TEL-AVIV, 15 août (Le Parisien Matin) – Le Premier ministre israélien Benyamin Netanyahou a qualifié le Royaume-Uni de « République islamique » vendredi 14 août, lors d’une interview diffusée sur la radio de l’armée israélienne où il critiqua la position britannique sur la guerre à Gaza et sur l’Iran.

Ses propos ont été tenus dans un podcast où il évoqua le soutien historique de Londres à Israël. Il rappela que le petit-fils de Winston Churchill avait ouvertement soutenu Israël lors de la guerre des Six Jours de 1967.

Le dirigeant israélien s’interrogea ensuite sur l’évolution de ce soutien.

« Est-ce que la même chose pourrait se produire aujourd’hui ? »

Lança Netanyahou sur un ton ironique, avant d’ajouter une pique plus directe.

« quelqu’un a dit un jour que la première république islamique dotée d’armes nucléaires serait la République islamique de Grande-Bretagne. Nous veillons à ce qu’il n’y en ait pas une autre ici, en Iran »

Déclara Netanyahou.

Une rhétorique empruntée à l’extrême droite

Cette formule fit écho à un discours régulièrement tenu par des responsables politiques et commentateurs d’extrême droite occidentaux. Ceux-ci affirment sans fondement que certaines régions du Royaume-Uni seraient soumises à la loi islamique en raison des populations immigrées y vivant.

Une rhétorique qui suscita de nombreuses accusations d’islamophobie par le passé. Le commentaire du Premier ministre israélien reprit cette idée pour souligner ce qu’il présenta comme un changement d’identité politique du Royaume-Uni.

La réaction britannique fut rapide. Le gouvernement du Royaume-Uni qualifia ces remarques de « totalement inacceptables » et transmit son mécontentement aux autorités israéliennes par voie diplomatique.

L’incident intervint alors que les relations bilatérales traversèrent une période de forte dégradation. Londres s’était récemment démarqué de plusieurs positions israéliennes sur des dossiers majeurs.

Drapeau d'Israël et drapeau du Royaume-Uni flottant côte à côte

Des points de friction multiples

Le Royaume-Uni figura parmi les pays ayant récemment annoncé leur reconnaissance officielle de l’État palestinien. Une décision qui provoqua la colère du gouvernement israélien.

Le nouveau Premier ministre britannique, Andy Burnham, déclara que son prédécesseur travailliste Keir Starmer n’avait pas suffisamment fait pression sur Israël pour mettre fin à son offensive à Gaza.

Dans une interview accordée au quotidien The Guardian peu avant son entrée en fonction, Burnham indiqua que le Royaume-Uni envisagerait d’interdire le commerce des produits provenant des colonies israéliennes de Cisjordanie, territoire occupé par Israël depuis 1967.

Sur le dossier iranien, Londres prit également ses distances vis-à-vis de la guerre américano-israélienne lancée en février contre l’Iran, alors que le Royaume-Uni s’aligna généralement étroitement sur son allié américain.

Les dessous d’une provocation calculée

Au-delà de la formule choc, la sortie de Benyamin Netanyahou ne relève pas de l’improvisation. Elle s’inscrit dans une stratégie de communication bien rodée.

D’abord, le choix du canal n’est pas anodin. En s’exprimant sur la radio de l’armée, le Premier ministre s’adresse à son socle le plus fidèle : un électorat nationaliste et sécuritaire, sensible à l’idée d’un Israël encerclé et incompris par ses alliés historiques. Évoquer Winston Churchill, figure tutélaire du conservatisme britannique, lui permet de dresser un contraste moral entre un passé idéalisé et un présent jugé hostile.

Ensuite, l’emprunt au lexique de l’extrême droite occidentale est un signal politique. En reprenant le mythe de la « République islamique de Grande-Bretagne », Netanyahou ne cherche pas à convaincre Londres, mais à internationaliser son récit intérieur : le monde occidental serait lui-même menacé par le même islamisme qu’Israël combat. C’est une manière de délégitimer les critiques britanniques sur Gaza en les présentant non comme un désaccord diplomatique, mais comme un symptôme de faiblesse idéologique.

Enfin, le timing est révélateur. Avec la reconnaissance de la Palestine par le Royaume-Uni et les menaces de sanctions commerciales sur les produits de Cisjordanie, Netanyahou est dos au mur diplomatiquement.

L’attaque frontale lui permet de renverser la charge : il ne se justifie plus sur Gaza ou l’Iran, il met Londres sur la défensive. Le coût, en revanche, est réel. En insultant un allié historique membre du Conseil de sécurité, Israël s’isole davantage, au moment même où il aurait besoin de soutiens pour son dossier iranien.

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