HODEÏDA, 23 juillet (Le Parisien Matin) – Le 13 juillet, un vol de la compagnie Mahan Air en provenance de la capitale iranienne a transporté des commandants et des conseillers militaires du Corps des gardiens de la révolution islamique ainsi que du matériel lié aux missiles et aux drones, selon quatre sources concordantes citées par Reuters. Une livraison clandestine qui intervient alors que Donald Trump promet de punir sévèrement l’Iran après les dernières attaques des Houthis et que le baril de pétrole s’envole à nouveau vers les 100 dollars.
Un vol Mahan Air détourné vers Hodeidah
L’appareil devait initialement se poser à Sanaa, la capitale contrôlée par les Houthis. Mais l’aéroport a été bombardé le jour même par les forces du gouvernement yéménite soutenu par l’Arabie saoudite, forçant l’avion à se dérouter vers la ville portuaire de Hodeidah, sur la mer Rouge. C’est une première révélation qui n’avait jusqu’ici jamais été rendue publique.
Selon deux sources iraniennes s’exprimant sous couvert d’anonymat pour des raisons de sécurité, entre 10 et 21 membres du CGRI, dont des commandants de haut rang, se trouvaient à bord. Le ministre de l’Information du gouvernement yéménite reconnu par la communauté internationale, Moammar al-Iryani, a confirmé ces transferts lors d’un entretien téléphonique avec Reuters, citant des renseignements de ses services. Un analyste régional de la sécurité, Mzahem Alsaloum, qui suit depuis des années les groupes soutenus par l’Iran, a également confirmé l’arrivée des experts iraniens sur ce vol du 13 juillet.
La version officielle iranienne est tout autre. Lors d’une conférence de presse à Téhéran le 20 juillet, le porte-parole du ministère des Affaires étrangères, Esmaeil Baghaei, a affirmé que ce vol visait à rapatrier une délégation houthie venue assister aux funérailles du guide suprême iranien, l’ayatollah Ali Khamenei, ainsi que des citoyens yéménites soignés en Iran. Le 3 juillet, le même appareil avait en effet transporté environ 200 personnes, dont des hauts responsables, des femmes et des enfants, vers l’Iran pour la cérémonie.
Des conseillers pour entraîner les Houthis aux nouveaux missiles
La réalité sur le tarmac de Hodeidah serait bien différente. L’une des sources proches du dossier est catégorique :
« Les commandants du CGRI ont voyagé là-bas pour soutenir les opérations houthies et assurer une formation sur de nouveaux systèmes de missiles ».
Selon cette même source, l’Iran aurait également envoyé de l’or à bord de l’appareil pour financer les activités du mouvement yéménite.
La cargaison ne se limitait pas à du personnel. D’après Mzahem Alsaloum, l’avion transportait des composants liés aux missiles de courte et moyenne portée et aux drones, des systèmes d’armes similaires à ceux déjà utilisés dans des attaques contre l’Arabie saoudite et les Émirats arabes unis. Une expertise qui change la donne sur le terrain.
Moammar al-Iryani résume ainsi l’enjeu :
« Leur mission est de renforcer les capacités militaires des milices et de les préparer à menacer la sécurité maritime internationale en mer Rouge et dans le détroit de Bab el-Mandeb ».
Le détroit, qui ne mesure que 29 kilomètres à son point le plus étroit, concentre près de 12% du commerce mondial.

Blocus de la mer Rouge et pétrole à 100 dollars
Trois jours seulement après l’atterrissage de ce vol, Reuters révélait que Téhéran avait demandé au mouvement houthi de se tenir prêt à fermer la route pétrolière de la mer Rouge si les États-Unis frappaient les infrastructures électriques iraniennes. Une menace directe sur l’approvisionnement énergétique mondial.
Lundi, le groupe, dont la zone de contrôle surplombe cette voie maritime stratégique, a annoncé un blocus naval de l’Arabie saoudite en réponse au bombardement de l’aéroport de Sanaa le 13 juillet, qu’il attribue à Ryad. Jeudi, l’escalade a franchi un nouveau palier lorsque les Houthis ont revendiqué l’attaque de deux pétroliers saoudiens. Conséquence immédiate sur les marchés, le Brent a brièvement repassé la barre symbolique des 100 dollars, alimentant les craintes d’une crise énergétique majeure.
Le ministère iranien des Affaires étrangères n’était pas immédiatement disponible pour commenter ces informations. Téhéran a toujours nié fournir des capacités balistiques au mouvement yéménite. De leur côté, deux responsables houthis sollicités n’ont pas répondu. Le groupe a par le passé nié être un mandataire de l’Iran, affirmant développer ses propres armes.
Washington hausse le ton face à Téhéran
Face à cette nouvelle donne, la Maison Blanche durcit le ton. Donald Trump a promis de punir sévèrement l’Iran après les attaques des Houthis, considérant que chaque missile tiré depuis le Yémen engage la responsabilité de Téhéran. La doctrine américaine est claire, l’Iran ne peut plus se cacher derrière ses alliés régionaux.
Cette posture intervient dans un contexte déjà explosif. Selon Alsaloum, Téhéran avait déjà envoyé des conseillers militaires au Yémen l’année dernière lors de la guerre avec Israël, en les faisant transiter par la Somalie, une affirmation démentie à l’époque par Téhéran. Le schéma logistique du 13 juillet, avec un vol civil de Mahan Air, une compagnie déjà sous sanctions américaines pour son rôle présumé dans le transport d’armes, reprendrait donc un mode opératoire éprouvé.
L’annonce par les Houthis de vols directs entre Sanaa et Téhéran au début du mois, présentée comme un moyen de briser ce qu’ils qualifient de blocus imposé par l’Arabie saoudite au Yémen, offrirait désormais une couverture idéale pour de futurs transferts.
La fin d’une trêve de quatre ans avec Ryad
Au-delà du dossier maritime, ce vol du 13 juillet marque la fin d’une trêve de quatre ans entre Ryad et les Houthis. Le mouvement yéménite est en guerre civile depuis plus d’une décennie contre le gouvernement soutenu par les Saoudiens et a régulièrement frappé les voisins du Golfe avec des missiles et des drones.
L’armée houthie a d’ailleurs affirmé que les avions de combat saoudiens ayant mené l’attaque de l’aéroport avaient été contraints de quitter l’espace aérien yéménite. Un discours de fermeté qui illustre la nouvelle assurance du groupe, désormais renforcé par l’expertise iranienne sur son sol. Pour les observateurs, l’arrivée de commandants du CGRI à Hodeidah n’est pas un simple soutien logistique, c’est un signal stratégique envoyé à Washington et à Ryad que Téhéran est prêt à jouer la carte de la mer Rouge pour sanctuariser ses propres infrastructures.


