DOHA, Qatar, 8 juin (Le Parisien Matin) – Le Qatar avance dans ses projets visant à établir son premier Plan d’action national pour les droits de l’homme pour la période 2026–2030, une initiative qui, selon les responsables, renforcera les protections juridiques et alignera les politiques du pays sur les normes internationales en matière de droits de l’homme.
Consultations officielles
Des hauts fonctionnaires, dont le procureur général, le Dr Issa bin Saad Al Jafali Al Nuaimi, et la ministre d’État à la Coopération internationale, Maryam bint Ali bin Nasser Al Misnad, ont tenu des consultations cette semaine pour discuter du rôle des institutions juridiques dans l’élaboration de cette stratégie. Le plan devrait servir de cadre pour promouvoir les droits, renforcer les institutions et améliorer la coordination entre les organismes gouvernementaux.
Un effort de réforme prolongé
Cette initiative marque le dernier chapitre des efforts déployés par le Qatar depuis dix ans pour réformer ses systèmes de travail et de droits de l’homme, des changements qui se sont accélérés dans les années précédant la Coupe du Monde de la FIFA 2022, sous l’effet d’une surveillance internationale intense.
Le système de la kafala
Pendant des décennies, les travailleurs migrants — qui constituent la majorité de la population et de la main-d’œuvre du Qatar — ont fait l’objet de critiques concernant les conditions imposées par le système de parrainage de la « kafala », qui liait les travailleurs à leurs employeurs et restreignait leur capacité à changer d’emploi ou à quitter le pays. Des organisations internationales, des syndicats et des groupes de défense des droits ont documenté des préoccupations concernant les salaires impayés, les heures de travail excessives et des protections juridiques limitées.
Réformes du marché du travail
À partir de 2017, le Qatar a lancé une série de réformes en coopération avec l’Organisation internationale du travail (OIT). Le pays a établi un salaire minimum, aboli des éléments clés du système de la kafala et autorisé les travailleurs à changer d’emploi sans nécessiter l’autorisation de leur employeur. Les autorités ont également introduit des mécanismes de protection des salaires, renforcé les inspections du travail et créé des comités de règlement des différends du travail destinés à accélérer l’accès à la justice.
Protection et salaires minimaux
En 2021, le Qatar est devenu le premier pays de la région du Golfe à mettre en œuvre un salaire minimum non discriminatoire couvrant tous les travailleurs, quelle que soit leur nationalité. Des mesures visant à protéger les employés contre la chaleur extrême et à améliorer la sécurité sur le lieu de travail ont également été étendues.

Perspectives internationales
Les observateurs internationaux ont reconnu que nombre de ces réformes représentent des changements significatifs pour la région, bien que des organisations telles qu’Amnesty International et Human Rights Watch aient fait valoir que leur mise en œuvre reste inégale et que des progrès supplémentaires sont nécessaires, notamment en ce qui concerne la liberté d’association, les droits des travailleurs domestiques et les libertés civiles plus larges.
Institutionnalisation des réformes
Dans ce contexte, le nouveau Plan d’action national pour les droits de l’homme est considéré comme une tentative d’institutionnaliser les réformes au-delà des questions de travail et d’établir un cadre plus large englobant l’accès à la justice, les protections juridiques et les engagements internationaux.
Ambitions régionales
Les analystes estiment que cette initiative reflète l’ambition du Qatar de se positionner comme un acteur régional combinant modernisation économique et réforme juridique et sociale progressive. Le pays a cherché à accroître son profil international par le biais de la diplomatie, des efforts de médiation et des partenariats avec des institutions mondiales.
Finalisation du plan
Les consultations devraient se poursuivre avant que le gouvernement ne finalise le plan d’action 2026–2030, qui, selon les responsables, guidera les politiques du Qatar en matière de droits de l’homme au cours des cinq prochaines années.
Évolution des droits
Bien que des défis subsistent, les partisans soutiennent que ce processus offre au Qatar l’opportunité de s’appuyer sur les réformes introduites au cours de la dernière décennie et de démontrer que les améliorations des droits des travailleurs peuvent évoluer vers des changements institutionnels plus larges ayant un impact durable.


