dimanche, 6 septembre Magazine

TURMUS AYYA, 5 septembre (Le Parisien Matin) – L’ambassadeur américain en Israël Mike Huckabee a rappelé samedi la responsabilité d’Israël de protéger les Palestiniens en Cisjordanie occupée et a exigé de sévères conséquences contre les violences de colons, après une recrudescence d’attaques.

Une visite à Turmus Ayya

Fervent soutien d’Israël et des colons, Mike Huckabee s’est rendu à Turmus Ayya, en Cisjordanie, pour écouter les demandes légitimes de la communauté américano-palestinienne locale.

Il s’est entretenu deux heures avec des habitants à l’intérieur d’une maison, dans un climat de tension accrue.

« L’un des messages que nous avons transmis et que nous continuerons de transmettre est que les habitants de ces communautés ont le droit de vivre en sécurité et que le gouvernement a la responsabilité de veiller à ce que ce soit le cas ».

A déclaré Huckabee.

Un crime est un crime

Sans critiquer directement Israël, l’ambassadeur a appelé à des mesures fortes, soulignant que les violences étaient le fait d’une minorité de colons.

« Notre message est clair, un crime est un crime, un acte de terreur est un acte de terreur. Ceux qui les commettent doivent s’attendre à de sévères conséquences ».

A déclaré Huckabee.

Il a estimé que de telles mesures bénéficieraient à Israël, confronté à des critiques croissantes dans le monde, y compris aux États-Unis, après la guerre menée à Gaza en réponse à l’attaque du Hamas du 7 octobre 2023.

La réputation des colons « pâtit » lorsqu’elle fut associée à l’image d’un « petit groupe de vandales », a souligné Huckabee.

« Il y a peut-être quelques centaines de personnes responsables, mais c’est déjà quelques centaines de trop ».

A-t-il ajouté.

Une occupation marquée par les violences

L’armée israélienne occupa la Cisjordanie depuis 1967. Les violences de longue date commises par des colons contre les Palestiniens donnèrent rarement lieu à des suites judiciaires.

Une recrudescence fut observée ces derniers mois. Environ un demi-million d’Israéliens vivaient en Cisjordanie aux côtés de trois millions de Palestiniens.

Des incidents survinrent presque quotidiennement, des colons s’en prenant à des personnes, à leurs récoltes, à leur bétail ou tentant de les chasser de leurs terres.

À l’approche des élections du 27 octobre, le gouvernement de Benjamin Netanyahu, qui comprenait plusieurs ministres d’extrême droite, approuva de multiples colonies, considérées comme illégales au regard du droit international.

Des condamnations déjà formulées

En août, Huckabee avait déjà condamné l’encerclement de maisons à Qusra, près de Naplouse, par des colons violents. Les habitants, dont au moins un Américano-Palestinien, furent bloqués à l’intérieur et coupés de tout approvisionnement.

Peu après, Benjamin Netanyahu dénonça des « actes de violence criminels » commis par « une poignée d’émeutiers qui enfreignent la loi » et qui « nuisent à la position d’Israël dans le monde », a déclaré Netanyahu.

Ce fut une rare critique du Premier ministre à l’encontre de colons israéliens.

Mike Huckabee parle devant des journalistes à Turmus Ayya, avec des habitants en arrière-plan

Démenti sur un plan à Gaza

Huckabee a démenti qu’Israël prévoyait de chasser les Palestiniens de Gaza, après des appels de ministres israéliens à vider le territoire de ses deux millions d’habitants.

« Je peux vous affirmer catégoriquement qu’il n’existe aucun plan israélien pour expulser la population de Gaza contre sa volonté ».

A assuré Huckabee.

Une terminologie biblique

Ancien pasteur évangélique, Mike Huckabee soutint par le passé les colonies juives et rejeta l’idée d’un État palestinien, refusant même d’employer le terme Palestinien, qu’il utilise désormais.

Il désigne la Cisjordanie par Judée-Samarie, comme le fait Israël.

« Si j’utilise les termes de Judée-Samarie, c’est parce qu’il s’agit des anciennes appellations bibliques de cette terre. Quatre-vingts pour cent des événements relatés dans la Bible se sont déroulés à l’époque de la Judée et de la Samarie. Pour moi, Cisjordanie est un terme flou ».

A soutenu Huckabee.

Le tournant paradoxal d’un ambassadeur pro-colons

Le déplacement de Mike Huckabee à Turmus Ayya n’est pas une simple visite de courtoisie. C’est un signal politique qui vaut pour ce qu’il révèle des contradictions américaines en Cisjordanie.

Huckabee n’est pas un diplomate classique. Ancien pasteur baptiste, figure de la droite évangélique, il a bâti une partie de sa carrière sur la défense inconditionnelle des colonies. Il a longtemps nié l’existence même du peuple palestinien comme entité politique.

Le voir aujourd’hui prononcer le mot Palestinien, se rendre dans un village régulièrement visé par des attaques et rappeler la responsabilité légale d’Israël en tant que puissance occupante, marque une inflexion imposée par les faits.

Washington fait face à une équation intenable. D’un côté, l’administration doit ménager sa base évangélique pro-Israël, cruciale électoralement. De l’autre, elle ne peut plus ignorer la colère d’une communauté américano-palestinienne qui documente chaque agression en vidéo, ni la pression d’une partie du Congrès qui demande des comptes sur l’usage de l’aide militaire.

Le choix des mots est tout sauf anodin. Parler d’acte de terreur pour qualifier des violences de colons, c’est sortir du registre habituel de l’euphémisme diplomatique qui parle d’incidents ou d’affrontements. C’est aussi une manière de dédouaner l’ensemble du projet de colonisation en l’imputant à quelques centaines d’individus, comme Huckabee le fait, tout en préservant l’alliance stratégique.

Sur le terrain, cette rhétorique se heurte à une réalité juridique. La Cisjordanie est occupée depuis 1967. Le droit international confère à Israël l’obligation de protéger la population sous occupation.

L’absence quasi systématique de poursuites judiciaires contre les colons violents, rappelée par les associations de défense des droits humains, alimente l’idée d’une impunité structurelle que des condamnations verbales ne suffisent plus à masquer, à six semaines d’élections israéliennes où la question des colonies est au cœur de la campagne.

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