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Les pays européens prennent en charge leur sécurité au sommet de l’OTAN

Frida GhitisPar Frida Ghitisjeudi, 09 juilletAucun commentaire6 Min Temps de lecture
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Les dirigeants européens rassemblés lors du sommet de l'OTAN à Ankara.
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ANKARA, 9 juillet (Le Parisien Matin) – Les pays européens réunis lors du sommet de l’Alliance atlantique en Turquie ont affiché leur détermination à prendre en charge la sécurité du continent. Après cinq années de guerre en Europe et deux ans d’incertitudes liées à la politique de la Maison-Blanche, cet événement marque le début d’une transition vers une européanisation des structures militaires, visant à réduire la dépendance envers les États-Unis.

Face aux imprévisibilités de la présidence de Donald Trump et à l’annonce d’une révision américaine des contributions alliées, l’Europe a intensifié ses engagements en matière de dépense militaire et de production industrielle.

Des investissements massifs annoncés

Lors du forum de l’industrie de défense organisé mardi en marge des réunions officielles, les alliés européens ont présenté pour 50 milliards de dollars, soit environ 43 milliards d’euros, de contrats industriels. Ces accords portent sur la production et l’achat de sous-marins, de systèmes de défense antiaérienne Patriot, d’intercepteurs et de munitions.

Ces annonces illustrent la trajectoire engagée par les États membres pour porter leurs dépenses de défense à hauteur de 5 % de leur produit intérieur brut d’ici 2035. Parmi les décisions majeures figure le choix de la société suédoise Saab pour fabriquer les nouveaux avions de surveillance de l’alliance. Ces appareils sont destinés à remplacer la flotte actuelle d’avions de détection lointaine AWACS exploités jusqu’à présent avec le constructeur américain Boeing.

En parallèle, la Commission européenne a mis en avant le programme ReArm Europe. Présenté par Ursula von der Leyen, ce plan prévoit de mobiliser jusqu’à 800 milliards d’euros d’ici 2030, dont 150 milliards d’euros entièrement réservés aux achats militaires conjoints et à la modernisation des infrastructures clés telles que les routes, les ponts et les installations portuaires.

Système antidrone présenté lors des annonces du sommet de l'OTAN.

Une initiative pour contrer les drones

L’alliance a également officialisé le lancement de l’initiative Drone Hedge, dotée d’un budget de 40 milliards de dollars, soit 35 milliards d’euros, étalé sur cinq ans. Ce projet vise à doter l’organisation de capacités complètes de lutte contre les drones.

Le programme met l’accent sur l’interopérabilité totale des équipements entre pays membres, le recrutement et la formation des pilotes, ainsi que le renforcement de la sécurité aux frontières. Cette mesure répond à la multiplication des incursions de drones constatées dans l’espace aérien allié, en particulier le long des frontières de la région baltique.

Les experts soulignent la réactivité des alliés européens, qui mènent des négociations approfondies pour conclure des partenariats industriels directeurs. Pour le professeur Daniel Fiott de la Vrije Universiteit Brussel, le renforcement de la production sur le sol européen garantit des retombées économiques et industrielles locales tout en répondant aux besoins de sécurité à long terme.

Répartition nouvelle des commandements

Le secrétaire général Mark Rutte a confirmé que les forces européennes et canadiennes assument désormais une responsabilité accrue au sein des structures de commandement de combat de l’alliance. Ce glissement opérationnel s’inscrit dans ce que les analystes qualifient désormais d’étape supérieure du fonctionnement interallié.

Cependant, les analystes rappellent que la transition complète nécessite le remplacement de certains équipements clés américains par des équivalents conçus en Europe. Nico Lange, analyste au sein du cabinet Rasmussen Global, rappelle que l’indépendance opérationnelle européenne implique de disposer de moyens propres dans le domaine du positionnement satellitaire, de la guerre électronique aérienne et des frappes de précision à longue portée.

Avion de surveillance sélectionné pendant le sommet de l'OTAN.

Tensions diplomatiques et désaccords

Malgré l’affichage final d’une unité retrouvée, les deux journées de réunions dans la capitale turque ont été marquées par des frictions entre Washington et les capitales européennes. Dès son arrival, le président américain Donald Trump a affirmé qu’il ne participait aux travaux que par égards pour le président turc Recep Tayyip Erdoğan, avant de critiquer les alliés sur leur manque d’implication dans les opérations militaires américaines menées en Iran.

Le président américain a ravivé les tensions en réitérant ses prétentions sur le Groenland, territoire autonome sous souveraineté danoise. Cette prise de position a suscité une vive réaction de la Première ministre danoise Mette Frederiksen.

« Notre position est aussi claire qu’elle l’a toujours été : le Groenland n’est pas à vendre », a déclaré Mette Frederiksen.

Les attaques américaines ont également visé le président du gouvernement espagnol Pedro Sánchez, reprochant à Madrid la lenteur de la hausse de ses dépenses militaires et son refus de soutenir les actions armées au Moyen-Orient. Le président américain a publiquement menacé de rompre toutes les relations commerciales avec l’Espagne, qualifiant la situation de cause perdue.

Batterie de missiles Patriot évoquée au sommet de l'OTAN.

Évaluation des alliés par le Pentagone

Le secrétaire américain à la Défense Pete Hegseth a confirmé le lancement d’un réexamen strict d’une durée de six mois destiné à évaluer la valeur individuelle de chaque allié pour les États-Unis. Cette initiative fait suite au refus de l’Italie et du Royaume-Uni d’autoriser l’usage de leurs bases aériennes pour les récentes frappes américaines en Iran.

En réponse à ces critiques, le secrétaire général de l’alliance a rappelé que la coopération restait massive, soulignant que près de 5 000 avions américains ont décollé de bases européennes au plus fort des opérations au Moyen-Orient, démontrant le rôle central du continent comme plateforme de projection pour les forces américaines.

À l’issue de la session du Conseil de l’Atlantique Nord, Donald Trump a finalement tempéré ses propos en saluant le déroulement des discussions et en évoquant une réunion placée sous le signe de l’unification.

Soutien réaffirmé en faveur de Kiev

Les États membres ont profité du conseil NATO-Ukraine pour réaffirmer leur soutien à Kiev. Bien que Washington maintienne son refus catégorique de tracer une feuille de route ou un calendrier précis pour l’adhésion de l’Ukraine à l’alliance, les pays alliés ont formellement validé la liste des besoins prioritaires PURL. Ce mécanisme vise à assurer la continuité des livraisons d’armements avancés, d’aides militaires et le développement de la coproduction de drones.

En marge des rencontres diplomatiques, le président américain a évoqué la possibilité d’accorder des licences permettant à l’Ukraine de fabriquer directement sur son sol les systèmes de défense antiaérienne Patriot. Cette décision permettrait à Kiev de renforcer sa couverture aérienne face aux attaques de missiles balistiques.

Selon Max Bergmann, chercheur au Centre d’études stratégiques et internationales, l’évolution de la position américaine témoigne du poids politique accru de l’Ukraine et de son intégration grandissante dans les échanges institutionnels avec Bruxelles.

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