d’un cas sur quatre. L’automatisation du freinage basée sur des données erronées pourrait engendrer des situations dangereuses, provoquant des freinages fantômes sur des voies rapides où la fluidité du trafic est vitale pour la sécurité.
La cybersécurité constitue un autre angle d’attaque pour les opposants. La centralisation d’une infrastructure permettant le contrôle distant des véhicules crée, selon eux, une cible de choix pour des acteurs malveillants. L’usage de l’intelligence artificielle par des États hostiles ou des cybercriminels pourrait, en théorie, permettre de pirater des flottes entières, transformant les axes routiers en zones de chaos. Ces risques technologiques s’ajoutent aux critiques des défenseurs de la vie privée qui voient dans ce suivi permanent de la vélocité individuelle une intrusion disproportionnée.

Le débat sur l’État nounou
Au Royaume-Uni, malgré la sortie de l’Union européenne, les répercussions du projet sont scrutées avec attention. Si le gouvernement britannique a affirmé n’avoir aucun plan pour instaurer ce type de contrôle, les experts de l’industrie automobile préviennent que les conducteurs seront probablement équipés malgré tout. La raison est essentiellement économique : il est complexe et coûteux pour les constructeurs mondiaux de produire des versions spécifiques de leurs véhicules pour le seul marché britannique. La normalisation des modèles de série pour l’ensemble du marché européen entraînera mécaniquement l’intégration de ces dispositifs technologiques.
La question de l’efficacité réelle de ces mesures divise également la classe politique et les associations d’automobilistes. Certains responsables, comme le député Richard Holden, craignent une dérive vers une société sous surveillance constante, évoquant des conséquences catastrophiques pour la liberté individuelle. Pour les opposants, ce projet est perçu comme une forme d’État nounou qui chercherait à contrôler chaque aspect du comportement des citoyens. Brian Gregory, de l’Alliance of British Drivers, souligne les limites de l’approche :
« C’est absurde. Cela a le potentiel de causer des accidents, pas de les résoudre. »
Une transition vers l’automatisation
L’idée de limiter la vitesse par géolocalisation n’est pas totalement nouvelle, puisque des technologies similaires sont déjà employées pour certains vélos électriques en libre-service, dont la vitesse est bridée automatiquement dans les parcs ou les zones piétonnes. Toutefois, le passage à l’échelle automobile soulève des questions juridiques et éthiques d’une tout autre ampleur. La Commission européenne continue d’insister sur le fait que ces échanges avec les fabricants sont strictement exploratoires, bien que les observateurs du secteur y voient l’aboutissement logique de la réglementation générale sur la sécurité routière.
Si le projet devait aboutir, il représenterait la réforme la plus importante en matière de sécurité routière depuis l’obligation du port de la ceinture, adoptée en 1983. Les partisans de cette technologie mettent en avant le potentiel de réduction des accidents mortels. Selon certaines estimations, un tel système pourrait réduire les décès sur la route d’un cinquième. Pour autant, le débat reste largement ouvert sur la capacité de l’IA et des satellites à gérer la complexité et l’imprévisibilité du trafic réel, loin des simulations de laboratoire.


