PARIS, 25 juin (Le Parisien Matin) – L’Italie et la France ont exprimé leurs réserves concernant la proposition de l’Union européenne d’interdire l’accès au bloc aux anciens militaires russes. Cette mesure, initialement intégrée au 21e paquet de sanctions contre la Russie en réponse à l’invasion de l’Ukraine, soulève des inquiétudes majeures dans les deux capitales européennes.
Les gouvernements italien et français craignent que cette disposition ne devienne, en pratique, une interdiction d’entrée totale pour l’ensemble des citoyens russes. Bien que Rome et Paris ne s’opposent pas formellement à la restriction visant les anciens combattants, ils redoutent un glissement politique. Cette interprétation pourrait entraîner un bannissement généralisé, au-delà de la cible initiale, ce qui fragiliserait la position européenne sur le plan diplomatique.
Un autre point de friction concerne la faisabilité opérationnelle d’une telle mesure aux frontières. Les autorités italiennes et françaises soulignent qu’il est complexe pour les gardes-frontières de vérifier les historiques militaires individuels des voyageurs. Selon les sources diplomatiques, identifier avec précision qui a activement combattu en Ukraine représente un défi technique quasi impossible à relever de manière systématique.
Paris et Rome estiment que les restrictions de voyage ciblées devraient être gérées par le biais des politiques de visas déjà existantes au sein de l’UE, plutôt que par des sanctions économiques rigides. En privilégiant les mécanismes de visas, les deux pays considèrent qu’ils disposeraient d’une plus grande souplesse pour réguler les entrées sans paralyser le système Schengen. Ils plaident pour une approche mieux coordonnée qui permettrait de cibler efficacement les profils à risque sans nuire à la libre circulation globale.
« Rome et Paris sont pas contre bannir l’entrée pour les anciens militaires, mais craignent que la proposition actuelle puisse ouvrir la voie à une interdiction d’entrée générale pour tous les Russes », ont précisé des sources proches du dossier à Bloomberg.
Ce 21e paquet de sanctions, qui nécessite l’unanimité des 27 États membres, cristallise d’autres tensions au sein de l’Union. Les discussions portent également sur l’ajustement du plafonnement du prix du pétrole russe et sur la lutte contre la « flotte fantôme » de navires pétroliers et méthaniers.
Parallèlement, la proposition inclut des mesures inédites, comme l’interdiction totale des importations de poissons blancs russes, tels que le cabillaud. Cette mesure spécifique rencontre une opposition forte de certains pays, dont la France et l’Allemagne, afin de préserver leurs chaînes d’approvisionnement agroalimentaires. Enfin, le débat est également bloqué par des questions religieuses, la Bulgarie exigeant le retrait du patriarche Kirill, chef de l’Église orthodoxe russe, de la liste noire proposée. Le bloc européen cherche pourtant à maintenir une pression constante sur Moscou pour encourager l’ouverture de négociations de paix.


