WASHINGTON, 24 juillet (Le Parisien Matin) – L’administration Trump a imposé vendredi des droits de douane de 10% et 12,5% à soixante partenaires commerciaux, dont l’Europe et la Chine, pour manquement présumé à la lutte contre le travail forcé. La mesure entre en vigueur au moment précis où expirait une surtaxe mondiale temporaire de 10% après cent cinquante jours d’application, et concerne 99,4% des importations américaines selon le Federal Register.
Une riposte juridique pour maintenir la pression tarifaire
Cette offensive constitue la dernière tentative de la Maison Blanche pour restaurer la vision d’un tarif quasi universel portée par Donald Trump, après que la Cour suprême a annulé en février les droits dits réciproques allant de 10% à 50% instaurés sur le fondement d’une loi sur les urgences nationales pour réduire le déficit commercial américain. L’administration contourne désormais l’obstacle en s’appuyant sur la section 301 du Trade Act de 1974, un outil qui a déjà résisté à plusieurs contestations judiciaires et qui présente donc un risque juridique nettement moindre.
Ce mécanisme permet de maintenir un plancher tarifaire sur la quasi-totalité des importations tout en affichant un motif lié aux droits humains et à la concurrence déloyale. Les nouveaux prélèvements sont entrés en vigueur à 00h01 heure de Washington, au même instant que l’expiration du régime précédent. Les marchandises déjà en transit bénéficient d’une période de grâce jusqu’au 28 juillet à la même heure. Le représentant américain au commerce Jamieson Greer a défendu une démarche à la fois morale et économique en déclarant :
« Les États-Unis interdisent l’importation de produits issus du travail forcé depuis près d’un siècle et appliquent cette interdiction avec rigueur. Il est grand temps que nos partenaires fassent de même ».
Soixante économies ciblées, de Pékin à Bruxelles
Le dispositif distingue deux niveaux de taxation. Dix-sept pays se voient appliquer un droit additionnel de 10%. La liste comprend l’Argentine, le Bangladesh, le Royaume-Uni, le Cambodge, le Canada, l’Équateur, le Salvador, le Guatemala, le Honduras, l’Inde, l’Indonésie, la Jordanie, la Malaisie, le Mexique, le Pakistan, le Sri Lanka et Trinité-et-Tobago.
Un second groupe rassemblant l’Union européenne, Taïwan, le Japon, la Corée du Sud et la Suisse se voit assigner des taux qui, combinés aux droits préexistants de la nation la plus favorisée, aboutissent à un total de 10% ou 12,5%. Les trente-huit autres économies restantes sont soumises à un taux de 12,5%. On y retrouve notamment le Vietnam, qui vient de publier un décret détaillant l’interdiction d’importer des biens fabriqués avec du travail forcé, et la Chine, accusée par Washington de détenir des minorités ouïghoures dans des camps de travail, ce que Pékin dément.
Pour les partenaires ayant conclu des accords commerciaux plafonnant les droits américains, l’administration s’est engagée à ne pas dépasser ces plafonds. C’est un point que Bruxelles a immédiatement relevé en estimant que le résultat restait conforme aux engagements pris dans la déclaration conjointe entre l’Union européenne et les États-Unis. Berne a également indiqué que Washington respectait ses engagements avec un plafond maintenu à 12,5% dans son cas. Londres a pour sa part estimé qu’il n’y avait pas d’effet négatif et a mis en avant une amélioration avec un passage à zéro pour le whisky et les technologies médicales.

Des exemptions massives pour amortir le choc économique
Malgré son ampleur, le nouveau régime prévoit de nombreuses exclusions destinées à limiter l’impact sur l’économie américaine et sur certaines filières sensibles. Sont exemptés le pétrole et le gaz, les engrais, certains produits alimentaires, ainsi que les biens déjà soumis aux droits de sécurité nationale de la section 232 comme les automobiles, l’acier, l’aluminium et le cuivre. Les avions et pièces détachées ainsi que les minerais critiques échappent également à la surtaxe.
Selon l’ancienne conseillère commerciale de la Maison Blanche Kelly Ann Shaw, devenue associée au cabinet Akin Gump, le dispositif était largement anticipé par les entreprises, avec toutefois l’ajout de quelque 471 produits à la liste d’exclusions. Elle estime que l’impact économique global reste proche du statu quo.
Certains secteurs sortent même gagnants. L’Antwerp World Diamond Centre a salué le rétablissement de l’exemption pour les diamants polis, une nouvelle jugée majeure pour le secteur anversois. La Belgique avait exporté pour 2,1 milliards de dollars de diamants polis vers les États-Unis en 2024. L’exemption était tombée après l’annulation des droits mondiaux par la Cour suprême en février.
Du côté chinois, l’administration a fait savoir à ses interlocuteurs qu’elle entendait reconstruire progressivement les droits sur les produits chinois jusqu’au niveau de 20% convenu lors de la trêve commerciale conclue entre Donald Trump et Xi Jinping en novembre, sans toutefois dépasser ce seuil. Avant la mesure de vendredi, le taux chinois était retombé à 10%, hors le prélèvement de 25% imposé sur les biens industriels lors du premier mandat de Trump.
Réactions internationales entre soulagement
Les réactions des capitales ont été contrastées, entre protestations de principe et soulagement relatif. L’Australie et le Brésil ont qualifié les nouveaux droits d’injustifiés et annoncé qu’ils chercheraient à les faire lever. La Norvège a estimé qu’il n’y avait aucune base pour une telle mesure. Le Canada, déjà frappé lundi par de nouveaux droits américains sur 20 milliards de dollars de marchandises, a adopté un ton plus mesuré en indiquant vouloir poursuivre un dialogue constructif avec Washington sur ce dossier et les autres contentieux en cours.
Sur les marchés financiers, la nouvelle a suscité peu de remous dans l’immédiat, les investisseurs restant davantage focalisés sur le conflit au Moyen-Orient. Pour de nombreux partenaires, l’enjeu est désormais de sécuriser des exemptions supplémentaires et d’approfondir la coopération sur la traçabilité des chaînes d’approvisionnement, afin d’éviter que la lutte contre le travail forcé ne se transforme durablement en instrument de guerre commerciale.


