TAL, Cisjordanie, 27 juillet (Le Parisien Matin) – Lundi matin, les accès de Tal, petit village agricole au sud ouest de Naplouse en Cisjordanie occupée, étaient presque tous bouclés. Des files de voitures s’étiraient aux checkpoints, lendemain d’un affrontement qui a fait six morts et a fait basculer la zone dans une tension extrême.
Tal, un village sous blocus
Depuis vendredi, l’armée israélienne a multiplié les opérations dans le secteur. Entre soixante et quatre vingt habitants auraient été interpellés selon le conseil local, une trentaine resteraient en détention.
Les entrées de Tal et des localités voisines sont partiellement ou totalement fermées. Sur place, des soldats ont pris position sur les toits, des maisons sont fouillées et menacées de démolition punitive.
Deux récits opposés pour six morts
L’affrontement de vendredi a éclaté quand, selon les habitants, un groupe important de colons armés s’est approché des maisons en lisière du village.
L’armée israélienne évoque une confrontation violente entre des dizaines de Palestiniens et des civils israéliens avec des tirs des deux côtés. Le gouvernement de Benyamin Nétanyahou a qualifié les faits d’acte terroriste.
Les villageois, eux, affirment s’être défendus contre une tentative d’incursion. Quatre Palestiniens et deux Israéliens ont été tués, dont Benayahu Mellet, réserviste et coordinateur de sécurité de la colonie voisine de Havat Gilad.
Arbres coupés et maisons sous pression
Le schéma décrit par les habitants est récurrent. Des groupes de colons se présentent aux abords des communautés palestiniennes, des intimidations éclatent, souvent sous le regard des forces de sécurité. Lundi, des troncs fraîchement coupés jonchaient les champs.
Des oliviers et des figuiers auraient été abattus après les violences, une maison incendiée la semaine précédente restait calcinée à quelques centaines de mètres. Au cœur de cette usure quotidienne, un père endeuillé résume l’état d’esprit de beaucoup :
« Même si nous devons mourir, nous mourrons ici, sur notre terre. »
Une poudrière à l’approche des élections
Selon les Nations unies, dix huit Palestiniens ont déjà été tués cette année dans des faits liés à des attaques de colons, plus que sur l’ensemble de l’année précédente.
L’Autorité palestinienne avance un bilan d’au moins vingt morts. En toile de fond, la campagne pour les législatives d’octobre pousse la coalition au pouvoir à accélérer les autorisations de construction dans les colonies et à évoquer ouvertement l’annexion de la Cisjordanie.
Pour la plupart des pays et l’ONU, ces colonies sont illégales au regard du droit international, ce qu’Israël conteste en invoquant un territoire disputé et des liens historiques.
Dans les champs de Tal, les cultivateurs disent ne plus pouvoir travailler sans être apostrophés, et redoutent qu’à force d’accumulation, la situation ne devienne incontrôlable.


