“Le racisme est comme la pluie, soit il pleut, soit il s’accumule quelque part.” -Mary Lovelace O’Neal
Mary Lovelace O’Neal, peintre, graveuse et artiste multimédia africaine-américaine, a donné comme titre à l’une de ses toiles « Purple Rain ».
Ce titre me renvoie immédiatement à Prince et à sa légendaire chanson. Tout le monde y trouvera une signification derrière les paroles, et même si personne n’a jamais vu de « pluie violette », chacun entonnera les paroles comme si cela pouvait exister.
Des artistes comme O’Neal, nous en découvrons aujourd’hui via l’exposition « Paris Noir », qui nous montre une capitale plus engagée que jamais et déterminée à redorer ces artistes restés dans la pénombre.

Résister comme un artiste, résister comme un enfant.
En ces temps sombres et incertains, l’art nous propose de voir, comme toujours, la vie sous un autre angle. Il nous remue, nous bouscule, nous amène au-delà des frontières, que ce soient à commencer par les nôtres, celles que nous avons héritées ou mises en place pour nous protéger, ou encore celles que les hommes ont construites à travers le monde.
Mais, l’art n’a pas de barrière, il a toutes les langues, car nous le comprenons, peu importe où nous vivons. Il n’a pas de limites parce qu’il est libre. C’est tout autour de nous et plus encore en nous. Il y a quelque chose de très enfantin en cela, comme juste prendre une feuille de papier blanc et un crayon de couleur.
Dessiner de la pluie violette ou la chanter, peu importe. Résister, c’est peut-être cela : garder en soi son âme d’enfant, son âme d’artiste. Résister pour certains, c’est témoigner de leur art. Résister, c’est probablement aussi une manière d’exister quand tant de personnes veulent enfermer, emprisonner, cacher ou effacer nos différences.
Paris noir, pour montrer la présence d’artistes occultés
L’exposition « Paris noir » est une exposition à découvrir au Centre Pompidou jusqu’au 30 juin 2025. Elle offre une immersion dans un Paris cosmopolite, lieu de résistance et de création, où se sont développées de nombreuses pratiques, de la prise de conscience identitaire à la quête de langages plastiques transculturels.
De la création de la revue Présence africaine à celle de Revue noire, l’exposition « Paris noir » retrace la présence et l’influence des artistes noirs en France entre les années 1950 et 2000.
Elle expose 150 artistes afro-descendants, de l’Afrique aux Amériques, dont les œuvres n’ont souvent jamais été montrées en France.
Des abstractions internationales aux abstractions afro-atlantiques, en passant par le surréalisme et la figuration libre, cette traversée historique dévoile l’importance des artistes afro-descendants dans la redéfinition des modernismes et post-modernismes.
Le parcours thématique dévoile un art identitaire, des mouvements artistiques inédits, des expérimentations et des pratiques très variées, dressant ainsi le tableau d’une époque et d’une ville multiculturelle unique.
Une exposition pour réparer les oublis de l’histoire de l’art
D’après Alicia Knock, commissaire de l’exposition : »Le parti adopté dans l’exposition est celui d’une forme cartographique et historiographique, afin de mettre en avant un grand nombre de plasticiens dont la présence à Paris a favorisé la naissance d’un internationalisme noir, largement occulté dans les récits d’histoire de l’art du 20ᵉ siècle. »
Le parcours de l’exposition retrace un demi-siècle de luttes pour l’émancipation, des indépendances africaines à la chute de l’apartheid, en passant par les combats contre le racisme en France.
« Paris noir » montre la force politique des artistes qui, à travers leurs créations, ont contesté les récits dominants et réinventé un universalisme « des différences » dans un monde post-colonial.
Cette toile de fond politique sert de contexte, et parfois de contour direct, à certaines pratiques artistiques. En parallèle ou en contrepoint, se déploient dans l’exposition des expérimentations plastiques souvent solitaires, mais qui trouvent dans le parcours des communautés esthétiques.
Paris bénéficie d’une attractivité exceptionnelle pour les créateurs, qu’ils soient de passage ou résidents. La ville fonctionne comme un carrefour de rencontres et un point de circulation – vers l’Afrique – propice à l’affirmation de trajectoires transnationales.
L’exposition est accompagnée d’une riche programmation culturelle à Paris et à l’international.
Des conférences, des publications et l’acquisition d’œuvres par le Musée national d’art moderne, des archives au sein de la bibliothèque Kandinsky, grâce au fonds « Paris noir », renforcent la visibilité des artistes noirs.


