mercredi, 2 septembre Magazine

KUHESTAK, 2 septembre (Le Parisien Matin) – Une frappe attribuée aux forces américaines a frappé une cérémonie de mariage dans la nuit du 2 septembre, faisant au moins quatre morts dont un jeune enfant et plus de 50 blessés selon le Croissant-Rouge iranien.

L’incident s’est produit à Kuhestak, ville du district de Sirik en province d’Hormozgan, qui borde le détroit d’Ormuz, en pleine reprise des bombardements américains contre l’Iran.

Un mariage frappé dans un quartier résidentiel

Le Croissant-Rouge iranien a affirmé que l’attaque avait eu lieu vers 21h30 heure locale. L’organisation a évoqué des informations préliminaires basées sur « les informations préliminaires et les rapports reçus ».

Selon l’organisation, les éclats ont détruit l’habitation où se déroulaient les festivités. Le bilan provisoire faisait état de quatre morts, certaines sources locales en mentionnèrent cinq, et d’environ 67 blessés.

Le Croissant-Rouge a précisé que plusieurs blessés se trouvaient dans un état critique. Il a indiqué que le bilan pourrait encore évoluer.

Reprise des bombardements américains

Le porte-parole du Commandement central américain, Tim Hawkins, n’a pas commenté directement la frappe de Kuhestak. Il a toutefois déclaré que :

« l’armée américaine ne prenait jamais pour cible des civils, contrairement aux Gardiens de la Révolution ».

Le Centcom a justifié la reprise des opérations depuis le 30 août, après un mois d’accalmie, par des tentatives iraniennes d’attaquer des forces américaines et des navires commerciaux dans le détroit d’Ormuz.

Mardi, le Centcom a déclaré avoir visé des installations des Gardiens de la Révolution. Les cibles incluaient des sites de défense aérienne, des radars et des installations maritimes.

Riposte iranienne et tensions régionales

En riposte aux bombardements, Téhéran a revendiqué des tirs de missiles balistiques et de drones contre des bases et intérêts américains dans la région. Les attaques auraient visé des positions en Jordanie, en Irak, au Koweït et à Bahreïn.

Le président du Parlement iranien, Mohammad Bagher Ghalibaf, a vivement réagi. Sur le réseau X, il a qualifié les Etats-Unis de « Satan », terme utilisé par les dirigeants iraniens depuis 1979 pour désigner l’ennemi américain.

Mohammad Bagher Ghalibaf a également rapproché l’attaque de celle d’une école à Minab. Les autorités iraniennes avaient accusé Washington d’avoir tué des civils lors de cet épisode.

Saisine de la Cour pénale internationale

Dans une lettre datée du 3 septembre et adressée au bureau du procureur de la Cour pénale internationale, le Croissant-Rouge iranien a livré de nouveaux éléments. Il a demandé un examen des circonstances de l’attaque.

L’organisation a réclamé une évaluation du statut du lieu visé et des personnes présentes. Elle a demandé une analyse au regard des principes de distinction, de proportionnalité et de précaution prévus par le droit international humanitaire.

Le Croissant-Rouge n’a pas qualifié lui-même l’attaque de crime de guerre établi. Il a estimé que si une enquête indépendante établissait le « caractère civil » du mariage et l’absence d’« objectif militaire » sur place, ou un manquement aux règles, l’attaque pourrait constituer « une violation grave du droit international humanitaire » voire un « crime de guerre ».

Il a enfin demandé la préservation des preuves et s’est dit prêt à transmettre les informations et documents en sa possession sur les conséquences humanitaires.

L’enjeu d’un bavure dans une guerre d’usure maritime

Au-delà du bilan humain, l’épisode de Kuhestak illustre la bascule d’un affrontement calibré vers une guerre de légitimité. Depuis des semaines, Washington et Téhéran se livraient à une campagne d’attrition autour du détroit d’Ormuz, faite de frappes ciblées sur radars et dépôts et de harcèlement de navires. Toucher un mariage, même par erreur de ciblage ou dommage collatéral, change la nature du récit.

Pour les Etats-Unis, l’intérêt stratégique est de maintenir la distinction entre Gardiens de la Révolution et population civile. La formule de Tim Hawkins n’est pas anodine, elle cherche à verrouiller le cadre juridique avant même qu’une enquête ne commence.

Pour l’Iran, au contraire, l’intérêt est d’extraire l’événement du champ militaire pour le placer dans le champ humanitaire et judiciaire, d’où la saisine rapide de la CPI par une organisation humanitaire et non par l’Etat lui-même.

Cette judiciarisation est habile. Le Croissant-Rouge ne parle pas de crime avéré, il pose des conditions – caractère civil, absence d’objectif militaire – qui obligent l’autre camp à prouver qu’il a respecté les principes de précaution. C’est une bataille de preuves qui se jouera sur images satellites, restes de munitions et témoignages.

Sur le terrain, la localisation n’est pas anodine. Kuhestak fait face à la route pétrolière la plus surveillée au monde. Une frappe civile à cet endroit alimente immédiatement la propagande intérieure iranienne et complique toute tentative de désescalade régionale, car chaque riposte annoncée contre des bases américaines en Jordanie ou à Bahreïn trouve alors une justification morale aux yeux de l’opinion locale.

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