GAZA, 10 août (Le Parisien Matin) – Le 30 juillet, Donald Trump salua ce qu’il décrivit comme une percée pour mettre fin à la guerre à Gaza. Son dernier plan appela le Hamas à déposer les armes pendant qu’Israël se retirerait du territoire, des termes entérinés par les militants mais rejetés par Israël, qui affirma qu’il ne se retirerait pas avant la fin du désarmement complet du groupe.
Le président américain annonça que le Hamas et d’autres groupes armés de Gaza avaient accepté une feuille de route en 15 points élaborée par son soi-disant Board of Peace pour abandonner leurs armes.
Cette feuille de route visa à faire avancer le plan de cessez-le-feu de 2025, qui avait réduit la violence sans mettre fin aux attaques israéliennes à Gaza ni obtenir le désarmement des militants.
Une feuille de route en 15 points pour relancer le cessez-le-feu
Le plan fut présenté comme une nouvelle étape après des mois de négociations minutieuses entre le Board of Peace et le Hamas au Caire.
L’objectif affiché fut de sortir de l’impasse du cessez-le-feu d’octobre 2025 et de permettre la reconstruction de Gaza, dévastée par deux années d’assaut militaire israélien à grande échelle.
Le texte fut publié par le Board of Peace et prévit un mécanisme progressif liant le retrait israélien au désarmement de toutes les milices présentes dans l’enclave.
Le dispositif fut conçu pour être mis en œuvre sous l’autorité d’un nouveau gouvernement technocratique palestinien soutenu par les États-Unis.
Un cessez-le-feu immédiat lié au désarmement
Selon le texte du plan, Israël et le Hamas cesseraient immédiatement « toutes les opérations militaires » à Gaza, une formule citée dans le document du Board of Peace.
Le document lia explicitement le retrait israélien au désarmement de toutes les milices, y compris le Hamas.
La nouvelle administration technocratique, connue sous le nom de Comité national pour l’administration de Gaza, assumerait la gouvernance civile et superviserait un processus visant à
« démanteler et stocker les armes lourdes, les sites de production militaire, les dépôts d’armes et les tunnels »
Selon le texte de la feuille de route.
Le plan ne mentionna pas de calendrier précis pour ces opérations, mais renvoya à un échéancier à négocier entre les parties.

Une gouvernance technocratique et une force de stabilisation
La feuille de route prévit également le déploiement d’un organe temporaire de maintien de la paix, dénommé « Force internationale de stabilisation ».
Cette force, selon le document, serait chargée de sécuriser les zones dont les forces israéliennes se retireraient.
Elle aurait aussi pour mission de former de nouvelles forces de police palestiniennes et de soutenir les livraisons d’aide humanitaire.
En parallèle, le Board of Peace installa une base en Israël, près du point de passage de Kerem Shalom vers Gaza, destinée à servir de zone logistique et de rassemblement pour les troupes de la force internationale en cas de déploiement.
Une réalité toujours violente sur le terrain
Depuis l’annonce du plan par Donald Trump, Israël réduisit l’intensité de ses attaques à Gaza. Des responsables israéliens indiquèrent que, conformément au plan, l’armée agirait contre les menaces immédiates mais ne procéderait plus à des assassinats ciblés.
Malgré la trêve d’octobre 2025, Israël mena des frappes aériennes quasi quotidiennes à Gaza. Selon les autorités sanitaires de Gaza, ces attaques tuèrent plus de 1 200 Palestiniens, pour la plupart des civils. Quatre soldats israéliens furent tués par des militants de Gaza durant la même période. Le Hamas ne communiqua pas de chiffres sur ses morts.
Israël affirma que ses attaques visaient à répondre aux menaces pesant sur ses forces à Gaza ou à tuer des militants ayant participé aux attaques du Hamas de 2023 qui précipitèrent la guerre.
