ANKARA, 2 juillet (Le Parisien Matin) – Face à une instabilité géopolitique croissante, la Turquie et l’Union européenne intensifient leurs efforts pour sécuriser leurs approvisionnements énergétiques. À Ankara, le renforcement de cette collaboration s’inscrit dans un contexte marqué par les répercussions de la guerre en Ukraine et les tensions survenues en mars 2026 suite au conflit entre les États-Unis et l’Iran, provoquant le blocage du détroit d’Ormuz.
Les deux partenaires visent à faire de la Turquie le principal hub de transit énergétique non russe pour le continent européen. Cette volonté s’est traduite par plusieurs rencontres de haut niveau, notamment lors du septième forum énergétique turco-allemand en juin 2026. La ministre allemande de l’Énergie, Katherina Reiche, a souligné que la sécurité énergétique dépasse désormais le cadre purement économique pour devenir un enjeu géopolitique majeur.
Le gaz et la diversification des routes
La Turquie s’appuie sur son réseau étendu de gazoducs et ses capacités de stockage pour s’imposer comme un pivot indispensable. Le corridor gazier sud, incluant le gazoduc transanatolien (TANAP), reste l’épine dorsale de cette stratégie. Ce tracé permet d’acheminer du gaz en provenance de la mer Caspienne tout en évitant les infrastructures russes.
Un accord d’envergure a été finalisé entre la firme turque BOTAŞ, la société azerbaïdjanaise SOCAR et des partenaires internationaux comme TotalEnergies et ADNOC. Dès 2029, ce contrat prévoit la livraison annuelle de 33 milliards de mètres cubes de gaz depuis le champ d’Absheron. L’objectif est clair : réduire la dépendance européenne au gaz russe, alors que l’Union européenne a instauré des directives strictes visant à éliminer les contrats à court terme avec Moscou.

Un corridor électrique ambitieux
En parallèle, une initiative majeure de corridor électrique est en cours de déploiement. Ce projet vise à relier les réseaux électriques de l’Azerbaïdjan, de la Géorgie, de la Turquie et de la Bulgarie. L’ambition est de permettre l’exportation d’électricité verte depuis le Caucase directement vers le marché européen, renforçant ainsi la stabilité du réseau et l’intégration des énergies renouvelables.
Cette transition bénéficie d’un soutien institutionnel solide. La Banque européenne d’investissement (BEI) a repris ses financements pour des projets d’efficacité énergétique sur le territoire turc. De son côté, la Banque européenne pour la reconstruction et le développement (BERD) a validé un cadre d’investissement durable doté de 2,7 milliards d’euros pour accompagner ces mutations structurelles.
Des minéraux critiques pour la transition
La coopération bilatérale s’étend désormais aux minéraux critiques et aux terres rares, essentiels pour l’industrie technologique européenne. Le forum énergétique turco-allemand a officiellement intégré ces ressources dans ses discussions. La diversité géologique de la Turquie représente un actif stratégique pour les chaînes d’approvisionnement européennes, notamment dans les secteurs des véhicules électriques et des infrastructures de stockage.
« La sécurité énergétique ne constitue pas seulement une question économique, elle représente désormais un enjeu géopolitique fondamental pour nos nations », a déclaré Katherina Reiche à l’issue de ses échanges à Ankara.
Vers un hub énergétique consolidé
L’infrastructure turque joue un rôle crucial dans le transit de gaz naturel, traitant environ 10 % des importations européennes actuelles. En développant ses propres capacités, comme le champ gazier de Sakarya dans la mer Noire et ses terminaux de gaz naturel liquéfié, Ankara renforce sa résilience face aux chocs d’approvisionnement.
Cette dynamique de coopération permet également de stabiliser les relations régionales. La collaboration avec l’Égypte sur le stockage et la regazéification de gaz naturel liquéfié illustre cette volonté de transformer d’anciennes rivalités en synergies énergétiques. À mesure que les besoins européens évoluent, la position de la Turquie comme carrefour entre l’Asie centrale, le Caucase et l’Europe semble plus que jamais déterminante pour le futur énergétique du continent.


