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Home»Moyen-Orient»L’Iran conditionne la réouverture d’Ormuz au départ des forces américaines
Moyen-Orient

L’Iran conditionne la réouverture d’Ormuz au départ des forces américaines

Frida GhitisPar Frida Ghitisdimanche, 09 aoûtAucun commentaire5 Min Temps de lecture
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Capture d'écran d'un bandeau d'actualité FRANCE 24 annonçant que Téhéran fixe ses conditions pour rouvrir Hormuz
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TEHERAN, 9 août (Le Parisien Matin) – Le secrétaire du Conseil suprême de la sécurité nationale iranienne, Mohammad Bagher Zolghadr, a posé le retrait total des forces américaines du Moyen-Orient comme condition préalable à la fin de la guerre régionale et à la réouverture du détroit d’Ormuz.

Il a émis cet ultimatum le 9 août et a exigé que Washington retire ses dispositifs navals et aériens déployés autour du territoire iranien.

La liste des exigences a dépassé le cadre maritime. Elle a inclus la levée du blocus naval des ports iraniens, le versement de compensations pour les dommages de guerre et le dégel des avoirs iraniens à l’étranger. Téhéran et Mascate ont parallèlement indiqué qu’ils étaient proches d’un accord technique pour gérer le trafic dans la voie d’eau stratégique.

Un ultimatum maximaliste

L’ultimatum a été formulé alors que les efforts diplomatiques américains pour obtenir une désescalade se sont heurtés à un durcissement iranien. Selon Mohammad Bagher Zolghadr, la voie d’eau est restée fermée ou fortement restreinte tant que Washington n’a pas, selon ses termes, « corrige son comportement ».

La déclaration a compliqué les tentatives de la Maison Blanche d’obtenir une porte de sortie diplomatique. L’Iran a lié explicitement la normalisation de la navigation commerciale à une refonte géopolitique complète de la présence américaine dans la région.

Six conditions posées pour la paix

Les revendications iraniennes, relayées par le Wall Street Journal et l’agence officielle IRNA, se sont articulées en six points. Mohammad Bagher Zolghadr a détaillé un cahier des charges qui a combiné exigences militaires, économiques et politiques.

Le premier point a porté sur la fin des menaces et des actions hostiles contre les valeurs iraniennes. Le second a exigé un cessez-le-feu permanent des frappes contre l’Iran et ses alliés au Liban, en Palestine, au Yémen et en Irak. Le troisième a demandé la levée immédiate du blocus naval.

Le quatrième a imposé l’évacuation complète des forces navales et aériennes américaines autour de l’Iran. Le cinquième a réclamé des réparations financières pour les destructions causées par ce que Téhéran a qualifié de « deux guerres imposées ». Le sixième a exigé le démantèlement total des sanctions économiques secondaires et la libération inconditionnelle des avoirs iraniens gelés à l’étranger.

Un accord technique avec Oman sans effet sur la fermeture

Le ministre iranien des Affaires étrangères, Abbas Araghchi, a déclaré que Téhéran était « très proche » de finaliser un nouveau plan de transit maritime avec Oman. Ce dispositif devait établir des couloirs de navigation temporaires pour contourner l’ancien schéma de séparation du trafic interrompu par le conflit.

Le ministère des Affaires étrangères et le Corps des Gardiens de la révolution islamique ont toutefois précisé que cet arrangement technique n’a pas entraîné la réouverture du détroit. Sa mise en œuvre est restée entièrement conditionnée à l’acceptation par Washington des six exigences politiques.

Escalade militaire et menaces sur la navigation

Sur le terrain, le blocus s’est maintenu. Les autorités émiraties ont confirmé qu’un navire commercial appartenant à ADNOC a été frappé par un missile iranien dans le détroit. Téhéran a affirmé que les armateurs refusant de coordonner leur passage directement avec ses forces continueraient d’être visés.

L’Iran a également menacé de déployer jusqu’à 6 000 mines navales pour paralyser durablement le corridor énergétique mondial en cas de poursuite de la pression militaire.

Impasse diplomatique et avertissement aux Etats du Golfe

Les Etats-Unis ont indiqué qu’ils ne pouvaient pas accepter un péage iranien ou des restrictions militaires effectives sur la navigation commerciale. Washington avait auparavant laissé entendre qu’il pourrait se retirer du conflit sans exiger un nouvel accord nucléaire strict si la liberté de navigation était rétablie.

Téhéran a adressé un avertissement direct aux Etats du Golfe qui hébergent des bases américaines, dont l’Arabie saoudite, le Qatar et les Emirats arabes unis. Il a indiqué qu’ils risquaient d’être ciblés lors de futures escalades si les forces américaines n’étaient pas expulsées. Cette menace a coïncidé avec la signature d’un pacte de défense trilatéral entre l’Arabie saoudite, la Turquie et le Pakistan, qui prévoit qu’une attaque contre l’un des signataires sera considérée comme une attaque contre tous.

Un pari sur l’asphyxie énergétique

Au-delà de la liste officielle, la manœuvre iranienne relève d’une stratégie de levier maximal. Téhéran ne négocie plus un couloir maritime, il monnaye le prix mondial du pétrole.

En exigeant le retrait américain, la levée des sanctions et des réparations simultanément, le pouvoir iranien sait que Washington ne peut pas céder. C’est précisément l’objectif. En posant des conditions inacceptables, il garde le détroit fermé tout en se présentant comme ouvert à la paix. Chaque jour de fermeture coûte plus cher à ses adversaires qu’à lui.

L’accord avec Oman est le second étage de la fusée. Il permet à l’Iran de montrer une façade technique et responsable devant la communauté internationale, tout en conservant le robinet énergétique comme arme politique. Le message aux monarchies du Golfe est limpide : héberger les Américains vous rend vulnérables, traiter avec nous vous rend solvables.

Pour Washington, le piège est double. Accepter de discuter de la présence militaire fragilise cinquante ans d’architecture sécuritaire. Refuser alimente la flambée des assurances maritimes et l’inflation énergétique à quelques mois d’échéances électorales sensibles. Téhéran ne cherche pas un compromis immédiat, il cherche à faire monter le coût de l’impasse jusqu’à ce que le compromis devienne rentable pour l’autre camp.

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