KIEV, 12 août (Le Parisien Matin) – Les forces ukrainiennes ont libéré 745 kilomètres carrés (288 miles carrés) de terres occupées par la Russie cette année le long d’une portion du front sud-est, a annoncé mercredi le président Volodymyr Zelenskiy, qui a présenté l’opération comme une campagne de précision destinée à reprendre 26 localités situées à la jonction des régions de Dnipropetrovsk, Donetsk et Zaporijjia.
Une offensive de huit mois sur 60 kilomètres
L’offensive a duré huit mois, du 29 janvier à août 2026, dans le secteur d’Oleksandrivskyi. Elle s’est concentrée sur une bande d’environ 60 kilomètres où se rejoignent les trois régions. Le chef de l’État a indiqué que 26 agglomérations avaient été ramenées sous contrôle de Kiev au terme de cette poussée.
Il a attribué le succès aux forces d’assaut aérien et aux unités de soutien engagées dans le secteur. Le déroulement a été conforme aux plans établis par l’état-major.
« Cette opération offensive a été menée avec précision – exactement comme prévu, ».
A déclaré Volodymyr Zelenskiy.
Selon les chiffres communiqués par la présidence ukrainienne, l’opération aurait infligé des pertes substantielles à l’armée russe. Kiev a fait état d’au moins 9 550 militaires tués et de plus de 6 600 blessés au cours des combats dans la zone. Ces données n’ont pas été confirmées par une source neutre.
Cette séquence s’inscrit dans une stratégie plus large de contre-pression. L’armée ukrainienne a cherché ces derniers mois à desserrer l’étau sur le front long de 1 200 kilomètres. Elle a mené des contre-attaques locales et a intensifié les frappes contre les chaînes logistiques et les infrastructures énergétiques russes.

Des images de drones et des cartes en zone grise
L’état-major général ukrainien a diffusé mercredi une vidéo composée majoritairement de prises de vue par drone. On y voyait des soldats ukrainiens brandissant le drapeau national dans plusieurs des 26 localités annoncées comme libérées.
L’agence Reuters a précisé ne pas avoir pu vérifier ces images de manière indépendante. Les conditions de sécurité et les restrictions opérationnelles ont rendu difficile toute confirmation sur le terrain.
La carte de situation tenue par le groupe open source ukrainien DeepState a livré une lecture plus nuancée. Une partie importante des 745 kilomètres carrés revendiqués est restée classée en zone grise, où ni Kiev ni Moscou n’exercent un contrôle administratif ou militaire complet.
Des poches à l’intérieur du périmètre ont même continué d’être indiquées comme sous contrôle russe. Cette divergence a illustré la fluidité du front et l’infiltration permanente des deux camps.
Un front oriental toujours sous tension
Les analystes militaires ont estimé que les avancées russes avaient ralenti cette année sur de larges portions du front. Le ralentissement n’a pas empêché les forces de Moscou de poursuivre leur progression vers des villes clés de l’est de la région de Donetsk.
Dans ce contexte, Moscou a demandé à Kiev de céder le reste de la région industrialisée de Donetsk. Les autorités ukrainiennes ont refusé de céder ce territoire.

Une victoire tactique calibrée pour le récit de guerre
Sur le papier, 745 kilomètres carrés ne changent pas la carte de la guerre. Rapportés aux 1 200 kilomètres de front et aux milliers de kilomètres carrés encore occupés, c’est une entaille modeste. Mais la géographie de cette entaille compte plus que sa surface.
En choisissant la jonction de trois régions, dont Dnipropetrovsk, que la Russie n’a jamais revendiquée comme sienne, Kiev a envoyé un message double. Militairement, il s’agit de briser une continuité logistique russe sur un axe sud-est qui alimente les poussées vers Donetsk.
Politiquement, c’est la preuve que l’armée ukrainienne peut encore attaquer et tenir, après deux années où le récit dominant était celui d’une défense qui s’érode.
Le choix des forces d’assaut aérien n’est pas anodin non plus. Ce sont les unités les plus médiatiques, les plus mobiles, celles que Zelenskiy met en avant quand il veut montrer une armée d’initiative.
Le chiffre des 9 550 tués russes, impossible à vérifier, participe de cette même guerre informationnelle : il vise à compenser le poids psychologique des avancées russes lentes mais continues à l’est.
La vraie leçon est dans le décalage entre la vidéo au drapeau et la carte DeepState. Kiev a besoin de drapeaux plantés pour ses soutiens occidentaux.
Le terrain, lui, reste en gris. Cette offensive n’a pas produit de percée nette, elle a créé une zone d’infiltration contestée, coûteuse à stabiliser. C’est le nouveau visage de cette guerre : non plus des lignes qui bougent, mais des taches qui s’éclaircissent.
Enfin, cette annonce arrive au moment où Moscou pousse Kiev à abandonner Donetsk. Reprendre 26 localités, même petites, est une réponse directe à cet ultimatum. Elle ne modifie pas le rapport de force, mais elle donne à Kiev un argument pour dire non sans paraître perdre.