Le cessez-le-feu d’octobre laissa les forces israéliennes aux commandes de plus de la moitié de Gaza, une zone étendue depuis à environ deux tiers. Elles y rasèrent les bâtiments restants, détruisirent les tunnels du Hamas et ordonnèrent l’évacuation de la population.
Près de 2 millions de Gazaouis restèrent confinés dans une étroite bande de terre sous contrôle du Hamas le long de la côte, la plupart dans des tentes de fortune ou des bâtiments endommagés.

Des positions toujours opposées sur le même texte
Le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu déclara dimanche que le nouveau plan de Donald Trump était inacceptable en l’état, tout en affirmant qu’Israël échangeait des idées à ce sujet avec Washington. Il réaffirma qu’Israël ne se retirerait pas de Gaza avant la fin du désarmement.
Le Hamas approuva la feuille de route mais protesta lorsque le Board of Peace publia ensuite sur X que le groupe devrait abandonner ses armes légères comme les fusils et qu’Israël ne se retirerait qu’une fois le désarmement achevé. Le texte de la feuille de route prévoyait que les deux processus soient liés, par phases.
Dans une interview accordée dimanche à Channel 12 News, Nickolay Mladenov, l’émissaire du Board of Peace pour Gaza, confirma que le processus serait progressif et mené « secteur par secteur », selon ses propos.
Chaque fois qu’une zone désignée de Gaza aurait été vérifiée comme effectivement exempte d’armes, avec des armes stockées et rendues inutilisables, Israël serait tenu de se retirer, jusqu’à un retrait total, expliqua Nickolay Mladenov.
Le Hamas affirma qu’il n’était lié que par le texte original de la feuille de route, qui accordait 14 jours pour élaborer un calendrier de désarmement. Ce délai put être prolongé, et Nickolay Mladenov indiqua dans l’interview que les discussions se poursuivaient.
Un mécanisme astucieux condamné à l’épreuve de la défiance
L’architecture du plan Trump repose sur une idée simple qui a manqué à tous les accords précédents : ne plus séparer le désarmement et le retrait, mais les imbriquer. Le concept du « secteur par secteur » est une trouvaille de négociateur. Il permet à chaque camp de montrer à son opinion publique qu’il ne cède rien gratuitement. Le Hamas rend des armes inutilisables et obtient un bout de territoire, Israël recule mais seulement après vérification.
Sur le papier, ce séquençage répond à l’obsession israélienne de la sécurité et à l’obsession du Hamas de ne pas capituler sans garantie tangible. C’est pour cela que le Board of Peace a pu vendre une percée.
Mais la réalité diplomatique décrite dans le texte même révèle la faille. Seuls le Maroc et l’Ouganda ont promis des troupes pour la Force internationale de stabilisation. Le Kosovo, l’Albanie et le Kazakhstan n’envoient que des planificateurs. L’Indonésie, qui était le plus gros contributeur potentiel, a gelé ses discussions. Sans cette force tampon, qui va vérifier qu’une zone est « exempte d’armes » et qui va empêcher le vide sécuritaire ?
Le second écueil est sémantique et politique. La dispute sur les armes légères illustre que les deux parties n’ont pas signé le même document.
Pour Israël, désarmement veut dire fin du Hamas en tant que force armée. Pour le Hamas, il s’agit de stocker le lourd tout en gardant une capacité de police et de dissuasion interne. Le post sur X du Board of Peace, immédiatement contesté, montre que même les médiateurs peinent à imposer une définition commune.
Enfin, le plan institutionnalise une situation humanitaire intenable. En liant chaque étape à une vérification, il fait durer une occupation de fait des deux tiers de Gaza pendant que deux millions de personnes s’entassent sur une bande côtière.
Plus ce statu quo se prolonge, moins le gouvernement technocratique à venir aura de légitimité pour gouverner des ruines. La feuille de route est techniquement la plus avancée depuis 2023, mais elle demande une confiance que la guerre a méthodiquement détruite.


