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La Suède démantèle une opération d’espionnage russe visant ses alliés

Frida GhitisPar Frida Ghitislundi, 10 aoûtAucun commentaire4 Min Temps de lecture
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Bâtiment moderne du siège de la Säpo à Stockholm avec son logo visible à l'entrée
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STOCKHOLM, 10 août (Le Parisien Matin) – Le service de sécurité suédois Säpo a annoncé lundi avoir démantelé une opération d’espionnage russe qui tentait d’influencer la prise de décision en Suède et de discréditer le pays ainsi que ses alliés de l’UE et de l’OTAN.

L’opération avait été planifiée et dirigée par le SVR, le service de renseignement extérieur de la Russie, selon un communiqué de la Säpo. Les trois individus impliqués ont depuis quitté le territoire.

Une cellule de trois personnes sous immunité diplomatique

Selon la Säpo, le réseau impliquait trois personnes opérant sous couvert d’immunité diplomatique. Le groupe comprenait deux agents traitants du SVR et un agent recruté infiltré au sein d’une mission étrangère à Stockholm.

L’homme recruté n’était pas de nationalité suédoise. Il travaillait comme officiel au sein d’une ambassade tierce, ce qui lui offrait une couche de protection supplémentaire pour collecter des informations sur les circuits administratifs et des données politiques sensibles.

« C’est cohérent avec la menace que nous voyons la Russie poser ».

A déclaré un porte-parole de la Säpo.

Une surveillance rapprochée dans la capitale

La Säpo a placé le groupe sous surveillance physique et numérique prolongée. Les enquêteurs ont cartographié les déplacements des agents dans la région de Stockholm et documenté leurs rencontres.

« Nous avons pu surveiller ce qui s’est passé lors de ces réunions entre les individus impliqués, ce qui a été dit et quelles missions ont été données ».

A affirmé le porte-parole de la Säpo.

Selon Christoffer Wedelin, directeur adjoint des opérations de la Säpo, les rencontres se déroulaient à l’extérieur et dans des restaurants.

Les équipes de contre-espionnage ont intercepté des consignes précises, des questions ciblées et ont capturé des preuves visuelles de cadeaux physiques remis pour s’assurer de la coopération de l’agent.

Les agents collectaient des informations sur des sujets politiques polarisants. L’objectif était de comprendre comment les responsables suédois prévoyaient de voter ou d’agir sur des dossiers controversés.

L’opération visait ensuite à instrumentaliser ces clivages pour lancer des campagnes d’influence ciblées. Elle cherchait à manipuler les décisions politiques suédoises dans l’ombre tout en discréditant publiquement l’intégration du pays à l’OTAN et à l’Union européenne.

Trois individus hors de Suède et silence russe

La Säpo a mis en œuvre des mesures défensives pour limiter l’exposition stratégique et protéger les actifs nationaux vitaux. Elle a estimé que le service russe avait échoué dans son objectif principal.

« Ils ne sont plus en Suède et nous avons pu démanteler cette opération ».

Le porte-parole a ajouté.

L’agence a refusé de préciser l’identité de la mission étrangère concernée ou la nationalité de l’agent recruté pour éviter des retombées diplomatiques.

L’ambassade de Russie à Stockholm n’a pas répondu aux demandes de commentaires. Ce succès est intervenu après une série de réformes défensives depuis l’adhésion de la Suède à l’OTAN, dont le projet de créer sa première agence civile de renseignement extérieur indépendante, l’UND.

Un signal d’alarme sur la guerre hybride

Au-delà du communiqué laconique de la Säpo, cette affaire révèle une mutation tactique du SVR. En ne recrutant pas un Suédois mais un diplomate d’un pays tiers basé à Stockholm, Moscou a joué la carte de l’angle mort.

C’est une vieille ficelle du renseignement : s’abriter derrière une autre immunité pour brouiller les pistes et rendre l’expulsion plus coûteuse politiquement.

Le choix du timing n’est pas anodin. Depuis son entrée dans l’OTAN, la Suède est passée du statut de partenaire neutre à celui de flanc nord-est de l’Alliance.

Le renseignement russe ne cherche plus seulement des secrets militaires, il cherche des fractures. En ciblant des sujets polarisants, l’opération visait moins à voler un document qu’à comprendre comment fabriquer de la discorde interne et de la méfiance externe.

Le fait que la Säpo ait surveillé le réseau si longtemps avant de le briser en dit long. L’objectif n’était pas seulement de neutraliser trois personnes, mais de cartographier leur méthode, leurs questions, leur chaîne de commandement.

C’est aussi un message envoyé à d’autres capitales européennes : la menace n’est plus l’agent isolé à la James Bond, c’est un écosystème d’influence qui utilise les failles du multilatéralisme diplomatique lui-même.

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