KIEV, 10 juillet (Le Parisien Matin) – Le président américain Donald Trump a promis d’accorder à l’Ukraine une licence pour fabriquer des missiles Patriot en Ukraine lors du sommet de l’OTAN à Ankara, une décision saluée comme une victoire diplomatique par le président Volodymyr Zelenskyy mais qui demandera entre 12 et 24 mois selon les experts de la défense.
Cette annonce intervient alors que Kiev fait face à de graves pénuries de munitions face aux intenses campagnes de bombardements russes, d’après les rapports de Reuters et CNN.
Ce geste marque un net réchauffement des relations bilatérales entre les deux dirigeants après leurs vifs désaccords à la Maison-Blanche en février 2025. Les missiles d’interception Patriot constituent l’unique arme capable de neutraliser les vecteurs balistiques de Moscou.
Crise immédiate des stocks défensifs
L’armée de l’air ukrainienne a intercepté seulement quatre des 54 missiles balistiques lancés par la Russie au début du mois de juillet 2026. Cette situation expose la vulnérabilité actuelle du réseau de défense ukrainien face à la puissance de feu de l’armée russe.
Donald Trump a reconnu qu’il n’avait pas consulté au préalable les principaux constructeurs de défense de ces technologies. Les entreprises RTX Corporation et Lockheed Martin gèrent la production de ces technologies sensibles.
Délais industriels et logistiques requis
Le développement d’une usine d’assemblage requiert des processus complexes de sécurisation des chaînes de sous-traitance à l’échelle internationale. L’expert en armement Fabian Hoffmann, chercheur à l’Institut norvégien d’études de défense, souligne les contraintes temporelles du projet.
« À court terme, l’impact sera très limité », a indiqué Fabian Hoffmann concernant l’annonce américaine.
« Je serais très surpris si cela était plus rapide que 12 mois. Je suppose que ce sera nettement plus long. »
À titre de comparaison, Raytheon a signé un contrat en 2024 avec le constructeur européen MBDA pour fabriquer des intercepteurs GEM-T en Allemagne. Les premières livraisons de ce programme ne sont pas prévues avant le début de l’année 2027.
Par ailleurs, les pourparlers visant à implanter la production de missiles PAC-3 sur le territoire allemand n’ont pas abouti. Un porte-parole de Lockheed Martin a précisé que la société se concentrait sur le soutien aux alliés, renvoyant les commentaires à la Maison-Blanche. Raytheon n’a pas réagi.
Délocalisation de la production en Europe
Le conseiller du ministère ukrainien de la Défense, Serhii Beskrestnov, a exprimé sur Telegram des doutes sur la rapidité des sous-traitants pour accroître la fabrication des pièces rares. Face au risque permanent de frappes aériennes, une alternative géographique est envoyée par les planificateurs.
Deux sources bien informées indiquent que la fabrication des nouveaux missiles Patriot en Ukraine pourrait débuter au sein d’infrastructures sécurisées en Allemagne ou dans un autre État européen. Les chaînes de montage seraient transférées en Ukraine seulement après la fin des hostilités.
Volodymyr Zelenskyy a affirmé que des équipes techniques allaient définir les modalités pratiques sans attendre. Le chef d’État a rappelé sa volonté d’amorcer la production sur le sol ukrainien au plus vite, tout en annonçant la livraison prochaine de missiles PAC-3 américains.

Choix militaires critiques pour Kiev
L’absence d’un approvisionnement à court terme force le commandement militaire à opérer des arbitrages douloureux sur le terrain. Les généraux doivent décider s’il faut positionner les batteries disponibles près des agglomérations civiles, des infrastructures d’énergie ou des troupes combattantes.
Les équipages doivent réserver l’utilisation des intercepteurs exclusivement aux vecteurs hypersoniques et balistiques. Cette consigne laisse les infrastructures secondaires à la merci des missiles de croisière et des drones russes.
Kiev a sollicité en urgence une quarantaine de partenaires internationaux pour obtenir des stocks existants. L’Ukraine s’engage à restituer ces volumes plus tard grâce à ses futures allocations industrielles nationales.
La Russie assemble environ 700 à 800 missiles balistiques Iskander et Kinzhal par an. Les spécialistes estiment qu’il faut trois Patriot pour intercepter une cible balistique de ce type de manière fiable.
Près de 2 400 intercepteurs annuels seraient indispensables pour contrer la menace si le rythme industriel russe demeure constant.
« Même avec un site de production sous licence en Ukraine, atteindre ce nombre sera très difficile, voire impossible »
avertit Fabian Hoffmann.
Lockheed Martin a livré environ 600 unités PAC-3 l’an dernier et projette d’atteindre 2 000 missiles d’ici 2030. Une usine ukrainienne pourrait fabriquer 200 à 300 intercepteurs par an selon les projections.
Développement de solutions alternatives
Face à ces limites, Volodymyr Zelenskyy a rappelé la nécessité de déployer un plan de secours technologique.
« La seule bonne option est une alternative au PAC-3 »
a résumé le président lors de son allocution.
L’Ukraine mise sur le projet de défense antimissile nommé Freya, piloté par la firme ukrainienne Fire Point. Des réunions avec des partenaires européens doivent se tenir en France pour avancer sur ce dossier.
Fire Point recherche des solutions de radars, de liaisons de données et d’autodirecteurs auprès d’entreprises européennes pour les greffer sur ses missiles actuels. L’entreprise souhaite finaliser cette alternative moins coûteuse avant la fin de l’année.
Jack Watling, chercheur au Royal United Services Institute de Londres, considère que ce projet Freya constitue un défi ambitieux mais porteur d’une récompense majeure en cas de réussite.
Il mentionne également l’existence du système SAMP/T NG conçu par Eurosam, coentreprise réunissant MBDA et Thales. Ce dispositif franco-italien requiert simplement des ajustements opérationnels et un étalonnage de son radar de détection.
Volodymyr Zelenskyy espère obtenir ces systèmes français prochainement. Moscou ayant rejeté toute trêve sur les attaques à longue portée, Kiev frappe les infrastructures énergétiques russes pour forcer des négociations. L’Ukraine bâtit des abris en béton pour protéger ses installations, tandis que Fabian Hoffmann suggère qu’une posture offensive reste la meilleure option.


