STOCKHOLM, 4 juin (Le Parisien Matin) – L’Ukraine a désigné le Gripen suédois comme pilier de son armée de l’air pour contrer la Russie. Grâce à un prêt de 2,5 milliards d’euros de l’UE, Kiev acquerra 20 nouveaux chasseurs Gripen E, tandis que la Suède fera don de 16 appareils supplémentaires, renforçant considérablement les capacités de défense aérienne de l’Ukraine face aux forces russes.
Le Gripen suédois face au défi de la guerre en Ukraine
Le Gripen suédois s’apprête à entrer dans une phase décisive en Ukraine. Après l’annonce officielle que cet appareil deviendra l’épine dorsale de l’armée de l’air ukrainienne, le chasseur suédois se prépare à subir un baptême du feu historique contre les forces russes. À STOCKHOLM, les autorités confirment que ce déploiement marque un tournant majeur pour la défense aérienne ukrainienne face à un adversaire de longue date.
« Nous avons besoin de ces avions et pour nous, c’est véritablement une nouvelle page pour l’Ukraine », a déclaré le président Volodymyr Zelensky.
Une stratégie de défense aérienne repensée
L’accord, scellé par le président Volodymyr Zelensky et le Premier ministre suédois Ulf Kristersson, prévoit un investissement de 2,5 milliards d’euros issu d’un prêt européen. Ce financement permettra l’acquisition de vingt nouveaux Gripen E. Parallèlement, seize modèles C plus anciens seront gracieusement offerts par la Suède, renforçant immédiatement les capacités de protection des villes ukrainiennes. Le Gripen, conçu à l’origine durant la guerre froide pour contrer précisément la menace soviétique, va enfin être testé dans son environnement de combat naturel.
L’atout de la robustesse opérationnelle
Contrairement aux chasseurs furtifs comme le F-35, qui nécessitent des infrastructures aéroportuaires lourdes, le Gripen brille par sa simplicité pragmatique. Le lieutenant-colonel Johan Huovinen souligne que le Gripen est une technologie suédoise conçue pour résister à des conditions extrêmes. Sa conception permet une maintenance aisée, même en conditions hivernales difficiles, les techniciens pouvant opérer tout en portant des gants. Cette robustesse est essentielle pour une force aérienne contrainte d’opérer depuis des pistes de fortune, des routes ou des zones dissimulées à travers le pays.

Une maintenance rapide en zone de combat
L’efficacité du Gripen en Ukraine reposera sur sa capacité de mise en œuvre rapide. Un équipage composé d’un technicien qualifié et de cinq conscrits peut ravitailler et réarmer l’appareil en moins de dix minutes. Ce temps de cycle extrêmement court offre un avantage tactique majeur, permettant une rotation intense sur le front. Avec un coût horaire estimé à 8 000 dollars, le Gripen est nettement plus économique que ses concurrents occidentaux, un facteur déterminant pour soutenir un effort de guerre prolongé.
Le missile Meteor comme levier stratégique
L’intégration des missiles air-air Meteor représente une avancée capitale. Avec une portée dépassant les 200 kilomètres, ces munitions permettent aux pilotes ukrainiens de neutraliser les menaces russes à une distance sécurisée. Cette capacité limite directement l’impact des bombes planantes utilisées par Moscou pour frapper les fortifications ukrainiennes sans s’exposer. En obligeant les avions russes à se maintenir à distance, le Gripen modifie durablement la dynamique des affrontements aériens.
Les défis de la production industrielle
Malgré ses performances, le Gripen fait face à un goulot d’étranglement industriel. Le constructeur Saab doit gérer un carnet de commandes déjà chargé de 117 unités pour le Gripen E avant même de répondre aux besoins ukrainiens. Bien que l’entreprise prévoie d’augmenter sa cadence de production annuelle, le déploiement massif de 150 unités envisagé par Kiev exigera une expansion considérable de ses capacités industrielles en Suède et au Brésil. La collaboration sur la maintenance locale et les pièces détachées sera le pilier de la pérennité de cette flotte.
Une complémentarité avec les F-16
Le Gripen ne remplace pas les F-16, mais complète une stratégie aérienne hybride. Alors que le F-16 agit comme un outil polyvalent s’appuyant sur des réseaux logistiques mondiaux étendus, le Gripen se spécialise dans l’interception agile. Cette dualité permet à l’Ukraine de maximiser son efficacité. La formation des pilotes, déjà engagée sur les bases suédoises, se concentre sur l’exploitation des tactiques de basse altitude et l’usage des données fournies par les avions radar ASC 890. Cette intégration permet au Gripen de rester efficace face aux systèmes russes.
En fin de compte, l’arrivée de cet avion en Ukraine incarne un test de la technologie suédoise face aux systèmes qu’elle a été initialement conçue pour affronter. Si le succès de cet appareil reste à prouver en haute intensité, son potentiel à transformer la défense aérienne ukrainienne est indéniable, marquant le début d’une nouvelle ère pour la souveraineté du ciel ukrainien face à la pression russe.


