BRUXELLES, 11 juillet (Le Parisien Matin) – Les ministres des Affaires étrangères de l’Union européenne se réunissent ce lundi à Bruxelles pour discuter d’une interdiction d’importation visant les produits des colonies israéliennes en Cisjordanie occupée, répondant aux pressions de plusieurs États membres.
Les diplomates indiquent que ce débat ne devrait pas déboucher sur des décisions concrètes immédiates. L’objectif principal reste d’évaluer le soutien parmi les vingt-sept pays pour faire avancer ce dossier commercial.
Plusieurs États membres ont déjà instauré leurs propres restrictions unilatérales contre ces implantations, jugées illégales au regard du droit international. L’Irlande, gles Pays-Bas et l’Espagne figurent parmi ces nations.
La diplomatie européenne fait face à des tensions concernant l’expansion territoriale en Cisjordanie, occupée par Israël depuis 1967. Plus de 500 000 colonisateurs israéliens y résident aux côtés de trois millions de Palestiniens.
Le secrétaire général de l’ONU, Antonio Guterres, a dénoncé l’expansion « implacable » des colonies israéliennes en Cisjordanie dans un rapport récent.
Trois options sur la table européenne
Face aux demandes des diplomates, la Commission européenne a élaboré un document confidentiel présentant trois approches réglementaires distinctes pour restreindre le commerce avec les implantations.
La première option envisage l’instauration d’exigences strictes en matière de licences d’importation. Ce système établirait des contrôles renforcés et un suivi rigoureux pour vérifier l’origine des marchandises.
La deuxième option propose la mise en place de tarifs douaniers ciblés et fortement majorés. L’application de ces droits élevés rendrait l’importation des biens des colonies financièrement prohibitive.
La troisième option constitue une prohibition commerciale totale. Cette mesure interdirait l’importation, le transit et la distribution de l’ensemble ou d’une partie des marchandises issues de ces zones.

Des divergences sur les règles de vote
Un désaccord juridique important persiste au sein des institutions bruxelloises concernant la procédure de vote requise pour valider une telle mesure.
Si la Commission classe l’initiative sous la politique étrangère et de sécurité commune, l’adoption nécessitera l’unanimité absolue des vingt-sept États membres, permettant un veto individuel.
À l’inverse, si le projet est rattaché à la politique commerciale commune sur la base de l’article 207 du Traité sur le fonctionnement de l’Union européenne, le vote s’effectuera à la majorité qualifiée.
Ce mécanisme de majorité qualifiée exige le soutien de 55 % des États membres représentant au moins 65 % de la population européenne pour valider la proposition.
Les positions divisées des pays membres
Les blocs au sein de l’Union européenne restent très fragmentés sur la politique à adopter vis-à-vis d’Israël.
L’Irlande, l’Espagne et les Pays-Bas militent pour une interdiction globale. Le Parlement irlandais a adopté une loi interdisant l’importation de biens agricoles, résidentiels et commerciaux des colonies, en s’appuyant sur l’avis consultatif de 2024 de la Cour internationale de Justice.
À l’opposé, des pays comme l’Autriche et la République tchèque s’opposent à ces restrictions. La diplomatie tchèque menace d’utiliser son droit de veto si la règle de l’unanimité s’applique.
L’Allemagne et l’Italie n’ont pas arrêté leur position officielle. Les diplomates indiquent que l’Italie pourrait s’avérer déterminante dans un vote à la majorité qualifiée.
Les défis d’application douanière
La mise en œuvre d’un embargo pose des difficultés majeures aux autorités européennes. Les services de la Commission ont averti que l’efficacité dépend entièrement des agences douanières nationales.
Selon les estimations, le volume des importations de l’Union européenne issues des colonies israéliennes s’avère quinze fois supérieur à celui des importations provenant des Palestiniens eux-mêmes. Le bloc européen constitue le principal marché extérieur pour les exportateurs de ces territoires.
Certains exportateurs israéliens déclarent les marchandises des colonies comme produites sur le territoire internationalement reconnu d’Israël, compliquant le travail des contrôleurs.
Un rapport d’une organisation spécialisée indique que certains exportateurs et autorités douanières israéliennes continuent de déclarer les produits des colonies comme originaires d’Israël en utilisant de fausses adresses.
Des études confirment que ces méthodes d’effacement d’origine persistent actuellement. L’instauration d’une interdiction stricte réduirait l’intérêt commercial de ces contournements en exposant les contrevenants à des saisies ou destructions de marchandises.


