PARIS/BERLIN, 11 juin (Le Parisien Matin) – Les tensions entre les géants européens de la défense atteignent un nouveau sommet. Dassault Aviation cherche désormais à obtenir une compensation financière de la part d’Airbus, le maître d’œuvre du programme Eurodrone.
Les racines du désaccord sur le Eurodrone
Le cœur de cette discorde réside dans une redistribution des tâches industrielles prévue par le système de « retour géographique ». La France a récemment décidé de suspendre ses achats pour le programme Eurodrone, jugeant l’appareil trop lourd et coûteux par rapport aux menaces actuelles. Cette décision prive mécaniquement les entreprises françaises, représentées par Dassault, d’une part significative du travail initialement alloué sur ce projet européen.
Le constructeur français, en charge des systèmes de contrôle de vol et des communications de mission, estime que cet ajustement unilatéral compromet ses investissements. Par conséquent, Dassault demande à Airbus de couvrir une partie des pertes financières engendrées par ce revirement stratégique. Si le ministère français des Armées n’a pas officiellement quitté le programme, le projet de loi de programmation militaire ne prévoit plus de financements pour ces systèmes d’ici 2035.

La fin du projet de chasseur de combat
Cet affrontement autour du Eurodrone s’inscrit dans un contexte plus large de rupture entre les deux industriels. Quelques jours plus tôt, le projet de chasseur de combat européen, également porté par les deux groupes, a été abandonné officiellement. Cette annulation, survenue après des années de blocages sur la gouvernance et le partage des tâches, a laissé des traces profondes dans les relations franco-allemandes.
Les observateurs soulignent que les deux dossiers sont étroitement liés, bien que distincts sur le plan contractuel. Un expert proche du dossier a déclaré :
« Les discussions sur les deux programmes impliquant Dassault et Airbus sont séparées sur le papier mais psychologiquement et politiquement liées ».
Vers une autonomie technologique accrue
Face à ces difficultés, la France semble privilégier des alternatives plus agiles et moins onéreuses. L’armée de l’Air française a manifesté un intérêt croissant pour le drone Aarok, développé par la start-up nationale Turgis & Gaillard. Ce choix reflète une volonté de Paris de réduire sa dépendance envers les technologies étrangères tout en misant sur des solutions adaptées à la haute intensité.
Le programme Eurodrone, conçu pour limiter la dépendance européenne vis-à-vis des systèmes américains et israéliens, devait initialement entrer en service en 2025. Le calendrier a été largement revu, le premier vol étant désormais attendu pour 2027. Ce retard accumulé, combiné aux désaccords internes, fragilise la vision d’une Europe de la défense unie et performante.
Alors que les nations participantes ont commandé soixante unités, l’avenir du programme reste incertain. Airbus, de son côté, a indiqué par la voix de son dirigeant que le projet pourrait évoluer vers une configuration légèrement différente. Cette restructuration devra impérativement résoudre la question du poids industriel de chaque partenaire pour espérer une issue positive.


