LUXEMBOURG, 4 juin (Le Parisien Matin) – Le ministre suédois de la Migration a exhorté la Commission européenne à durcir les conditions d’octroi des visas touristiques aux ressortissants russes. Soutenu par dix pays, il juge « insensé » que ces derniers profitent de vacances en Europe pendant que le conflit en Ukraine coûte la vie à de nombreux civils.
Une coalition pour restreindre les accès
La Suède n’est pas isolée dans cette démarche. Dix autres nations, dont la Pologne, la Finlande, les pays baltes et le Danemark, ont envoyé une lettre commune à Kaja Kallas et Magnus Brunner. Ces pays estiment que le nombre croissant de visas touristiques pour les Russes contredit les efforts de l’UE pour isoler Moscou depuis l’invasion de 2022. Les données consultées indiquent que 477 878 visas Schengen ont été délivrés à des citoyens russes en 2025, contre 440 558 l’année précédente.
« Je trouve insensé, pour parler franchement, que nous voyions des centaines de milliers de touristes russes venir en Europe, profiter du soleil, alors que dans le même temps des Ukrainiens meurent sur le champ de bataille », a déclaré Johan Forssell devant ses homologues européens.
Le bloc demande à la Commission de renforcer le code des visas pour empêcher tout contournement. L’objectif est de mettre en place un mécanisme d’urgence capable de suspendre rapidement la délivrance de ces documents, afin d’éviter que les visas touristiques pour les Russes ne deviennent des outils de déstabilisation ou d’espionnage.

Les préoccupations sécuritaires au cœur du débat
Pour les pays de la ligne de front, la question dépasse l’éthique pour devenir un enjeu de sécurité nationale. Le renseignement européen a alerté sur des opérations de sabotage et d’incendie volontaire potentiellement facilitées par des individus entrant dans l’espace Schengen via des visas touristiques pour les Russes. Sans contrôles aux frontières internes, un ressortissant russe muni d’un sésame délivré par un pays membre peut circuler librement, ce qui inquiète les capitales les plus exposées.
Les signataires préconisent de supprimer les visas à entrées multiples et de bloquer l’accès aux anciens combattants. Actuellement, la disparité entre les politiques des États membres crée des failles. Si les pays baltes ont drastiquement réduit les visas touristiques pour les Russes, des pays méditerranéens comme la France, l’Italie et l’Espagne continuent de traiter un volume élevé de demandes.
Le poids des divergences au sein de l’Union
Cette initiative se heurte toutefois à une réalité politique et juridique. Le blocage d’une telle mesure est mathématiquement possible si les poids lourds démographiques s’y opposent. La France, l’Italie et l’Espagne, dont les économies dépendent en partie du secteur touristique, défendent une approche ciblée plutôt qu’une interdiction générale. Ils craignent qu’une telle mesure ne renforce la propagande du Kremlin sur une supposée hostilité occidentale envers l’ensemble du peuple russe.
La controverse sur les visas touristiques pour les Russes souligne la difficulté de maintenir une unité politique face aux menaces hybrides. Tandis que la Commission européenne analyse les propositions de la coalition, les règles actuelles demeurent en vigueur. La question de savoir si les visas touristiques pour les Russes doivent être totalement supprimés reste un point de tension majeure dans l’agenda européen pour les mois à venir. Le débat se cristallise sur la nécessité de sécuriser les frontières tout en préservant la cohésion de l’espace Schengen face à une guerre qui impacte durablement la diplomatie continentale.


