mercredi, 2 septembre Magazine

TEL-AVIV, 1er septembre (Le Parisien Matin)Sara Netanyahou a déclenché une vive polémique lundi soir en accusant Yaïr Golan, chef de l’opposition de gauche, d’avoir eu connaissance du projet d’attaque du Hamas avant le 7 octobre 2023, à moins de deux mois des législatives prévues le 27 octobre.

Une interview sur une chaîne proche du pouvoir

L’épouse du Premier ministre s’est exprimée dans une interview diffusée sur la Chaîne 14, considérée comme proche du gouvernement. Elle a visé Yaïr Golan, général de réserve et dirigeant du parti Les Démocrates.

Elle a affirmé que l’opposant était « déjà habillé et prêt » à l’aube du 7 octobre, « alors que d’autres ne savaient rien, y compris le Premier ministre », a déclaré Sara Netanyahou.

Ses propos ont été interprétés comme le relais d’une thèse complotiste d’une trahison interne.

Une levée de boucliers dans l’opposition

Le parti Les Démocrates a condamné des propos jugés « vils et mensongers », selon Les Démocrates.

Sur X, la formation a estimé que,

« La diffusion de théories du complot contre le général Yaïr Golan et la diffamation de son héroïsme le 7 octobre franchissent une ligne rouge qui frise la folie ».

Selon Les Démocrates.

L’ancien chef d’état-major Gadi Eizenkot, dirigeant du parti Yashar et principal opposant à Benyamin Netanyahou, a fustigé « la théorie folle et mensongère du complot de trahison », selon Gadi Eizenkot.

Il a accusé l’entourage du Premier ministre de vouloir « attiser la haine et perpétuer » son pouvoir, selon Gadi Eizenkot.

Le poids des thèses complotistes

Ces accusations ont fait écho à des thèses récurrentes au sein d’une partie de la classe politique.

Selon un sondage réalisé pour la Chaîne 13 en août, 40 % des Israéliens et 63 % des électeurs de la coalition actuelle estimaient qu’une trahison interne avait conduit au massacre du 7 octobre 2023.

L’attaque du Hamas avait fait 1 221 morts, en majorité des civils, selon l’AFP. Le groupe avait enlevé 251 personnes emmenées à Gaza.

L’offensive israélienne à Gaza a fait plus de 73 000 morts, selon le ministère de la Santé du territoire, dont les chiffres étaient jugés fiables par l’ONU. Un cessez-le-feu précaire était en vigueur depuis octobre 2025.

Le profil de la cible

Yaïr Golan dirigeait Les Démocrates, seul parti structuré de gauche opposé à la coalition de Benyamin Netanyahou.

Il était perçu par une partie de l’opinion comme un héros du 7 octobre. Alors que l’appareil d’État était paralysé, il avait enfilé son uniforme de sa propre initiative et s’était rendu près du festival Nova pour secourir des civils.

Le scrutin du 27 octobre s’annonçait serré et prenait la forme d’un référendum sur la gouvernance de Benyamin Netanyahou.

Le contexte restait instable. L’adoption récente de lois controversées, comme l’exemption de conscription pour les ultraorthodoxes votée durant l’été, avait alimenté la polarisation à l’approche des urnes.

Une sortie qui dépasse le dérapage

Cette séquence dépasse la simple maladresse médiatique. Quand Sara Netanyahou s’exprime sur la Chaîne 14, elle ne parle pas comme une épouse en retrait. Dans le système Netanyahou, sa parole a toujours fonctionné comme un ballon d’essai : ce qui ne peut pas être dit à la tribune de la Knesset est testé à la télévision.

Viser Yaïr Golan n’a rien d’anodin. Il est l’antithèse du récit officiel. Militaire décoré, présent sur le terrain le 7 octobre quand l’État a failli, il incarne un héroïsme spontané qui contredit l’idée d’une armée trahie de l’intérieur. Le discréditer, c’est tenter de retourner le stigmate : transformer la défaillance sécuritaire du gouvernement en complot de l’opposition.

Le chiffre de la Chaîne 13 est ici central. Quand 63 % des électeurs de la coalition adhèrent à la thèse de la trahison interne, on ne parle plus d’une frange marginale, mais d’un socle électoral qui a besoin d’une explication alternative à l’échec. La théorie du complot devient un outil de survie politique. Elle soude une base en lui offrant un ennemi intérieur plutôt qu’un bilan.

C’est aussi le symptôme d’une campagne qui ne se jouera pas sur Gaza ou l’économie, mais sur la légitimité morale du 7 octobre.

À deux mois du vote, chaque camp cherche à capter l’héritage de ce jour-là. En s’attaquant à un héros de cette journée, le camp Netanyahou a pris le risque de franchir un tabou. C’est ce que l’opposition a immédiatement compris en parlant de ligne rouge.

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