PARIS, 16 juin (Le Parisien Matin) – La France franchit une étape décisive dans sa quête d’autonomie numérique. Le service de renseignement intérieur, la DGSI, a officiellement annoncé son intention de mettre fin à l’utilisation des outils de traitement de données fournis par l’entreprise américaine Palantir.
Cette transition stratégique vise à remplacer les solutions d’outre-Atlantique par une technologie issue d’un fournisseur national : l’entreprise française ChapsVision.
Cette décision, portée par le Premier ministre Sébastien Lecornu, s’inscrit dans une volonté claire d’éviter toute dépendance stratégique dans le domaine numérique. Alors que les gouvernements européens expriment des inquiétudes croissantes face à leur dépendance aux technologies contrôlées par les États-Unis, la France cherche à reprendre le contrôle total de ses capacités d’analyse de données. Le Premier ministre a insisté sur la nécessité vitale pour le pays de s’appuyer sur ses propres modèles d’intelligence artificielle afin d’assurer la sécurité nationale.
« Nous devons utiliser nos propres modèles d’IA ; nous ne pouvons pas accepter de nouvelles dépendances stratégiques dans la sphère numérique », a déclaré Sébastien Lecornu sur les réseaux sociaux.
Les risques de la dépendance étrangère
La motivation principale derrière ce choix réside dans la crainte de voir des partenaires étrangers couper l’accès aux outils essentiels. L’actualité récente a renforcé ce sentiment de vulnérabilité, notamment après la décision de Washington de restreindre l’accès de ressortissants étrangers aux modèles d’intelligence artificielle les plus avancés de la société Anthropic. Pour le gouvernement français, il est impensable de dépendre de la bonne volonté de partenaires capables de fermer le robinet d’accès aux technologies critiques.
Au-delà de cette crainte, des organisations de défense des droits civiques alertent depuis plusieurs années sur les risques liés aux produits de Palantir. Les critiques portent notamment sur les questions de surveillance, d’atteinte aux libertés individuelles et de protection des données sensibles. L’entreprise, cofondée par le milliardaire Peter Thiel, est étroitement liée au gouvernement américain et fournit des logiciels à diverses agences, ce qui alimente les préoccupations européennes sur la souveraineté des informations traitées.

Le choix de la solution ChapsVision
Pour pallier ce départ, la France s’est tournée vers ChapsVision. Fondée en 2019, cette entreprise française se positionne désormais comme le socle technologique pour de nombreuses agences publiques ayant des besoins critiques en matière de traitement de données. Bien que le contrat à long terme avec Palantir ait été renouvelé en 2025, rendant le processus de remplacement progressif, les autorités prévoient une transition s’étalant sur plusieurs années.
Le succès de ChapsVision ne se limite pas à l’Hexagone, puisque sa technologie a également été sélectionnée par le BfV, le service de renseignement intérieur allemand. Ce mouvement s’inscrit dans une dynamique plus large à l’échelle européenne : l’armée allemande a déjà annoncé l’arrêt de l’utilisation des produits de Palantir, tandis que le Royaume-Uni réexamine actuellement le contrat de 330 millions de livres sterling liant le service de santé national (NHS) à l’entreprise américaine, sous une forte pression parlementaire.
Investir dans l’IA nationale
En complément de cette rupture technologique, la France déploie des moyens financiers conséquents. Le gouvernement a annoncé un investissement de 655 millions d’euros dédié à l’intelligence artificielle. Ces fonds serviront à soutenir les infrastructures, les capacités de calcul, la recherche et le développement de secteurs industriels stratégiques. Cette enveloppe permettra notamment de mettre en place un chatbot partagé pour l’ensemble des services de l’État, ainsi qu’un outil dédié à l’Assurance maladie.
Le déploiement a d’ailleurs déjà commencé pour une partie des 2,6 millions de fonctionnaires français. Grâce à des modèles conçus par la startup tricolore Mistral AI, ces nouveaux outils numériques visent à simplifier des tâches complexes, telles que l’accélération du traitement des dossiers juridiques ou l’aide à l’obtention de subventions pour les chercheurs. En misant sur des solutions locales, la France entend sécuriser son administration tout en stimulant son propre écosystème technologique.


